Roman social et conte oriental, "Le mariage de plaisir" permet de renouer avec l’histoire, la tradition et la culture du conte érudit, fortement ancrée dans la vieille culture européenne et marocaine.
Le point de départ du dernier roman de TBJ est "le zaouaj al mut'a, qui existe dans une certaine tradition en terre d'islam; les chiites l'ont tout de suite adopté, les sunnites l'ont critiqué, mais aujourd'hui,il est surtout pratiqué par les Iraniens et de rares sunnites", précise Tahar Ben Jelloun.
Zaouaj al mut’a
"C'est le point de départ pour aborder le thème principal du livre, qui est le racisme anti-noir au Maroc et ce depuis toujours jusqu'à aujourd'hui. Le mariage de plaisir va permettre à Amir, bourgeois de Fès, de tomber amoureux fou de Nabou, cette belle Peule qui lui fait découvrir ce qu'est la sensualité et l'érotisme libres.
Interrogé sur le point s’il se considérait comme libertin, TBJ répond sans détour: "Libertin? Disons libre, je ne m'arrête devant aucun tabou, je dis ce que je pense, j'écris ce que je dois écrire. C'est le rôle de l'écrivain dans notre société: dévoiler, fouiller, dénoncer, donner à voir et à penser. Je suis pour la liberté et le respect de la personne; rien ne sert de faire de la provocation. En revanche, je ne rate pas les hypocrites, les imposteurs. Ils sont de plus en plus nombreux, trompant leur monde et se faisant passer pour des artistes, des écrivains, des créateurs, alors que leur seul objectif est d'escroquer les gens et de se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas."
L’ouvrage raconte aussi les aventures sociales et économiques des Fassis au Maroc, mais aussi en Afrique de l’Ouest.
Lui-même né et ayant grandi à Fès, TBJ répond: "Les Fassis ont participé à ancrer la culture arabo-musulmane dans le Maroc moderne. Ils n'ont pas été les seuls, les Berbères ont pris une grande part dans l'élaboration de la culture marocaine avec ses diversités, ses complexités. Mais les Fassis ont été privilégiés par le Makhzen, dès l'indépendance. Aujourd'hui, leur influence est très relative. Cela se passe ailleurs, dans une jeunesse casablancaise de plus en plus connectée à tout ce qui bouge dans le monde. Ils ont été de bons commerçants, d'ailleurs mon personnage, Amir, rencontre la femme qui va changer sa vie à Dakar, là où les Fassis partaient faire du commerce."
A l’Institut du Monde Arabe à l’automne 2016
Enfin, peu de ses lecteurs le savent, mais TBJ a publié il y a près de 20 ans un excellent ouvrage illustré sur l’œuvre du sculpteur italien Giacometti. Les œuvres du génie italien seront pour la première fois présentées au Maroc au Musée Mohammed VI à partir du 20 avril prochain, l’occasion de faire réagir Tahar Ben Jelloun sur cet évènement artistique. "Giacometti est un pilier pour moi, indique-t-il. Il est très important que le Musée Mohammed VI l'accueille et le fasse découvrir aux Marocains."
Peintre lui-même depuis quelques années, TBJ a déjà quelques sérieuses expositions à son actif à Paris, Marrakech et Milan. Il sera de retour à Marrakech le 29 avril prochain à la galerie Tindouf, mais surtout, il est "fier" d’être copié, indique-t-il avec malice à Médias24 et prépare un événement artistique à l’Institut du monde arabe pour la fin de l’année.
"L'écriture et la peinture vont de plus en plus ensemble. Je tiens à préciser que je ne me prends pas au sérieux et c'est ainsi que les belles choses arrivent", conclut Tahar Ben Jelloun.