Le site Wikileaks a publié vendredi 19 juin un premier lot de 61.195 câbles diplomatiques et gouvernementaux saoudiens. Mouvements islamistes maghrébins et politique au Moyen-Orient y figurent en bonne place.
Un document publié vendredi révèle l’intérêt que les autorités saoudiennes portent à l’émergence des mouvements islamistes au Maroc, en Tunisie et en Égypte. Le souci principal des Saoudiens est que ces mouvements, qui ont fait évoluer leur discours vis-à-vis de l’Occident et vis-à-vis desquels l’Occident a également évolué, puisdsent représenter des alternatives au wahhabisme saoudien.
Ce document, apparaissant comme une note de synthèse, évoque «la possibilité d’un rapprochement entre les mouvances du Maroc, de la Tunisie et de la Turquie, pouvant constituer un modèle musulman ouvert et équilibré, pouvant constituer un défi au modèle saoudien contraint par le conservatisme … Cette situation peut affaiblir le royaume et son rayonnement dans le monde arabe et musulman».
La note ajoute que certains des dirigeants islamistes en Tunisie et au Maroc ont étudié en Arabie saoudite ou ont été sensibles à son influence et de ce fait, il ne devrait pas être difficile d’entre en contact avec eux.
Wikileaks prévoit de divulguer ce qui est présenté comme 500.000 documents officiels saoudiens. 61.195 ont été divulgués jusqu’à présent. En mai dernier, Riyad avait reconnu un piratage important de sites officiels.
Moment délicat pour Riyad
Ces divulgations interviennent à un moment politique délicat pour Riyad. L’Arabie saoudite est engagée dans une guerre qui n’est pas gagnée d’avance au Yémen, un bras-de-fer avec l’Iran dans ce dernier pays, mais aussi en Syrie, en Irak et au Liban, tandis que ses relations avec les États-Unis se sont distendues. Riyad s’inquiète du programme nucléaire iranien et de l’accord en cours de négociations entre les États-Unis et Téhéran.
Les changements politiques conséquents aux printemps arabes à Tunis ou au Caire ont également fragilisé les positions saoudiennes au sein du monde arabe.
Ce samedi, le compte Twitter du ministère saoudien des Affaires étrangères a émis deux messages distincts, le premier qui démarre par «Cher citoyen» demandé aux Saoudiens de ne pas accéder à des sites pour se procurer des documents ou informations qui ne sont pas authentiques et qui peuvent porter atteinte à la sécurité de la nation».
Le deuxième tweet demande «de ne publier aucun document qui peut être faux, contribuant ainsi à aider les ennemis de la nation à atteindre leurs objectifs». Sur Twitter et le forum libéral saoudien, la tendance est clairement au soutien à l’État et à considérer cette fuite comme un complot.
Elotmani, Amrani, Laenser
D’autres médias marocains ou libanais publient ce samedi des documents ayant trait à la politique intérieure.
Un câble saoudien analyse l’arrivée au pouvoir du premier gouvernement de Abdelilah Benkirane et les analyses que font les Saoudiens du rôle de Saâdeddine Elotmani aux Affaires étrangères ou de l’arrivée de Youssef Amrani à fin 2011, qui “sera le véritable ministre des AE“. Idem pour Charki Draiss, le véritable ministre de l’Intérieur, et pas Laenser. Le maintien d’Akhannouch fait selon un autre câble, «du ministère de l’Agriculture, un ministère de souveraineté“.
Autant que nous avons pu en juger (impossible de lire les 61.000 câbles), le Maroc est perçu très positivement et traité avec respect. Il y a également de nombreuses demandes d’autorisations de mariages de Saoudiens au Maroc (généralement avec des Marocaines) ainsi que de nombreuses dispositions protocolaires concernant des échanges de visites. On y évoque des séjours de Omra de la part de membres de la famille royale.
À Beyrouth, on évoque un câble sur la demande de soutien financier faite aux Saoudiens par un ministre libanais pour créer un parti politique. Un universitaire tunisien établi à Beyrouth propose ses services avec insistance. Des journaux quémandent une aide financière. Les intellectuels et les médias sont généralement l’objet de grandes attentions.
Autre front de l’action officielle saoudienne, les médias. Un site spécialisé passe en revue les câbles diplomatiques et gouvernementaux qui traitent du sujet. Abonnements et financements directs vont de Beyrouth à Abou Dhabi, Conakry et Nouakchott, sans oublier des médias à Ottawa et Sydney.
MTV Liban, en proie à des difficultés financières, se voit par exemple offrir 5 millions de dollars. Un journaliste cairote courtisé par l’Iran, se voit offrir… un quotidien et une chaîne de tv. Des rédacteurs en chef de journaux dans la plupart des pays arabes se voient invités à accomplir le pèlerinage en compagnie de leurs épouses. Les abonnements de soutien aux journaux “amis“ peuvent atteindre des sommes élevées.
Et surtout, partout, tout au long des lectures, une double hantise: contrer l’Iran d’une part et d’autre part garder la prééminence sur l’islam sunnite.