Un peu plus de 36 millions d'électeurs sont appelés à se prononcer jusqu'à 20h00 (18h00 GMT) pour dire s'ils souhaitent le maintien au pouvoir de la droite ou s'ils préfèrent un changement, incarné notamment par la coalition de gauche radicale Unidos Podemos (Unis nous pouvons).

Les premiers résultats officiels sont attendus vers 22h30 (20h30 GMT).

En décembre, les Espagnols s'étaient déjà prononcés pour un changement, en punissant les deux grands partis qui rythmaient la vie démocratique du pays depuis plus de 30 ans.

Le Parti populaire du chef du gouvernement conservateur sortant Mariano Rajoy, a ainsi perdu sa majorité absolue, obtenant 28,7% des suffrages, même s'il est arrivé en tête. Il est encore favori pour ce scrutin.

Le Parti socialiste avait, lui, enregistré le pire résultat de son histoire, tout en restant deuxième.

Ils ont dû céder des sièges à deux nouvelles formations: Podemos et le libéral Ciudadanos.

Mais depuis six mois, le nouveau souffle incarné par l'arrivée au Parlement de jeunes députés en manches de chemise, jeans ou dreadlocks a tourné au blocage.

Personne n'a voulu investir un nouveau gouvernement de Mariano Rajoy, dont la formation est mise en cause dans de multiples affaires de corruption.

Et les frères ennemis de la gauche — les socialistes et Podemos — n'ont pas réussi à s'entendre pour nouer une alliance qui aurait pu, avec le soutien de petits partis régionaux nationalistes ou indépendantistes, former un autre cabinet.

La quatrième économie de la zone euro est donc dirigée depuis décembre par un gouvernement sortant qui ne peut qu'expédier les affaires courantes et n'a le droit d'engager aucune nouvelle dépense ou réforme.

Le roi Felipe VI a en conséquence, convoqué de nouvelles élections.

Certains électeurs, déçus par les querelles entre partis pourraient cependant ne pas se rendre aux urnes, alors que pour certains, les vacances ont commencé.

Si beaucoup préféraient la plage à l'isoloir, le PP pourrait en sortir renforcé car en Espagne, les abstentionnistes sont plutôt à gauche, selon les instituts de sondage.

En attendant, la campagne a pris un air de second tour, opposant essentiellement les conservateurs à la coalition Unidos Podemos formée par Podemos et par le parti Izquierda Unida (Gauche unie, écolo-communiste), un duel ayant de facto écarté le Parti socialiste.

Mariano Rajoy, 61 ans, au pouvoir depuis 2011, a appelé les électeurs "modérés" du centre à le rejoindre pour faire barrage aux "extrémistes", "populistes" et "radicaux" de Podemos.

"Ce n'est pas le bon moment pour des expérimentations", a-t-il martelé encore vendredi, après l'annonce du Brexit et alors qu'à Madrid, l'Indice des valeurs vedettes de la Bourse dégringolait.

M. Rajoy a fait campagne sur la nécessaire poursuite des réformes, qui préservera selon lui la croissance retrouvée.

Depuis 2011, les conservateurs ont adopté une réforme ultra-libérale du code du travail et imposé au pays la cure d'austérité draconienne que souhaitait la Commission européenne, réduisant les aides aux plus démunis.

La croissance a atteint 3,2% du PIB en 2015. Mais s'il a bien baissé, le chômage reste à 21%. Les inégalités se sont creusées et 22% des Espagnols sont menacés par la pauvreté.

Podemos, allié du grec Syriza, se pose depuis sa naissance en 2014 en porte-parole de ces sans-voix qui ne se sentaient plus représentés par une classe politique jugée trop corrompue ou lointaine, à Madrid et à Bruxelles.

Selon les sondages, Unidos Podemos a des chances de passer de la troisième à la deuxième place, juste après la droite, dépassant le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), confronté à une crise d'identité.

