A trois jours d'un sommet crucial entre l'Union européenne et la Turquie sur la crise migratoire, la justice turque a condamné vendred 4 mars à 4 ans et deux mois de réclusion deux passeurs syriens jugés après le naufrage qui avait causé la mort ( il y a 6 mois) d'un réfugié syrien de trois ans, Aylan Kurdi.
Il s'agit de Muwafaka Alabash et Asem Alfrhad, coupables de "trafic d'immigrants", a rapporté l'agence de presse Dogan.
Mais les magistrats turcs ont refusé de faire du cas des deux hommes un exemple pour les contrebandiers, qui empochent chaque jour des milliers de dollars pour faire passer clandestinement leurs "clients" de la Turquie vers la Grèce. Faute de preuves, ils les ont acquittés des accusations de "négligences délibérées ayant entraîné la mort", a précisé Dogan.
Les deux hommes risquaient jusqu'à trente-cinq ans d'emprisonnement pour ce crime.
Le 2 septembre dernier, une embarcation surchargée de réfugiés syriens qui tentait de rallier l'île grecque de Kos avait chaviré au large de la station balnéaire huppée de Bodrum. Douze d'entre eux avaient trouvé la mort.
Les images du corps sans vie d'Aylan, retrouvé quelques heures plus tard gisant sur une plage, avaient fait le tour du monde et suscité une vague d'indignation planétaire, qui avait contraint l'Union européenne (UE) à entrouvrir ses portes aux migrants, pour la plupart des réfugiés en provenance de Syrie et d'Irak. Aylan est alors devenu un symbole planétaire du drame des migrants.
Ce naufrage avait aussi causé la mort de sa mère et de son frère de cinq ans.
Pendant leur procès, le 11 février, les deux accusés avaient nié toute responsabilité dans le naufrage et montré du doigt celle du père d'Aylan, Abdullah Kurdi.
Le père de la petite victime était lui aussi poursuivi devant le tribunal de Bodrum pour avoir "utilisé" le bateau qui a coulé, mais il ne s'était pas présenté à la barre. Les juges avaient décidé d'abandonner les charges retenues contre lui.
Quelques jours après le drame, Abdullah Kurdi, qui vit une partie de l'année au Kurdistan irakien, a été accusé d'avoir lui-même organisé la traversée clandestine de la mer Egée.
Il a toujours nié ces allégations. Invité régulier des médias depuis la catastrophe, le père d'Aylan avait exhorté en décembre "le monde entier à ouvrir ses portes aux Syriens".
Vendredi, un avocat des deux passeurs a dénoncé le jugement rendu par le tribunal. "Dans cette affaire, un parmi les coupables et organisateurs n'est pas poursuivi. Il n'est même pas recherché", a déploré Kemal Ertugrul, cité par Dogan. "Tous les témoins et les survivants de la catastrophe disent que l'organisateur était bien Abdullah Kurdi".
(Avec AFP)