"C’est une catastrophe. Chaque année, les téléspectateurs attendent un programme télé de qualité, mais sont déçus à chaque fois. Aucune évolution n’est constatée depuis des années. C’est frustrant!": Bilal Marmid, journaliste à Médi1 et critique de cinéma, ne mâche pas ses mots.

Selon le critique, les programmes télé pour le mois de ramadan manquent, une nouvelle fois, terriblement, de qualité. "Les principes de base d’une production télé ne sont pas respectés. Tous les programmes, à quelques exceptions près, sont médiocres. Les productions deviennent fades et répétitives. Les mêmes visages reviennent pour le même contenu".

Un problème d’écriture d'abord

Pour Marmid, les scénarios ne sont pas travaillés et n’ont rien d’original pour plaire. "L’écriture me déçoit beaucoup. Les scénarios manquent d’originalité et ne tiennent pas la route. Exemple: dans une sitcom, une actrice rencontre accidentellement une autre,pour créer une situation. On appelle ça une panne d’écriture. Et il y en a tellement".

Un problème d’écriture, mais également de temps. Réaliser une capsule, une sitcom ou tout autre genre télévisuel nécessite du temps:

"En avril et en mai, j’avais discuté avec des acteurs, qui m’ont confié qu’ils ne connaissaient pas encore leurs rôles dans la production. Quand on réalise d’une manière aussi tardive un programme télé, on ne peut pas s’attendre à un miracle. Dans ce milieu, le hasard n’existe pas".

Le jeu d’acteur est qualifié de lassant. La gestuelle répétitive de certains acteurs vient en remettre une couche. "Quand vous voyez une actrice partout et qu’elle répète la même chose, les mêmes grimaces, on tombe dans la débilité et les blagues deviennent de plus en plus indigestes. Cela devient lassant".

Selon le critique, seul la capsule humoristique "Kebbour et Lahbib", version repensée de «l’Couple», diffusée sur 2M, sort (légèrement) du lot. "Si je devais choisir un programme pour ce ramadan, je dirais «Kebbour et Lahbib», même si les moments drôles deviennent moins nombreux que dans L’Couple. La production reste tout de même respectable".

Un manque flagrant de créativité

Un manque de talent, d’imagination et de créativité. La grille de programme du ramadan est complètement ratée, selon Ahmed Eddaferi, journaliste à Al Ahdath Al Maghribia et critique de cinéma. En cause: les sociétés de production.

«Les sociétés de production qui remportent les appels d’offres disposent de l’expertise technique, mais manquent cruellement de créativité. Les programmes ne sont pas captivants, manquent d’inventivité et ne contribuent pas, et c’est le plus désolant, au développement du citoyen sur le plan culturel et intellectuel».

Le grand appétit des sociétés de production n’arrange pas non plus la donne. «Certaines boîtes de production remportent plusieurs appels d’offres, alors qu’elles n’ont ni le temps, ni les moyens nécessaires pour tenir leurs engagements. Elles se rabattent alors sur la sous-traitance. La qualité s’en trouve systématiquement amoindrie».

Divertissement, capsules humoristiques, télé-réalité, la grille des programmes reste fidèle à elle-même au fil des ans lors du ramadan. Pas de place à la prise de risque, par crainte de voir l’audience chuter. Cet argument est loin de convaincre le spécialiste:

«Les scénaristes n’ont pas envie de prendre des risques, de peur de voir l’audience baisser. C’est complètement faux, car l’audience est garantie lors du mois de ramadan. Les familles marocaines allument la télévision quel que soit son contenu pour accompagner le ftour», conclut notre interlocuteur. 

Dans sa communication officielle, 2M, chaîne leader de l'audimat marocain, insiste sur le "retour aux valeurs sûres cette année". Ce n'est pas très réussi comme objectif: à part "Waadi 2" [diffusé sur Al Aoula] et "Kabbour" [sur 2M], il y a un sentiment assez général de déception.

Nous verrons comment se sera comporté l'audimat.