A tous points de vue, c'est une tragédie. Le nombre de migrants concernés, le nombre de morts, la présence de nombreux enfants parmi les morts et enfin la cruauté dont ont fait preuve les passeurs.

Selon la police d'Etat italienne, les cinq passeurs et criminels présumés ont été arrêtés. Il s'agit selon la même source, de deux Libyens, deux Algériens et un Tunisien.

Le bilan provisoire est de 26 corps récupérés et environ 200 disparus. Près de 400 passagers ont été sauvés par deux navires dont l'un était affrété par Médecins Sans Frontières.

Selon des témoignages de survivants diffusés par la police italienne, les cinq présumés coupables ont également battu les migrants eux-mêmes pour les empêcher de bouger et de rendre encore plus précaire la navigation. 

Entre 600 et 650 passagers étaient transportés sur une frêle embarcation de pêche côtière. Le voyage coûtait entre 1.200 et 1.800 dollars, selon la position plus ou moins en sécurité à l'intérieur de la coque.

Le bateau était en situation très précaire dès le début du voyage. Au large des côtes libyennes, des passagers ont prévenu la police de Palerme qui a prévenu la police d'Etat. Cette dernière a lancé un appel de secours à tous les bateaux de la région.

Un bateau irlandais, qui était le plus près de la zone de navigation, est arrivé le premier. Dès qu'il a essayé d'approcher l'embarcation, celle ci s'est retournée.

Au lendemain de l'arrivée en Sicile des migrants survivants du naufrage ayant fait plus de 200 morts au large de la Libye, l'aide psychologique s'organisait vendredi à Palerme pour ceux qui ont perdu des enfants dans la traversée.

Au centre "Sainte Rosalie" de la Caritas, au coeur de la capitale sicilienne, on s'affaire depuis l'arrivée des 367 survivants du naufrage de mercredi.

C'est ici que sont accueillies les familles des 26 personnes dont la mort est avérée et des enfants disparus, auxquelles bénévoles de la Caritas, membres de Médecins Sans Frontières (MSF), psychologues et médiateurs culturels essaient d'apporter un peu de réconfort.

Dans le patio, la psychologue de la structure, Anna Cullotta, serre deux femmes voilées dans ses bras. Non loin, trois enfants, avec aux pieds les chaussures en plastique distribuées à la descente du bateau, improvisent une partie de baby-foot avec un bénévole.

"Pour nous, le naufrage de mercredi a été le plus tragique et le plus poignant de tous, car, parmi les victimes et les disparus figurent de nombreux enfants", confie Mme Cullotta à l'AFP.

Et de raconter l'histoire de cette jeune Syrienne qui cherchait à rejoindre son mari en Suède avec leur fils et qui a vu l'enfant se noyer.

"Elle est partie avec l'idée d'un avenir, pleine d'espoir, puis le drame. Elle a appelé son mari pour lui annoncer la nouvelle et depuis, elle est dévastée, elle ne parle plus", confie la psychologue.

La pression migratoire à travers la Méditerranée est en hausse spectaculaire depuis les printemps arabes. L'Italie a vu ariver 64.000 migrants en 2011.

Selon le HCR, les cinq premiers mois de l'année 2015 ont vu l'arrivée de plus de 100.000 migrants en Europe à travers la Méditerranée. Selon Frontex, ils étaient 220.000 en 2014.

(Médias 24 et AFP)