Mamoun Lahbabi a également écrit cinq ouvrages spécialisés sur l’économie et le marketing, le premier d’entre eux sortant bien avant de passer à la littérature. L’histoire d’une alchimie et de rencontres nées de la lecture selon l’universitaire-écrivain. Gageons également que le fait de passer à l’acte dans un domaine qu’il maitrisait au préalable l’a aidé à sauter le pas.
La démarche littéraire est, d’après lui, toujours la même: partir d’un fait réel et le brosser à l’aide de l’imaginaire.
Edité par Casa Express, "La lumière de l’aube" est un roman intéressant et cohérent, mais trop complet pour scruter un sujet d’intérêt et trop riche en figures de style pour laisser respirer le lecteur. Une œuvre idéale pour la critique.
Un style encombré et complexe
188 pages pour 5 chapitres. Un fait assez rare qui mérite d’être souligné.
L’entrée en matière est d’ailleurs difficile pour le lecteur, la forme étant encombrée de métaphores ou de doubles sens, l’écriture se simplifiant tout de même par la suite, malgré des paradoxes utilisés parfois uniquement dans le but de créer de l’effet.
L’écrivain est aussi à l’aise dans la description que dans la narration, mais emploie un vocabulaire pas toujours accessible, ce qui nécessite un droit d’entrée intellectuel (ou de savoir). Et les mots employés ne s’appliquent pas forcément au contexte précisé.
Le romancier démontre sa maîtrise dans le langage poétique et aussi philosophique, prouvant à ces occasions une sensibilité complexe et abstraite difficilement perceptible. Malheureusement, leur alternance dans ce livre en brise l’efficacité, alors que le décalage établi entre ces deux univers devrait naturellement en constituer un gage.
Trop de dénonciations tuent le fond
Beaucoup parmi les thèmes proposés par Mamoun Lahbabi sont très intéressants. Cependant, leur nombre trop important empêche d’aller dans la profondeur. Tous ces sujets n’étant qu’effleurés, la plupart souffrent de lieux communs. Notamment ceux liés à la corruption et à l’enseignement. D’autres auraient mérité plus de développement, comme l’angoisse (quitte à évoluer dans l’univers psychologique), les années de plomb, l’enfance sans père, les mères célibataires. Tous ces thèmes là sont éventuellement évoqués sous un angle différent.
On n'arrive pas non plus à deviner le thème principal avoué par l’auteur, la douleur de l’écriture, cette dernière étant confondue avec la peur et les craintes du personnage principal du roman.
Ceci devient encore plus dommageable, lorsque l’on constate toute la crédibilité et la sincérité de ce livre, qui demeurent incontestables.