L'actuel bâtiment art-déco de la gare Rabat-Ville sera préservé. Il paraissait difficile de détruire ou de défigurer ce monument urbain et repère de la capitale.
Abdelouahed Mountassir, architecte du nouveau projet, maintient donc le bâtiment, l'intègre dans un projet plus monumental, contemporain, tout en s'inscrivant parfaitement dans l'art-déco marocain.
Mountassir est un architecte respecté par ses pairs et par les amoureux de l'architecture. Parmi ses travaux, citons la Bibliothèque Nationale du Royaume (2001). C'est également lui qui a gagné le concours du futur siège de l'Istiqlal.
La nouvelle gare de Rabat-Ville est une extension de l’actuelle. L'actuel bâtiment sera reconverti en galerie d’art. Le futur site profite de la couverture des quais pour s’étendre à une superficie de 16.000 m². Et ce, grâce à une vaste ombrière faite d’acier et de verre, ce qui facilitera la diffusion de lumière. Elle reliera également les deux gares tout en protégeant les voyageurs des intempéries.
Le site est conçu en prolongement du nouvel espace urbain et intègrera une rue intérieure reliant l’entrée de l’ancienne gare à la nouvelle porte réalisée dans le rempart.
Le complexe comprend des galeries commerciales sur trois niveaux et devient un véritable lieu de passage et de vie urbaine. Visible depuis le boulevard Ibn Toumart, une nouvelle accessibilité est rendue possible côté Est, au delà du rempart. L’entrée extra-muros Ouest bénéficie d’un parvis (espace devant le bâtiment) intériorisé.
Accessible depuis la nouvelle porte de la gare, il laisse un vide latéral destiné à éclairer et ventiler les quais en contrebas. Plus confidentielle et atteignable au moyen des passerelles axées sur rue Sanaa, la double accessibilité de la gare contribue à fluidifier et sécuriser les circulations piétonnes.
Le site intégrera deux corps de bâtiments filant parallèlement à la rue intérieure protégée par l’ombrière.
Le volume Nord comprendra des commerces et une billeterie au niveau du rez-de-chaussée.
Le volume Sud laisse un vide sur quai au niveau du rez-de-chaussée. Cette configuration offre la possibilité de voir les trains depuis l’espace public, d’éclairer et de ventiler les quais.
Depuis la plateforme, les voyageurs bénéficient de perspectives sur le rempart et vers la ville.
Le talus planté côté nord est préservé et intégré à l’enveloppe de l’ombrière. Le renforcement des plantations est prévu tant pour des raisons d’agrément que de contrôle bioclimatique.
En effet, par évapo-transpiration des végétaux, le talus planté contribue au rafraîchissement des ambiances thermiques par refroidissement adiabatique (sans aucun transfert thermique vers l'extérieur).
Les volumes de la gare sont reliés par des passerelles flottantes au dessus du vide de la rue intérieure, multipliant les panoramas sur la ville historique.
L’ombrière est ancrée dans le paysage urbain. Elle est issue d’une interprétation contemporaine du vocabulaire architectural de l’ancienne gare. Elle encadre l’ancien monument historique et le magnifie. L’image de la gare historique résonne avec la modernité de son nouvel écrin.
De forme anguleuse, oblique et brillante telle une pièce de joaillerie, cet objet plastique à dimension fortement symbolique est avant tout un ouvrage technique et environnemental dont l’écriture s’inspire du style ornemental de la frise de la gare existante.
L’ombrière peut largement être considérée comme une peau intelligente. Puisqu’elle est habillée de vitrage aux différentes qualités, étant transparents, opaques sérigraphiés et photovoltaïques.
L’ornement devient structurant et fonctionnel. Cette association de la symbolique et de la fonctionnalité est un hommage à l’écriture «arts-déco marocaine», capable de mettre fortement en valeur l’édifice historique.
Les travaux débuteront en mai 2016 et finiront 28 mois plus tard. Soit en septembre 2018.
Abdelouahed Mountassir est diplômé (1983) de l’école d’architecture de Lille. Auteur de livres sur l'architecture et lauréat de plusieurs concours, il a été peintre et l'est probablement resté dans sa démarche.
Au niveau des références architecturales, le natif de Casablanca (en 1956), se voit plus méditérranéen, déclarant privilégier dans ses constructions, les espaces introvertis.
(Note: Cet article a été rédigé à partir des déclarations de l'architecte à Médias 24 et de la plaquette de présentation du projet)