Ce n’est pas vraiment un dépotoir, mais ce n’est plus vraiment une «plaza de toros». La dernière corrida s’y est tenue en 1970, avec  le fameux El Cordobès.  Depuis, les arènes de Tanger ont abrité quelques concerts au début des années 1990 et des tentatives de salons commerciaux. Dans les années 2000, les arènes servaient de centre de rétention pour les candidats à l’émigration clandestine arrêtés au port de la ville ou dans les bois sur la route de Sebta. Pour des raisons de normes de sécurité et d’entretien, les arènes ont été interdits à tout usage public depuis plus de 20 ans.

Aujourd’hui, le monument se trouve au cœur d’une zone «sur-urbanisée». Les constructions de toutes formes et de toutes hauteurs dominent le quartier, qui a pris le nom de «plaza toros» et qui se situe sur la route de Tétouan, entre la gare routière et la zone industrielle de Moghogha.

Selon des déclarations de responsables du ministère de la Culture à la presse, «Le Maroc mène un processus de réappropriation de son patrimoine». On croirait presque Mohamed Alaoui de la Culture, si le théâtre Cervantès de Tanger, les cinémas Alcazar ou Goya de Tanger et des dizaines d’autres lieux sur le boulevard Mohamed V de Casablanca et d’autres villes étaient objet de «réappropriation de notre patrimoine». Inscrite également au patrimoine historique en 2007, la fameuse Villa Harris de la baie de Tanger a été rasée au bulldozer en 2015 … Chaque jour qui passe rend également le spectacle du théâtre Cervantès pathétique.

Les dernières arènes marocaines

Les arènes de Tanger occupent une assiette foncière de près de deux hectares. Elles pouvaient accueillir entre 10.000 et 11.000 spectateurs, presqu’autant que le stade de football de Marshan, actuellement en voie de destruction et de transformation en un parc public de quartier.

Au cours des 60 dernières années, Casablanca et Al Hoceima, avec Tanger, ont été les seules villes du pays à abriter des arènes «à l’espagnole». Celles de Casablanca, qui se situaient sur le boulevard d’Anfa à hauteur de la rue de Normandie, ont été rasées et sont entourées d’un mur de clôture depuis 1971-72.  Un projet immobilier et hôtelier y avait été démarré en 2013, mais il semble à l’arrêt. Celles d’Al Hoceima ont purement et simplement été rasées.

Des journaux espagnols se sont réjouis cette semaine de l’annonce  du classement de la «plaza de toros» de Tanger comme monument historique national. Celui-ci constitue un symbole du passé espagnol au Maroc et de la tauromachie. En 2012, des professionnels du tourisme de la région ont réfléchi sur la possibilité de faire revivre la corrida à Tanger et de vendre ce «nouveau produit touristique» en Espagne. L’idée, comme celle de rénover le théâtre Cervantès depuis 25 ans, a fait long feu.