Dans les pays européens et aux USA, les questions s’accumulent sur les choix politiques et militaires de Riyad: lutte contre Da'ech, guerre au Yémen, opposition à l’Iran et agressivité sur le marché pétrolier.
Il va sans dire que dans ces moments difficiles que traverse le pays, le Maroc est resté un allié solide de l'Arabie saoudite.
"Est-il vrai que le mouvement jihadiste international est étroitement lié aux enseignements du wahhabisme?" C’est l’élu Hank Jonhson qui pose la question au cœur du Congrès américain, en cette mi-janvier.
Une commission de la Chambre des représentants américaine veut en savoir plus sur le sujet. Pour cela, elle a convoqué des universitaires et un ancien ambassadeur américain à Riyad, Robert Ford.
L’universitaire, le Dr. Viekers, semble hésiter dans sa réponse et l’élu Hank Johnson insiste: "Oui ou non?" "Oui", finit par répondre Viekers. "Je dirais qu’il s’en inspire; le wahhabisme est un courant de l’islam sunnite. Al Qaida et l’organisation de l’Etat islamique s’en inspirent."
L’échange est sec et froid. Clinique. Ce sont les relations américano-saoudiennes que l’on met sur la table. Des dizaines de milliards de dollars de contrats militaires et commerciaux annuels.
Il s’ensuit des échanges, qui montrent le souci de certains élus américains d’essayer de comprendre ce qui se passe autour de Da'ech et dans les coulisses du pouvoir à Riyad. Depuis que des analystes et des journalistes ont commencé à dresser des analogies entre l’idéologie de Da'ech et le wahhabisme, des alarmes se sont mises à sonner de toutes parts.
Hank Johnson s’adresse à l’ambassadeur Robert Ford: "Le wahhabisme vise à purifier l’islam d’un certain nombre de pratiques humaines considérées comme des péchés vis-à-vis d’Allah. Est-ce exact?" "Oui, c’est exact", répond le diplomate.
Filiations et rigidités
Pour l’écrivain Kamal Daoud, très critique sur les orientations politico-religieuses de l’Arabie saoudite, "la différence avec Da'ech est que l’Arabie saoudite a réussi".
Pour K. Daoud, "l’Etat islamique a un père, c’est l’Arabie saoudite et son industrie idéologique". A coups de dollars, Riyad finance écoles, mosquées et œuvres de bienfaisance dans le monde musulman, en Afrique et en Europe depuis des décennies. Ce que l’analyste irakien Omar Al-Nidawi appelle "le financement de la radicalisation de millions de musulmans".
Quittant le forum de Davos cette fin de semaine en chemin vers l’Asie, le chef de la diplomatie américaine John Kerry s’est arrêté à Riyad. Malgré leurs malentendus de ces derniers mois, Washington et Riyad coopèrent en Syrie et au Yémen.
Le New York Times révèle ce dimanche 24 janvier que les Saoudiens financent la formation de groupes rebelles syriens par des instructeurs de la CIA. Au Yémen, les avions-ravitailleurs américains fournissent en carburant les avions de chasse saoudiens.
Riyad hégémonique et irritée
Dès le départ, les Saoudiens acceptent mal les négociations sur le nucléaire iranien, qui ont finalement abouti à un accord avec Téhéran et à la levée des premières sanctions. Cette semaine, le président iranien Hassan Rohani sera à Paris et à Rome.
Avant le retour de Téhéran sur la scène diplomatique, Riyad, dominant le marché du pétrole, voyait le péril du pétrole de schiste américain monter. Même si les faibles coûts d’exploitation du pétrole saoudien permettent au géant Aramco de supporter une forte baisse des cours du baril et de mettre en difficulté ses concurrents, cette situation n’est pas viable à moyen terme.
Malgré ses réserves de près de 700 milliards de dollars à fin 2015, Riyad aura besoin d’y piocher une centaine de milliards d’ici la fin 2016. Idem pour 2017. Riyad a enregistré un déficit budgétaire de 15% en 2015, et celui-ci doit se répéter en 2016. Sur un budget global de 230 milliards de dollars en 2015, plus de 65 milliards ont été consacrés à la défense et à la sécurité, soit plus de 25% du total.
Avec le retour de l’Iran sur le marché pétrolier et le besoin pour Moscou, Caracas, Lagos, Baghdad ou Alger de vendre leur brut, les cours du pétrole ne sont pas près de remonter de manière significative à l’horizon 2017.
Suite à cette problématique économique et aux difficultés dans sa politique régionale vis-à-vis de l’Iran et sur les terrains syrien et yéménite, les spéculations sur l’après-Salmane deviennent nombreuses.
The Economist (Londres) début janvier, Le Point, Le Nouvel Obs ou Le Monde à Paris cette semaine ont consacré de longs dossiers à la maison des Saoud. Le 8 janvier dernier, un ancien ambassadeur américain à Riyad, Simon Henderson, s’interrogeait sur "le prochain roi d’Arabie saoudite".
Cela fait beaucoup d’interrogations politiques, géopolitiques et économiques pour le pays qui abrite les lieux saints de l’islam; au péril de ses intérêts, de ceux du monde arabo-musulman et de ceux de l’Occident.
"Les Etats-Unis ont besoin d’une nouvelle doctrine pour le Moyen-Orient", écrit l’Irakien Omar Al-Nidawi. "Cette nouvelle stratégie doit reconnaître que certains alliés dans le monde musulman, particulièrement l’Arabie saoudite, n’agissent plus en tant que forces de stabilité. L’administration américaine, préconise Al-Nidawi doit exiger des changements concrets dans la doctrine religieuse officielle, si elle espère venir à bout des menaces croissantes du terrorisme international."
En tout cas, l’Arabie saoudite traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire.