La guerre asymétrique et à distance que se livrent l’organisation de l’Etat islamique et Al Qaida d’une part et gouvernements occidentaux et arabes –mais pas seulement comme on le voit en Inde par exemple- d’autre part, semble se structurer sur le moyen et le long termes.
Le quotidien new yorkais décrit ainsi une Libye “avec ses espaces sans gouvernement, son pétrole, ses ports et sa proximité à l’Europe et au Moyen-Orient, qui devient une plateforme grandissante pour Al Qaida et l’Etat islamique, afin de mener des opérations en Afrique“.
Ce qui constituait auparavant des menaces localisées se transforme en menaces transnationales, rapporte Carlotta Gall, du New York Times. Elle cite pour cela l’exemple de l’attaque du 19 novembre dernier contre l’hôtel Radisson de Bamako.
L’attaque a été revendiquée par AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique) dirigé par Abdelmalek Droukdel et par le groupe Al Mourabitoun, dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, comme une opération menée de manière conjointe.
Ansar al Charia, mené par le Tunisien Seifallah Ben Hassine (dit Abou Yadh) est considéré comme derrière les trois attaques terroristes subies par la Tunisie en 2015 au musée du Bardo en mars, sur la plage de Sousse en juin et en plein centre de la capitale, en novembre dernier.
Droukdel, Belmokhtar et Ben Hassine sont des «anciens» d’Afghanistan. Droukdel s’abriterait dans le sud algérien et Belmokhtar dans le sud-est libyen.
D’autres experts citent l’augmentation du nombre d’opérations suicides et d’attaques en 2015 en Libye, en Tunisie et au Tchad comme preuves des échanges croissants entre différents groupes terroristes. Des chiffres publiés en ce début d’année fournissent un premier bilan du terrorisme au Maghreb en 2015. Libye: 1.523 victimes ; Algérie: 109 ; Tunisie: 103 et Maroc 0.
Le NYT signale la présence militaire française et américaine dans la région, qui contient difficilement l’activité des groupes terroristes, mais ne parvient pas à la stopper.
La France est présente est présente avec plus de 3.500 agents dans 10 bases en Mauritanie, au Mali, au Tchad, au Niger et au Burkina Faso. D’autres forces se trouvent au Sénégal et en Centrafrique. Les Américains ont disposé moins de 500 agents au Niger et au Cameroun, pour contrer les activités de Boko Haram notamment.
La journaliste du NYT cite un officier français, qui parle “d’une zone d’opérations de 40.000 km² grande comme les Pays-Bas, avec 300 hommes affectés“ au nord du Niger. Le Sahel, de la côte mauritanienne à l’est du Tchad grand comme les Etats-Unis, couvre près de 9.000.000 de km². L’espace est vaste et inhospitalier, avec des moyens limités pour le contrôler.
A cela s’ajoutent “la pauvreté, la corruption, la mauvaise gouvernance et un système électoral injuste, qui rendent la population plus sensible à la propagande islamiste“, indique le Malien Adam Thiam, cité par le NYT. “Les jeunes ont perdu confiance en leurs gouvernements; ils vont plutôt écouter les leaders religieux que les leaders politiques“ ajoute-t-il.
A cette fragile situation, s’ajoute l’usage aux Etats-Unis d’une violente rhétorique islamophobe par des leaders politiques tels que Donald Trump. Ce discours est repris par certains de ses concurrents et il est maintenant utilisé par des mouvements islamistes pour recruter des combattants.
Le candidat à l’investiture républicaine Trump défend la proposition d’interdire l’entrée aux Etats-Unis des musulmans. Il critique également “Clinton, qui approuve la construction de murs en Israël pour contrôler les flux de Palestiniens, mais refuse cela pour les Américains“.
De même, l’actuel et ambigu débat politique français sur la déchéance de nationalité des binationaux condamnés pour terrorisme, donnera matière à recrutement parmi les jeunes musulmans d’Europe.
Si la droite approuve une telle mesure et que la gauche est divisée sur une mesure défendue par le président Hollande et son chef de gouvernement Manuel Valls, en revanche, l’opinion publique française l’approuve à plus de 90%.
Entre l’anarchie politique régnant actuellement dans plusieurs parties du Proche-Orient et du Sahel, la crise des migrants, les menaces terroristes et le virage vers les extrêmes des discours politiques occidentaux, le temps des malentendus et de la violence ne semble que commencer.