Pour Amine Kabbaj, président exécutif de la MB6, joint par Médias 24, cette manifestation nationale créée en 2005 a évolué jusqu’en 2012, avant de prendre une vraie dimension internationale, en 2016.
"Nous avons reçu 100.000 visiteurs marocains et du monde entier, dans le cadre des expositions qui ont émaillé cet événement culturel. C’est bien plus que les 35.000 amateurs de la 5e édition, même si elle avait duré 5 semaines au lieu des onze que nous avons instaurés en 2016."
Depuis 2014, la MB a fait du chemin, car elle a été classée dans le top 20 des biennales, alors qu’il en existe 200 dans le monde. L’édition 2016 a permis d’établir des partenariats avec celles de Dakar, de La Havane, de Cologne, sans parler de la visite du commissaire d’exposition de la triennale du Japon et de représentants de musées prestigieux comme le MoMA ou du Guggenheim de New York.
Cette reconnaissance internationale n’empêche pas Amine Kabbaj de se montrer prudent, pour faire en sorte de maintenir le cap lors de la prochaine biennale de 2018. Si l’affluence record laisse augurer de beaux jours pour la prochaine édition, il n’en demeure pas moins que le problème financier reste présent.
"Alors que nous venons de clôturer cette édition, le budget de 13 millions de DH n’a toujours pas été bouclé. Je dois me démener pour régler les impayés (production, fournisseurs, salariés) et si je tiens à saluer nos partenaires, il faut que l’Etat se montre plus généreux pour pérenniser l’événement."
La prochaine biennale de 2018 ne devrait pas voir son budget dépasser les 15 MDH en cash, plus les 8 MDH "in kind" (gratuité en nature). L’édition de 2014 a coûté 9 MDH en liquide et 9 MDH en gratuités.
Hormis la forte affluence dont il se félicite et malgré ses problèmes de trésorerie, M.Kabbaj tient à souligner l’énorme succès du programme éducatif, qui a été la grande nouveauté de la 6e biennale.
"C’est une réussite totale, qui sera reprogrammée en 2018, même si nous continuerons en 2016 et 2017, à sensibiliser les autorités pour faire découvrir l’art et la culture aux jeunes défavorisés. Nous avons atteint 4.100 visites d’écoliers, collégiens et lycéens, alors que nous en attendions au meilleur des cas 3.000."
Selon lui, ce chiffre aurait pu être beaucoup plus important si tous les jeunes des 42 établissements retenus avaient été assurés pour faire le trajet jusqu’aux lieux de visite (Palais Bahia, Palais Badii, Ménara, Koutoubia, musée Dar si Said, fondation Dar Bellarej …).
Afin d’arriver à 10.000 visites en 2018, il fera appel à des bienfaiteurs pour financer ces assurances d’un montant compris entre 8 et 12 DH/an/enfant, selon qu’ils viennent de la ville ou de la campagne.
Si le projet éducatif a été salué par l’ensemble des autorités, Ida Alaoui, directrice du programme, tient à nous rappeler certaines défaillances, qui obèrent la démocratisation de la culture aux démunis.
"Le résultat de nos sondages auprès des enfants montre que 80% d’entre eux n’avaient jamais visité de musées ou de monuments, car les écoles publiques organisent très peu de sorties scolaires."
"La région, qui dispose d’une cellule d’action culturelle et de moyens conséquents doit donc prendre le relais sans attendre 2018 pour faire visiter aux enfants les monuments et les espaces d’exposition de la ville. De plus, le ministère de la Culture doit instaurer la gratuité des visites des monuments historiques, car même s’il a fait un effort en termes de prix d’entrée, il nous facture toujours 2 DH la visite par enfant."