A 70 ans, sans la moindre expérience politique, diplomatique ou militaire, le magnat de l'immobilier s'apprête à prendre les rênes de la première puissance mondiale sous le regard inquiet des alliés des Etats-Unis, échaudés par ses déclarations tonitruantes, parfois contradictoires.

Après une nuit à Blair House, résidence réservée aux hôtes de marque située en face de la Maison Blanche, Donald Trump et son épouse Melania devraient partager un thé avec Barack et Michelle Obama, avant de se rendre ensemble au Capitole.

Des centaines de milliers d'Américains, partisans enthousiastes et farouches opposants, sont attendus sur les larges pelouses du National Mall qui lui fait face. Trois de ses prédécesseurs – Jimmy Carter, George W. Bush, Bill Clinton – seront présents, ainsi que Hillary Clinton, son adversaire malheureuse.

"Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis", ainsi, peu avant midi (17h00 GMT), l'homme d'affaires prêtera serment, comme l'ont fait avant lui George Washington, Franklin D. Roosevelt ou encore John F. Kennedy.

Il a choisi pour ce faire deux bibles: la sienne, qui lui a été offerte par sa mère en 1955, et celle d'Abraham Lincoln, sauveur de l'Union, également utilisée par Barack Obama il y a quatre ans.

Dans une journée chargée en rituels dont l'Amérique est friande, le 45e président de l'histoire américaine prononcera ensuite un discours d'investiture moins en forme de programme que de "vision", assure son entourage. La cérémonie, sera suivie en direct à travers le monde.

Son équipe annonce pour le début de la semaine prochaine une série de décrets visant à défaire une partie du bilan de son prédécesseur démocrate (climat, immigration,…). Il pourrait en signer quelques-uns dès vendredi.

Et jamais, depuis 40 ans, un président américain n'avait pris le pouvoir avec un niveau d'impopularité aussi élevé. Selon une étude du Pew Research Center publiée jeudi, 86% des Américains jugent que le pays est plus politiquement divisé que par le passé (ce chiffre était de 46% lorsque Barack Obama est arrivé au pouvoir en 2009).

De Niro, Moore et des milliers de New Yorkais contre Trump

De Robert de Niro à Cher en passant par Michael Moore et Alec Baldwin, une brochette de célébrités a manifesté jeudi soir avec des milliers de New-Yorkais, appelés à se mobiliser contre Donald Trump à la veille de son investiture à Washington.

"Quoi qu'il arrive, nous, Américains, nous, New-Yorkais, nous, patriotes, resterons unis pour nos droits et pour les droits de nos concitoyens", a lancé depuis une tribune Robert de Niro à la foule qui occupait l'avenue bordant Central Park jusqu'à Columbus Circle, où se dresse la tour du Trump International Hotel.

"Va-t-on avoir 100 jours de résistance? Formidable!", a déclaré avec son ironie habituelle l'acteur Alec Baldwin, devenu en quelques semaines le plus célèbre caricaturiste du nouveau président américain. Il l'imite, en effet, chaque semaine dans la célèbre émission télévisée, Saturday night live, ce qui lui a valu des tweets rageurs du président-élu.

Donald Trump "n'a pas de mandat", a affirmé, pour sa part, le réalisateur Michael Moore, sa célèbre casquette de baseball vissée sur le crâne. "Nous sommes la majorité. N'abandonnez pas, je n'abandonnerai pas!", a-t-il ajouté, assurant que M. Trump "ne durera pas quatre ans".

M. Trump a obtenu moins de voix que sa rivale démocrate Hillary Clinton à l'élection présidentielle, mais il l'a largement battue au nombre de grands électeurs, qui détermine la victoire dans le système américain.

L'investiture de "vendredi n'est pas la fin, c'est un début. Nous allons nous battre ensemble!", a affirmé le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, candidat à sa propre réélection en novembre.

Ivanka Trump: "Donnez une chance" à mon père

La fille de Trump, Ivanka, a appelé les détracteurs de son père à lui "donner une chance", tout en reconnaissant qu'elle lui conseillait parfois d'arrêter de tweeter.

Interrogée dans une émission de la chaîne ABC diffusée quelques heures avant l'investiture de son père à Washington, Ivanka, 35 ans, a reconnu que "le pays est très divisé".

Mais "j'ai vu, toute ma vie, que mon père était un incroyable unificateur. Alors, à chacun de ses détracteurs, je dirais, -donnez lui du temps, laissez-le prendre ses fonctions, laissez-le prouver que vous avez tort-", a-t-elle plaidé, en promettant que le discours d'investiture de M. Trump serait un discours "d'unité et d'optimisme"

Face aux femmes inquiètes de l'arrivée au pouvoir du milliardaire, dont beaucoup prévoient de manifester samedi 21 janvier, elle a aussi assuré qu'il avait "montré toute sa vie son soutien et sa défense des femmes".

(Avec AFP)