Avec le réchauffement climatique, les cigognes blanches changent leurs habitudes migratoires. Dans une étude de l’Institut Max Planck en Allemagne, publiée le 22 janvier et reprise dans le quotidien suisse LeTemps, les chercheurs expliquent avoir placé des GPS sur 70 jeunes cigognes européennes pendant 5 mois pour suivre leur première migration. Si certaines parcourent 15.000 km, d’autres en volent 5.000 et d’autres encore ne bougent pas du tout.

Qualifiant ces oiseaux d’"opportunistes", les scientifiques ont remarqué que les sujets de la recherche, qui rejoignent l’Afrique par deux routes, l’une par l’Est et l’autre par l’Ouest via l’Espagne et le Maroc, préféraient dans beaucoup de cas écourter leur voyage, voire y renoncer. Ainsi, n’étant pas dérangées par l’activité humaine, les décharges espagnoles et marocaines conviennent parfaitement à cette espèce, car elle y trouve de la nourriture en suffisance.

De ce fait, alors que les cigognes qui partent par l’Est ont poursuivi leur route jusqu’en Afrique du Sud, celles qui ont emprunté le couloir "Ouest" vers le Sahel ont pour deux tiers d’entre elles passé leur hiver… au Maroc! Ces observations viennent en confirmer d’autres, antérieures. Cela explique qu’en Espagne, depuis les années 80, le nombre de cigognes se soit multiplié par 10, la sédentarisation se révélant propice à la reproduction (économie d’énergie et risque moins élevé d’accidents).

Quant aux nouveau-nés, ils sont plus gros et plus grands, mais pas forcément en très bonne santé, car certains nutriments essentiels sont absents de leur alimentation. C'est "comme s’ils étaient nourris au fast-food", confie une chercheuse. Sur le long terme, une intoxication est possible, ainsi que le développement de bactéries, dont certaines pathogènes, potentiellement dangereuses pour l’homme.

Cette année, une nouvelle réglementation européenne entre en vigueur et sera appliquée progressivement. Elle vise à diminuer la quantité de déchets alimentaires dans les décharges. A court terme, selon les scientifiques, cela poussera probablement les cigognes à traverser le détroit pour se nourrir dans les décharges marocaines, non soumises à ces règles.

Mais à long terme, avec le réchauffement climatique, les cigognes pourraient ne plus se déplacer du tout et donc rester en Europe, comme certaines le font déjà, passant leur hiver dans le Sud de la France ou encore en Suisse. De plus, la sécheresse devant toucher le Sahel à répétition dans les années à venir, sur le long terme, cela découragera d’autant plus la migration. Les cigognes pourraient donc ne plus voler dans le ciel africain…