Mariano Rajoy, un homme tenace

Critiqué pour son manque de charisme, Mariano Rajoy, qui brigue le vote des Espagnols pour être reconduit à la tête du gouvernement, fait preuve d'une ténacité remarquable pour surmonter les obstacles.

Haut de taille, barbe grise et fines lunettes, ce conservateur se présente à 61 ans comme gage de sérieux et de stabilité, face à des rivaux plus jeunes, mais inexpérimentés.

"En politique, il y a des gens âgés et très capables et des incapables très jeunes", lançait-il début juin devant un parterre d'hommes d'affaires.

Nommé chef du Parti populaire (PP) en 2004, il a survécu à deux débâcles électorales, avant d'être porté au pouvoir en 2011 par une majorité absolue des électeurs, furieux de la gestion calamiteuse de la crise économique par les socialistes.

Quand il perd cette majorité aux législatives de décembre et se retrouve sans alliés pour former une coalition, nombreux sont ceux, même au sein de son parti, qui souhaitent son départ pour sortir l'Espagne de l'impasse politique.

Mais il attend sans bouger que les autres partis échouent à former un gouvernement et qu'il faille convoquer de nouvelles élections.

Les sondages lui prédisent à nouveau une courte victoire et il table cette fois sur les divisions de ses adversaires pour qu'ils le laissent enfin diriger un gouvernement minoritaire, après les législatives de dimanche.

Il a d'autant plus d'assurance qu'il n'a ni rival ni dauphin au PP, qu'il dirige sans partage.

Les scandales de corruption qui éclaboussent son parti depuis des années n'ont pas de prise sur lui. Il affirme avec aplomb que ce sont des cas isolés, dont il ne savait rien.

Quand, dans les derniers jours de la campagne, des enregistrements révèlent que son ministre de l'Intérieur a tenté de discréditer des indépendantistes catalans avec des enquêtes de police, il qualifie l'affaire de "farce" et refuse sa démission.

 Survivant

"La seule chose qui semble sûre, c'est que Rajoy, quoi qu'il arrive, survivra", estime le politologue Anton Losada, qui lui a consacré un livre en 2014.

Il se targue d'avoir sorti le pays de la crise, en évitant un plan de sauvetage qui l'aurait placé sous la coupe de Bruxelles et du FMI, au prix de mesures d'austérité impopulaires. L'économie croît actuellement au rythme de 3,4% par an et le chômage est en recul.

A ses adversaires qui soulignent que la majorité des nouveaux emplois sont précaires et mal payés, il répond que la seule façon de faire mieux est de garder le cap et de poursuivre sa politique.

"Je ne suis pas quelqu'un qui change d'avis facilement", dit-il, ce qui lui vaut le reproche d'immobilisme. Mais il sait pourtant manoeuvrer.

En 2015, année électorale, il baisse l'impôt sur le revenu et les sociétés, freinant brutalement la réduction du déficit public promise à Bruxelles. "De fait, l'Espagne a vécu une parenthèse dans l'austérité en 2015", constate l'économiste du parti de gauche radicale Podemos, Nacho Alvarez.

Fils et petit-fils de juriste, Mariano Rajoy est né le 27 mars 1955 à Saint-Jacques de Compostelle, dans la région conservatrice de Galice, sur la côte atlantique.

Après un passage dans une école jésuite et des études de droit, il adhère à l'Alliance populaire, fondée par l'ancien ministre franquiste Manuel Fraga, qui deviendra le Parti Populaire.

Il est élu député régional à 26 ans et deviendra cinq fois ministre et l'un des hommes de confiance de José Maria Aznar, chef du gouvernement de 1996 à 2004, qui le désigne pour lui succéder.

Marié sur le tard et père de deux garçons, cet amateur de cyclisme et fan du Real Madrid ne s'anime guère en public que lors des matchs de football.

Seul Pedro Sanchez, le chef de l'opposition socialiste, l'a presque fait sortir de ses gonds lors d'un débat où il a mis en doute sa probité. "Misérable", a répliqué M. Rajoy six fois de suite, "je suis un politicien honnête".