Selon la presse britannique qui rapporte l’information ce mercredi, les autorités ont demandé aux musulmans de la province de ne pas observer le jeûne.
Le bras-de-fer entre Ouïghours et les autorités de Pékin n’est pas récent. Il est régulièrement marqué d’actes de répression politique d’un côté et d’actes terroristes de l’autre. Régulièrement, Pékin accuse la communauté ouïghoure d’actes terroristes que cette dernière nie farouchement.
Des conflits opposent régulièrement des membres de la communauté ouïghoure et des Chinois Han «émigrés», en provenance de l’est du pays.
Cette semaine, un officiel du parti a accusé des membres du Congrès mondial ouïghour de maintenir des liens avec l’organisation de l’État islamique (EI). Des anciens combattants dans les rangs de l’EI ont été arrêtés à leur retour de Syrie et d’Irak ce printemps.
Une interdiction de jeûne similaire avait été édictée l’an passé. Selon un leader ouïghour, Dilxat Raxit cité par The Independent, «la Chine tente de contrôler la foi de ses musulmans». «Ces restrictions amènent le peuple ouïghour à résister au gouvernement chinois», souligne-t-il.
Dans une déclaration à Radio Free Asia (RFA), Raxit dénonce «les autorités, qui demandent aux parents de ne pas laisser leurs enfants jeûner». Radio Free Asia est financée par Washington, sur le modèle de Voice of America et Radio Marti, cette dernière s’adressant aux Cubains.
RFA diffuse vers une dizaine de pays d’Asie dans les langues locales et dispose d’un département dédié à la communauté ouïghoure chinoise. De confession musulmane et turcophone, celle-ci a toujours été rétive à l’autorité centrale des communistes chinois. La culture ouïghoure est plus proche de celle des Kazakhs et des Uzbeks que de la culture de Pékin ou de Shanghai.
Pour ce mois de ramadan, les autorités de Pékin encouragent les commerçants et les restaurateurs du Xinjiang à rester ouverts. Elles auraient menacé les récalcitrants de sanctions, pouvant aller jusqu’à la fermeture définitive de leurs établissements. De même, les établissements qui vendent de l’alcool en temps normal et cesseraient de le faire ce mois-ci seraient sanctionnés.
Dialogue de sourds
Si Pékin présente ces mesures comme un moyen de lutter contre «l’extrémisme religieux», des groupes de défense des droits de l’homme y voient de la «répression religieuse».
En mars dernier, six hommes ouïghours ont été condamnés à la prison ferme pour le port de la barbe. En novembre, l’intellectuel et professeur d’économie Ilham Tohti a été condamné à la prison à vie pour «séparatisme», ce que son avocat rejette. Le jeune professeur a derrière lui une longue histoire de brimades de la part des autorités centrales.
Urumqi et Kashgar sont les deux principales villes du Xinjiang, qui abrite près de 25 millions d’habitants, dont plus de 10 millions de Ouïghours.
Avec ce foyer de tension à l’ouest du pays, Washington, siège du Congrès ouïghour mondial, dispose d’un moyen de pression sur Pékin quand cela s’avère nécessaire. Quant à l’interdiction partielle du Ramadan dans l’ouest chinois, elle risque de susciter des réactions hostiles dans certaines parties du monde musulman; asiatique, arabe et africain.