Les risques d’un conflit direct sont importants et ses conséquences également.
"A quoi ressemblerait une guerre saoudo-iranienne? Ne cherchez pas, elle est déjà là", indique M. Knights, en titre de son article.
"Même une courte mais brutale confrontation militaire rappellera aux deux parties qu’il est impératif qu’elles contrôlent leurs conflits et qu’elles les limitent aux territoires des malheureuses parties tierces."
Knights rappelle que du terrain libanais à la Syrie, à l’Irak et au Yémen, de nombreux conflits opposent Saoudiens et Iraniens depuis des décennies. Les deux pays ont pris l’habitude, depuis l’invasion soviétique en Afghanistan et la guerre civile libanaise, d’utiliser des parties tierces pour défendre leurs intérêts.
C’est encore le cas aujourd’hui dans toute la région, notamment à Beyrouth, Damas et Baghdad. Un article publié en mars 2015 dans l’Orient-le-Jour et intitulé "Les fous de Riyad et de Téhéran" tente de démontrer l’instrumentalisation par Riyad et Téhéran des conflits régionaux.
De moins en moins de lignes rouges
L’exécution du leader chiite saoudien par Riyad suivie du saccage de l’ambassade saoudienne à Téhéran et la rupture des relations diplomatiques entre les deux parties montrent que la tension reste très vive. Celle-ci n’est pas prête de retomber, en raison de l’accord sur le nucléaire iranien, qui entre en vigueur ce dimanche 16 janvier, et renforce la position internationale de Téhéran, et des conflits en Syrie et au Yémen.
Les autres éléments qui pourraient pousser à une confrontation directe, même brève, entre Téhéran et Riyad, sont la course régionale aux armements et le fait que les lignes rouges de non-intervention entre les deux parties n’existent plus. Téhéran intervient au Bahreïn et dans l’est pétrolifère saoudien. Riyad paie les factures d’armement de l’armée libanaise et bombarde massivement les Houtis du Yémen. La seule ligne rouge qui survit à ce bras de fer est la confrontation directe.
Quant à la course régionale aux armements, celle-ci prend des allures extraordinaires. Outre le fait que Riyad dépense annuellement près de 80 milliards de dollars en armes depuis le début des années 2010, Téhéran a développé des capacités nucléaires et l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire lui permet de toucher des dizaines de milliards de dollars bloqués dans les banques occidentales. Des achats de missiles et de Sukhoï russes sont déjà annoncés.
Course aux armements
Dans la région, le paysage militaire est tout aussi alarmant. Israël vient d’acquérir un 5e sous-marin et dispose de capacités nucléaires opérationnelles. L’Egypte a acquis des "Rafale" et Riyad souhaite se rapprocher d’Islamabad, qui dispose de capacités nucléaires et d’une nombreuse armée. Le ministre de la Défense et vice-Prince Héritier saoudien Mohamed Ben Salman était en visite au Pakistan dimanche dernier.
Dans le Golfe persique, la France et les Etats-Unis disposent d’importantes bases à Abou Dhabi, au Bahreïn et à Qatar. La Turquie s’apprête à installer une base aérienne et navale près de Doha au Qatar. En dehors des pétromonarchies du Conseil de coopération du Golfe, la Turquie, Israël et l’Egypte ont les armées parmi les plus dépensières du monde, une fois que l’on exclut les Américains, les Chinois et les Russes.
Selon Michael Knight, "la prochaine étape de la guerre de l’Arabie saoudite avec l’Iran sera l’intensification de la guerre par parties interposées en Syrie. C’est là où l’Arabie saoudite prévoit de livrer sa principale bataille contre l’Iran". Selon Knight, Riyad a déjà livré des missiles anti-tanks à des groupes rebelles syriens et la prochaine étape pourrait être constituée par la livraison de missiles anti-aériens.
Pour Knight, les champs pétrolifères et gaziers et les îlots du Golfe Persique fournissent un potentiel de confrontation réelle. L’Iran teste souvent ses missiles dans la zone du Golfe et du détroit d’Ormuz. Cette semaine, dans le New York Times, dans un article signé Mohammad Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne parle d’"insolent extrémisme saoudien" et d’un "Iran qui ne restera pas toujours aussi patient".
Une perte de contrôle de l’évolution de la situation entre Téhéran et Riyad commence à sérieusement préoccuper diplomates et analystes.