D’un budget de 10 millions de DH, dont 6 millions de DH provenant du CCM au titre d’avance sur recettes, "L’orchestre de minuit" est sorti le 14 octobre 2015 au Maroc et le 2 mars 2016 en France. Le film a enregisré plus de 50.000 entrées.

Ce long métrage raconte l’histoire de Mickael Abitbol à qui son père, le célèbre musicien Marcel Botbol, lui demande de revenir à sa terre natale, le Maroc, afin de le retrouver. Malheureusement, le père décède peu de temps après.

Désirant rapatrier le corps, Mickael fera la connaissance de Ali, véritable fan de feu Marcel Botbol et partira à la rencontre des membres de l’orchestre de minuit.

En plus de militer pour le rapprochement des peuples, dont la religion diverge mais non la culture, "L’orchestre de minuit" est un film sur les quêtes d’identité, de mémoire et d’héritage.

L’intelligence de ce film est impressionnante. La dénonciation de la part d’absurdité que révèle notre société est effectuée avec tendresse et humour. C'est aussi un véritable message d’espoir, matérialisé par l’amitié naissante et crédible entre un trader juif et un chauffeur de taxi musulman.

D’ailleurs, l'idée de ce long métrage est de faire incarner des personnages juifs par des acteurs musulmans. Et vice-versa, histoire de montrer que la différence de religion n’empêche pas la fraternité.

Ce film traite également la complexité de la relation père-fils, évoque la frontière étroite séparant la rancœur du pardon et dévoile la ressemblance de personnes que tout oppose.

Un scénario profond avec une pointe de fantaisie

Personne ne peut douter de la sincérité de l’écriture de ce film, mais également de son originalité. Certes, certaines scènes manquent de crédibilité et d’autres sont tellement fantaisistes qu’elles vont jusqu’à faire courir des risques à la cohérence du scénario.

Mais ce dernier réussit à nous emporter, car il pose les bonnes questions et apporte des réponses, faisant notamment comprendre à beaucoup qu’il y a une différence de taille entre la religion et la culture: la première nous divisant et la seconde nous rassemblant.

L’aspect loufoque de ce long métrage revêt, cependant, une certaine véracité, puisqu’il est propre au monde des artistes. Tout comme la précarité.

Une réalisation fine et efficace

Jérôme Cohen Olivar propose dans ce film des plans intéressants, jouant à la fois sur le décalage et le parallélisme.

Sa mise en scène est efficace, puisqu’elle arrive constamment à cueillir le spectateur, télécommandant les rires et les frissons. Elle arrive à combler et à dépasser les limites du film, principalement liées au manque de crédibilité de certaines séquences.

Une interprétation parfaite

Rôle principal de son premier film, Avishay Benazra s’en sort avec les honneurs. Il faut dire qu’il présente beaucoup de similitudes avec son personnage: retour aux sources, étude de la finance et pratique de la musique. Ajoutons à cela le fait que l’acteur a effectué un travail de préparation d’un mois et demi pour être à la hauteur de sa tâche.

Dans ce long métrage, il forme un duo aussi complémentaire que savoureux avec Aziz Dadas, dont le talent n’est décidément plus à démontrer. Cinq ans après "Road to Kaboul", dont il avait largement contribué au succès (plus d’un an en salle), Dadas (reconnu pour son naturel comique) signe une nouvelle prestation de haute volée, associant maîtrise, inventivité et douce folie.

Face à cette présence de tous les instants, l’apparition du duo formé par deux de nos plus illustres comiques, Gad El Maleh et Hassan El Fad, peut sembler superflue. Elle est cependant fortement appréciable de par sa drôlerie et utile de par son apport à l’intrigue.

Fiche technique du film:

Durée: 112 minutes
Réalisateur: Jérôme Cohen Olivar
Scénario: Jérôme Cohen Olivar
Image: Antonio Beltran 
Son: Adil Aissa
Montage: Julien Fouré
Musique: Adil Aissa
Interprètes: Avishay Benazra, Aziz Dadas, Gad El Maleh, Marcel Abitbol, Hassan El Fad, Amal Ayouch, M’barek Mahmoudi, Hamid Najah, Jamal Eddine Dkhissi et Fatima Harandi.