De «la nouvelle ère» dont parlait Abou Bakr Al Baghdadi il y a 24 mois en juin 2014, aux derniers éditoriaux de la presse de l’Etat dit islamique (Da’ech), la situation a beaucoup changé en deux ans. Désormais, Abou Mohamed Al Adnani, porte-parole de Da’ech, s’interroge dans des messages audio publics: “Penses-tu, Amérique, que la victoire c’est la perte d’une ville ou d’un territoire?“ “Penses-tu que la victoire, c’est de tuer un ou deux de nos leaders?“
Deux ans après l’offensive jihadiste qui allait mener au contrôle d’un territoire vaste comme la Grande-Bretagne de plus de 250.000 km² de superficie, les hommes de Raqqa ont perdu plus de 12% de leur territoire depuis six mois, dont les villes irakiennes de Ramadi et Al Fallouja, près de Baghdad.
Désormais, les forces irakiennes et américaines se positionnent autour de Mossoul. Depuis le début de l’aventure, si Raqqa est la capitale officielle, Mossoul est la capitale officieuse de la partie irakienne.
Washington a annoncé cette semaine l’envoi de 560 soldats supplémentaires pour soutenir les forces irakiennes dans leur offensive contre Mossoul et la Belgique annonce l’envoi de chasseurs F 16. Lundi prochain, la capitale américaine doit abriter une réunion des représentants des 60 pays membres de la coalition anti-EI.
Si les reculs sur le terrain n’étaient pas suffisants pour les hommes d’Al Baghdadi, la stratégie de la terreur développée par l’EI à Istanbul, Baghdad, La Mecque, Médine, Paris ou Bruxelles au cours de ces dernières semaines et ces derniers mois confirme l’échec de l’EI sur le terrain au Levant.
Son objectif est de faire un maximum de victimes civiles, avec une importante médiatisation de ses actions, car la perspective de victoires militaires sur le terrain en Syrie ou en Libye, s’éloigne.
En pays maghrébin, Daech est concentre désormais ses forces sur quelques pâtés de maisons de Syrte et le gouvernement libyen reconnu par les Nations-Unies a quitté sa base navale pour prendre ses quartiers à Tripoli cette semaine.
Davantage d’attentats?
La multiplication des attentats ces dernières semaines ne doit pas leurrer. La plupart des experts pensent qu’il s’agit d’une réaction aux défaites réelles sur le terrain.
Cette stratégie d’attentats meurtriers conduite de manière indiscriminée devrait se poursuivre selon des sources occidentales, mais aussi des sources de l’EI interrogé sous couvert d’anonymat cette semaine par des journalistes du Washington Post.
Les responsables des renseignements français craignent plus des attentats à la voiture piégée que des actes aux acteurs clairement identifiés. Selon un cadre de l’EI interrogé par le Washington Post, “nous avons chaque jour des gens qui nous contactent et veulent nous rejoindre dans le califat. Nous leur disons de rester dans leurs pays et d’attendre pour faire quelque chose là-bas“.
Dans un éditorial paru sur le site web Al Naba, son rédacteur reconnaît que les pertes territoriales pourraient s’accentuer au cours des prochains mois. L’éditorial intitulé “Les illusions des croisés à l’âge du califat“ tente de mobiliser ses sympathisants, même si les villes de l’EI venaient à tomber. «Ils seront peut-être capables d’éliminer toutes les provinces de l’Etat islamique et il n’en resterait aucune trace.“
“ Mais ajoute le texte, ils ne seront pas capables de l’éliminer en détruisant une de ses villes, en en assiégeant d’autres, ou en tuant un combattant, un émir ou un imam“.
A la veille du ramadan, Abou Mohamed Al Adnani s’était déjà interrogé lors d’un prêche: “Avons-nous été défaits quand nous avons perdu les villes d’Irak [en 2008] et que nous étions restés dans le désert? Certainement pas!“
Outre le fait que Washington et Moscou coordonnent de plus en plus leurs stratégies militaires en Syrie, même de manière incomplète, Ankara et Riyad mettent également de plus en plus de moyens armés dans la lutte contre Daech.