Médias24: Qui sont les artistes et le programme de cette année à la biennale de Marrakech?
Amine Kabbaj: Aujourd’hui, l’art passe par deux vecteurs essentiels de développement artistique. Un vecteur intellectuel via l’organisation de 200 biennales dans le monde qui sont des leviers sans considération lucrative pour explorer les nouvelles tendances en matière d’art contemporain. Par ailleurs, il y a des foires avec des galeries qui contribuent au commerce de l’art.
Notre commissaire d’exposition de cette année Reem Fadda (musée Guggenheim, Abu Dhabi) a choisi un certain nombre d’artistes qui seront exposés dans le cadre d’un programme "In". Et il y aura aussi une programmation "Off". Nous aurons donc des artistes locaux comme étrangers (Argentine, d’Australie…).
Pour cela, nous avons sélectionné 30 projets sur 350 offres et nous avons établi des partenariats avec des institutionnels comme l’Institut français, le Cervantes, l’ESAV, le ministère de la Culture…
-Quelle sera la thématique de cette année?
-Le thème retenu est parti d’un dicton arabe qui dit "Quoi de neuf, là?". C’est un questionnement qui porte sur la nouveauté car jusqu’à récemment, tout ce qui était nouveau venait d’Occident. Aujourd’hui, les choses ont changé, car l’innovation vient d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud.
-S’inscrira t-elle dans l’actualité brûlante du terrorisme?
-Aujourd’hui, nous sommes dans un monde qui bouge, avec la mondialisation des échanges et la révolution d’Internet, où l’information devient instantanée. Nous voulons donc montrer au monde notre marocanité, à travers notre culture plurielle (africaine, arabe, berbère, judéo-musulmane…).
Cet évènement montre que la coexistence n’est pas un vain mot, en cette période d’amalgames.
-Y a-t-il des nouveautés cette année?
-Nous sommes en train de développer un programme éducatif destiné aux écoles primaires et secondaires, car l’art passe aussi par la jeunesse. Les écoles des beaux-arts de Tétouan et de Casablanca vont se délocaliser dans la biennale pour plusieurs semaines.
De cette manière, il y aura des allers etretours entre le public, les étudiants et les œuvres des artistes, grâce à l’action d’une spécialiste qui dirige ce programme.
-A quel public s’adresse votre événement artistique?
-Ce n’est pas un public mais des publics auxquels la biennale est destinée. Il y aura des professionnels de l’art, des artistes de tous les horizons et bien évidemment le grand public, féru d’art ou pas.
-Quelle place occupe la biennale de Marrakech à l’échelle mondiale?
-Sur plus de 200 biennales organisées à travers le monde, nous avons été reconnus 18e au classement mondial effectué en 2013 par l’association des biennales du monde.
-Grâce à cette reconnaissance mondiale, on peut considérer que votre combat n’est pas vain?
-La particularité marocaine est son point de jonction entre Afrique, Europe et monde arabe. Nous avons un positionnement unique, qui nous permet de rayonner sur plusieurs cultures étrangères. Notre commissaire d’exposition s’inscrit dans cette dynamique, car elle va rapatrier des œuvres d’artistes afro-américains au Maroc, sur le continent de leurs ancêtres.
-Quels sont les moyens alloués à votre événement artistique?
-Il faut rappeler que c’est Vanessa Branson qui a créé cette biennale, avant de se retirer de sa gestion en 2014, mais en gardant un titre de présidente fondatrice. Nous lui devons beaucoup,car hormis la création de la biennale, elle a aussi financé en partie les cinq premières éditions. Elle a dû dépenser 20 millions de DH de sa poche sur ces dix dernières années, sans aucun retour financier. Sa Majesté nous a d’ailleurs tous deux décorés du Wissam Al Arch lors de l’inauguration du musée MMVI.
Cette année, nous aurons 12 millions de DH en numéraire, sans compter des donations en nature (hôtels, gratuité municipale…). Nos donateurs sont entre autres l'OCP, la RAM, Saham, Maroc Télécom, Holmarcom, l'ONMT…
-Les sponsors vous suivent-ils plus qu’avant?
-Pour l’instant, nous avons cinq petits sponsors, mais nous allons aussi avoir un encouragement de grosses sociétés marocaines. Nous travaillons aussi pour que la société civile s’engage à nos côtés. Les amis de la biennale sont des amoureux de l’art, qui nous aident avec des chèques compris entre 10.000 et 150.000 DH.
La municipalité nous aide et le ministère de la Culture nous prête gratuitement plusieurs lieux d’exposition prestigieux. Nous avons même une société de détaxe qui nous donne de l’argent et le directeur de la conservation foncière, qui est un amoureux de l’art, se montre généreux avec nous.
-Comment vous projetez-vous dans l’avenir?
-Notre ambition est de donner un cachet particulier à cet événement, pour qu’il s’inscrive dans la durée. Même si nous ramons un peu au niveau financier, les choses avancent dans le bon sens et c’est un événement qui est désormais bien installé dans le paysage artistique marocain.
Nous sommes fiers de contribuer à faire bouger la culture au Maroc et de créer des plus-values pour nos artistes marocains.