Une partie de la réponse à cette question se trouve dans un document révélé par le New York Times le 13 janvier dernier. Long de quatre pages, il contient un certain nombre de questions adressées par les hommes de Trump aux analystes et aux diplomates du département d’Etat.

“Est-ce que les sociétés américaines sont compétitives en Afrique par rapport à celles des autres pays?“, interroge l’équipe de Trump; “Sommes-nous perdants par rapport aux Chinois?“

Après ces questions sur les affaires et les Chinois, viennent celles sur la corruption et l’assistance humanitaire. Les interrogations sont directes: “Avec autant de corruption en Afrique, quelle part de nos financements est-elle volée? Pourquoi devons-nous dépenser cet argent en Afrique alors que nous souffrons ici en Amérique?“.

L’Afrique subsaharienne reçoit 8 MM de dollars d’aide par an de Washington contre 5,5 MM pour l’Afghanistan, 3,1 MM pour Israël, 1,8 MM pour l’Irak et 1,4 MM pour l’Egypte.

Sur le terrorisme, le document cité par le NYT s’interroge sur l’efficacité de la politique menée en Afrique au sujet de Boko Haram, notamment le fait que les 276 collégiennes et lycéennes kidnappées en 2014 n’aient pas encore été libérées. Intervenu en avril 2014, ce kidnapping de masse est “vieux“ de plus de 1.000 jours.

La carte Rex Tillerson

L’administration Trump s’interroge également sur la pertinence  de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) qui permet à une vingtaine d’Etats subsahariens d’exporter sur le marché américain sans payer de taxes. Mais cet accord profite beaucoup aux exportations de produits pétroliers. “Avec les bénéfices qui vont aux sociétés pétrolières d’Etat, pourquoi supportons-nous que ces profits massifs aillent à des régimes corrompus?“, interroge le document.

Ces questions ne signifient pas que la nouvelle administration américaine va se désintéresser de l’Afrique, au contraire; au moins pour ses ressources énergétiques et pour ne pas laisser le champ libre à Pékin et aux entreprises chinoises.

Le secrétaire d’Etat désigné Rex Tillerson a développé depuis longtemps des relations d’affaires au Nigéria, en Libye, en Angola et au Tchad , comme le rapporte Le Monde du 19 janvier. ExxonMobil est présente au Nigéria depuis un siècle et le secrétaire d’Etat au pétrole à Abuja est un ancien d’Exxon.

Au Tchad, pays enclavé, c’est Exxon avec le Malaisien Pétronas, qui a construit un oléoduc reliant les champs de pétrole tchadiens à la côte camerounaise. En Guinée équatoriale et au Mozambique également, ExxonMobil et les hommes de Rex Tillerson sont présents.

Si Trump commence à demander des comptes pour les dollars américains dépensés pour l’Otan et compare les investissements réalisés et les emplois créés par les entreprises américaines dans le Michigan et au Mexique, a priori, l’Afrique subsaharienne ne devrait pas s’attendre à un traitement de faveur.

Cette situation pousse Aubrey Hruby à rappeler dans les colonnes de Newsweek du 1er janvier dernier que le rôle diplomatique international des Etats-Unis lui impose d’avoir une politique africaine. A. Hruby suggère à Washington d’utiliser ses capacités financières à l’international (FMI et Banque mondiale notamment, Wall Street et la Silicon Valley) pour encourager le développement du secteur financier et des marchés de capitaux africains.

Hruby rappelle que l’Afrique abrite 400 entreprises avec des revenus supérieurs à un milliard de dollars par an, et 700 entreprises avec des revenus supérieurs à 500 millions de dollars par an.

Hruby conseille également à Washington d’aider les pays africains à développer leur cybersécurité, “une priorité pour le secteur financier“. Enfin, elle suggère à Washington “de lancer une initiative américano-africaine majeure dans le domaine de l’éducation“. “L’éducation est l’une des formes de diplomatie internationale les moins chères et qui constitue une source d’avantage compétitif pour les entreprises américaines“, conclut-elle.

Toutefois, durant sa campagne, Donald Trump n’a parlé qu’une seule fois de l’Afrique en référence aux attentats contre les ambassades US de Nairobi et de Dar Es Salam de 1998. Quant à ses sorties contre les réfugiés et les musulmans, 30% des réfugiés admis aux Etats-Unis en 2015 sont d’origine africaine. Enfin, l’Afrique subsaharienne abrite 250 millions de personnes de confession musulmane.