Selon ce site américain militant pour la transparence des débats à l’ONU, les discussions des membres du Conseil de sécurité la semaine dernière ont reflété des divisions profondes sur la façon de réagir à l’expulsion du personnel civil de la MINURSO, après les déclarations pro-polisario du secrétaire général de l’ONU.
Jeudi 17 mars, certains de ses membres ont essayé de publier une déclaration dénonçant l’attitude du Maroc, mais l'Egypte, la France, le Japon, le Sénégal et l'Espagne s’y sont opposés, en estimant que le problème était entre le Maroc et le Secrétaire général et ne nécessitait pas l'implication du Conseil.
Les pro-Ban Ki-moon ont fait valoir que le Conseil de sécurité se devrait d’apporter son soutien au secrétaire général de l’ONU, sous peine de remettre en cause la crédibilité de ce même Conseil.
Ils ont déclaré qu’un Etat membre ne devait pas être autorisé à démanteler une mission mandatée par le Conseil, car cela impactait sa mission et que le Maroc devait autoriser le retour de ce personnel.
Le 18 mars, Dmitry Titov, sous-secrétaire général chargé du département des opérations de maintien de la paix, a informé les membres du Conseil que les 73 membres de la Minurso avaient été expulsés.
Trois jours plus tard, certains membres permanents du Conseil ont distribué un projet de déclaration pour dénoncer cette expulsion décidée par le Maroc et affirmer un plein appui au Secrétaire général, à son envoyé personnel Christopher Ross et au représentant spécial et chef de la MINURSO, Kim Bolduc.
L'Egypte a proposé de modifier le ton de cette déclaration, en précisant que la demande du Maroc n’était que la conséquence de la déclaration malheureuse du SG, qui a déformé la position officielle des Nations-Unies en traitant le Maroc de puissance occupante.
Les amendements égyptiens ont permis de retirer la phrase exhortant le Maroc à permettre au personnel de la MINURSO de revenir sur son territoire, en la remplaçant par "exhortant toutes les parties à travailler avec diligence en vue de résoudre la situation".
Dans leur dernier paragraphe, les Egyptiens ont remplacé "soutien complet" (full support) par soutien "continu" pour Ban Ki-moon, Christopher Ross et Kim Bolduc.
Le Sénégal a soutenu les propositions égyptiennes et a proposé ses propres modifications, comme celle d’exprimer un soutien clair aux positions du Royaume du Maroc.
Suite à quoi, l’Angola qui présidait le Conseil au mois de mars, a distribué le 23 mars un nouveau projet de déclaration incorporant certaines révisions de l'Egypte, mais en maintenant que le maintien de la paix ne pouvait se faire si les Etats membres exigent unilatéralement le retrait d’une partie des civils de missions envoyés par le Conseil.
Ce membre non permanent du Conseil de sécurité a conservé la mention demandant au Maroc de permettre au personnel expulsé de la Minurso de revenir, afin que ses activités puissent reprendre.
Lors des discussions qui ont suivi sur le projet de déclaration à la presse, l'Egypte, la France et le Sénégal ont exprimé leur inquiétude sur les conséquences fâcheuses qu’aurait une telle demande.
Le même jour, la Nouvelle-Zélande a fait circuler une version plus neutre, parlant de la préoccupation du Conseil de sécurité devant le départ d'une grande partie du personnel civil de la MINURSO, mais omettant de citer le paragraphe de soutien à Ban Ki-moon, Chistopher Ross et Kim Bolduc.
L'Egypte, la France et le Sénégal ont fait valoir que le moment était mal venu, vu qu’ils attendaient les déclarations officielles à Rabat du ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar.
Dans sa conférence de presse du 24 mars au soir, Mezouar a affirmé que concernant l’expulsion du personnel civil de la Minurso, la décision du Maroc était "souveraine et irréversible", mais que les contacts militaires avec la mission de paix n’étaient pas rompus.
Au lendemain de la sortie médiatique du ministre, Ismael Gaspar Martins, président du Conseil de sécurité s’est contenté de demander que le conflit entre le Maroc et l’ONU soit résolu «de la manière la plus constructive et positive possible».
Au final, le soutien des alliés du Maroc a permis de faire en sorte que les membres du Conseil de sécurité se limitent à s’inquiéter du sort de la MINURSO, sans exiger formellement le retour du personnel expulsé et sans manifester publiquement de soutien au secrétaire général Ban Ki-moon.