Le jeune ministre des Affaires étrangères autrichien, qui s’exprime sur les colonnes du Monde ce mercredi matin, sait ce qu’il veut, venant d’un pays qui a manqué d’avoir un président d’extrême-droite à 30.000 voix près : «Les sauvetages en mer, déclare Sébastian Kurtz, ne doivent plus devenir des tickets pour l’Europe». Entendez: ce n’est parce que l’on vous sauve, vous, Maghrébin, Africain, Kurde ou Syrien de la noyade au large de Nador, de Lampédusa,  d’Izmir ou désormais de Calais aussi, que vous aurez le droit de rester sur le sol européen.

Sébastion Kurtz va plus loin, puisqu’il explique que les 28 Etats européens doivent s’inspirer de la politique australienne en matière d’immigration.

La marine australienne a pour politique de repousser les bateaux de migrants vers le large, d’en couler parfois et de parquer les rescapés des naufrages dans des camps loués en Papouasie Nouvelle-Guinée. L’Autriche de son côté  pose des kilomètres de barbelés le long de ses frontières depuis l’automne 2015.

Carte bleue

A Bruxelles, Juncker a proposé la veille un «plan Marshall» de 62 milliards d’euros. Il peut être résumé en trois mots: financements, expulsions et «carte bleue».

Ce «plan Juncker» est destiné en priorité à la Jordanie, au Liban et à La Turquie, pour permettre à ces pays de faire face à la crise des migrants et à leur accueil. Chacun de ces trois pays accueille un à trois millions de réfugiés syriens. Le Liban et la Jordanie accueillent l’équivalent de 20 à 25 % de leur population.

Mais les fonds de ce «plan Marshall» doivent aussi aller à la Tunisie, au Maroc dans une moindre mesure et au Niger, au Mali, au Sénégal et au Nigéria.

Parallèlement à cet effort financier, l’UE annonce la couleur en matière d’accueil sur son propre territoire comme le fait le chef de la diplomatie autrichienne dans Le Monde ce mercredi.  

Bruxelles «va tracer une ligne plus nette entre réfugiés qui fuient une situation de guerre ou de persécution et les migrants économiques», commente El Pais de ce mardi 7 juin. Dans son document remis au parlement de Strasbourg ce milieu de semaine, la Commission européenne recommande l’expulsion pure et simple des réfugiés économiques.

Cependant, selon des chiffres européens, seuls 40% des étrangers avec des ordres d’expulsion sont effectivement expulsés. De l’autre côté, si la Jordanie reprend 84% de ses nationaux expulsés, l’Ethiopie ne le fait que pour 12% de ses nationaux.

Troisième volet de ces nouvelles propositions de la Commission européenne : l’établissement d’une carte bleue comme la Green Card américaine. Il s’agit de mettre en place une politique migratoire contrôlée, avec adéquation entre les besoins du marché du travail européen et les compétences des candidats à l’immigration en Europe. La mise en place de cette nouvelle politique devrait se faire à travers la signature d’accords entre l’UE et les différents pays concernés.

Dimitris Avramopoulos, commissaire pour la migration, les affaires intérieures et la citoyenneté, a déclaré: «Les investissements nécessaires à une gestion de l'immigration sur le long terme doivent être lancés dès aujourd'hui, dans l'intérêt de tous. Une intégration rapide et effective des ressortissants de pays tiers est essentielle, si nous voulons que l'immigration profite à notre économie et à la cohésion de notre société. Parallèlement, nous devons mieux préparer nos systèmes à faire face aux pénuries de main-d'œuvre et de compétences à l’avenir. Une révision du régime de la carte bleue européenne rendra le projet de venir travailler dans l'UE plus attirant et plus facile à concrétiser pour les ressortissants de pays tiers dotés de compétences élevées, contribuant ainsi à stimuler notre croissance économique.»