Le DNI, Department of National Intelligence, est l’organisme qui chapeaute les 17 agences de renseignements américains, dirigé par James Clapper depuis six ans. Il sert son administration depuis 53 ans.

Clapper avait déjà admis dès 2014 que les Etats-Unis avaient "sous-estimé" la menace de Daech. Il indique qu’à présent, son pays a affaibli "les extrémistes", mais que le combat "durerait des décennies".

"L’Amérique ne peut pas tout régler", reconnaît-il, avec des problèmes de fonds tels qu’"une large population masculine désœuvrée, des espaces non gouvernés, les défis économiques et la disponibilité des armements". "Il n’y a pas de solution magique, insiste Clapper. Cela n’est pas réaliste, car le problème est si complexe."

Clapper rejoint en cela l’analyse de son supérieur Barack Obama sur le rôle futur des Américains dans le monde arabe et au Moyen-Orient. Le chercheur français Olivier Roy de son côté estime que le problème de fond actuel est qu’"il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité." 

Combat perpétuel

Pour le patron du DNI, "les extrémistes ont perdu beaucoup de territoires, nous avons tué beaucoup de leurs combattants". "Nous reprendrons Mossoul" a indiqué Clapper. Dans ses déclarations d’une rare franchise au quotidien de Washington, le chef du DNI ajoute: "Même après leur défaite en Irak et en Syrie, le problème persistera. Nous serons dans une situation de perpétuel combat pendant longtemps."

Cette analyse de Clapper fait allusion au redéploiement actuel et futur des forces de Daech des parties de l’Irak et de Syrie, mais aussi en Libye et dans des zones du Sahara et du Sahel, jusqu’au nord du Nigéria.

Cette analyse apporte également un éclairage sur l’évolution récente et future des relations entre Washington, Riyad et Tel Aviv et le rôle croissant joué par la Turquie et l’Iran sur les plans militaires et diplomatiques dans toute la région du Moyen-Orient, au sens américain du terme. Cette zone va du Maroc et au-delà de l’Iran, à l’Afghanistan et au Pakistan, deux pays où les groupes armés restent nombreux et puissants.

Abordant le sujet de la moindre dépendance économique et pétrolière des Etats-Unis vis-à-vis du Moyen-Orient, Clapper indique toutefois que "nous ne pouvons pas juste partir. Beaucoup de choses se passent dans le monde quand le leadership américain est absent. Nous devons être présents pour agir, mettre en relation et parfois utiliser la force."

Clapper cite les dommages causés par les révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden, jugeant que "nous avons été minimalistes dans la détermination des dommages créés" et estimant qu’il reste beaucoup de documents qui sortiront "lorsqu’il le voudra". Après la mise en ligne de nombre de documents sur les services et l’armée américaine en 2014, Snowden a trouvé refuge à Moscou.