Analyse :

1 – Le suspect, Yassine Saali, estt un salafiste connu, qui n’était pas encore passé au jihadisme. Malgré son absence de formation para-militaire, il a su faire preuve d’un haut degré de détermination et de force psychologique (acte de décapitation, voiture-bélier) que seule une idéologie puissante peut donner.

2 – Le drapeau utilisé fait référence aussi bien à Daech, à AQMI qu'à AQPA. Néanmoins le mode opératoire se rapproche de celui de Daech. La mise en scène du cadavre rappelle les têtes plantées sur des piques lors de la prise de Mossoul en juin 2014. Les inscriptions manuelles en arabe sont forcément le fait d’un homme ayant une instruction religieuse et culturelle.

3 – L’attentat répond à un contexte propice : le mois du ramadam, l’anniversaire de la proclamation du califat (29 juin 2014) et le retour en force de Daech en Syrie et en Irak (assauts sur Kobané, prise d’al-Hassaka, résistance dans la province d’al-Anbar).

4 – L’attentat obéit au message du porte-parole de Daech, al-Adnani, du 24 juin dernier : «Précipitez-vous et participez à une expédition pendant ce mois et cherchez le martyre pendant celui-ci (…). Et il se peut qu'Allah augmente la récompense du martyr pendant ce mois pour atteindre la récompense de dix martyrs pendant un autre mois (…). Élancez-vous afin de faire du ramadan un mois de calamités pour les mécréants. »

 

Interprétation :

1 – Nous sommes en présence d’actes de guerre qui s’inscrivent dans la logique préconisée par l’État islamique. Les décapitations rappellent celles de l’État islamique à Mossoul. Les attaques se font de façon aléatoire, de sorte  à déstabiliser l’adversaire.

2 – L’attentat de Grenoble montre que la propagande de l’État islamique a bien fonctionné. Grâce à ses réseaux – qui n’ont pas été attaqués par les puissances occidentales – l’État islamique est susceÉptible de faire se lever le drapeau noir partout où vivent des musulmans radicalisés. Or cette proportion augmente de façon vertigineuse.

3 – L’attentat montre a contrario les limites, voire l’échec du plan Vigipirate, destiné essentiellement à rassurer les populations. Les cibles sont aléatoires, l’État mobilise par conséquent 7.000 hommes sans réelle efficacité. Les grandes métropoles, surtout Grenoble, sont des lieux où les candidats au jihad peuvent s’approvisionner sans mal en armes. La question n’est donc pas d’accuser les lacunes du renseignement – lequel identifie et classifie correctement les individus dangereux – mais les failles juridiques de notre système de lutte anti-terroriste.

4 – Depuis les attentats de Paris, nous n’avons progressé en rien et sommes toujours au même point. L’État islamique opère une séduction forte sur les minorités immigrées et les musulmans en général, y compris sur son propre territoire. Face aux propositions religieuses et politiques de l’État islamique, nous n’avons proposé que le vide jusqu’à présent. Les valeurs républicaines sont perçues comme une mystification. Or il existe une alternative, qui est de proposer la France, tout simplement.

5 – L’attentat pose, immédiatement, la question de l’unité nationale, d’autant plus que 16 % des Français interrogés par le magazine Newsweek le 25 juin se sont déclarés favorables à Daech.