La note traite des objectifs stratégiques régionaux de la politique US au Maghreb, des menaces et des défis, avant d’émettre des recommandations politiques.
Elle commence par rappeler l’état sur le terrain: un terrorisme et des menaces terroristes transnationales sur l’ensemble du Maghreb; les répercussions du conflit en Libye; d’importantes modifications des dynamiques politiques au Maroc, en Algérie et en Tunisie; de la corruption; des économies qui pourraient mieux exploiter leurs potentiels et d’importantes disparités entre riches et pauvres de Casablanca à Tunis.
Plus spécifiquement sur le Maroc, les auteurs de la note, Robert Satloff et Sarah Feuer, rappellent qu’au lendemain des manifestations de février 2011, le Roi avait rapidement réagi pour amorcer un processus de révision constitutionnelle, s’appuyant sur des changements progressifs tout en enracinant la pratique démocratique dans la culture politique du pays.
En termes d’objectifs stratégiques régionaux, Satloff et Feuer rappellent également que les événements au Maghreb depuis 2011, et la chute de Ben Ali et de Khadhafi, ont d’importantes répercussions sur les alliés de l’Amérique au Proche-Orient et en Europe.
Satloff et Feuer insistent sur un engagement de l’administration Trump pour maintenir et renforcer la stabilité, lutter contre l’expansion du terrorisme et assurer la sécurité maritime dans la zone du détroit de Gibraltar, à proximité de pays-membres de l’Otan, comme l’Espagne et le Portugal. Les auteurs appellent au renforcement de la présence navale US entre Tanger et Gibraltar.
Quatre défis majeurs menacent la stabilité du Maghreb et les intérêts US
Selon Satloff et Feuer, quatre défis majeurs menacent la stabilité du nord-ouest africain et les intérêts américains dans la région.
1. L’expansion du radicalisme et du terrorisme. Satloff et Feuer soulignent la persistence des actes terroristes en Algérie et en Tunisie conjugée à l’absence de répit des combats en Libye et le démantèlement "routinier" de cellules terroristes au Maroc depuis deux à trois ans.
La note du Washington Institute rappelle également la forte présence de jeunes Tunisiens et de Marocains dans les rangs de Da'ech en Syrie, en Irak et en Libye, ainsi que l’implantation d’Aqmi dans le sud algérien aux confins du Mali et de la Mauritanie, et partant du Maroc et de ses provinces du sud.
Le risque Algérie
2. La succession en Algérie et les incertitudes économiques et sociales. Les auteurs tirent la sonnette d’alarme sur l’état du voisin algérien, plus grand pays d’Afrique dirigée par une équipe de militaires et d’agents des services, au milieu d’une économie frappée de plein fouet par la baisse des hydrocarbures. Les auteurs rappellent que l’Algérie est de nouveau entrée dans un cycle régulier de contestations sociales qui peuvent s’enflammer à tout moment, alors que le pays joue un rôle important en matière de sécurité dans le Sahel et de contrôle des séparatistes du Polisario.
3. La résurgence du conflit au Sahara. Prenant note du dur bras de fer diplomatique qui a entouré les dossiers du Sahara et du futur rôle de la Minurso aux Nations Unies en 2016 et de la montée des tensions entre l’armée marocaine et les séparatistes du côté de Guergarate, Satloff et Feuer attirent l’attention de Washington sur les risques de conflit. Les auteurs rappellent la position américaine sur la proposition marocaine d’autonomie qualifiée en 2006 par l’administration Obama de "sérieuse, réaliste et crédible".
4. Mouvements sociaux et réformes lentes. Satloff et Feuer soulignent le paradoxe des images de guerre et de chaos en Syrie, en Libye et au Yémen qui ont pour effet d’atténuer les rancœurs sociales au Maghreb. Néanmoins, notent les auteurs, le chômage des jeunes reste élevé, la perception de la corruption importante et l’état des services publics de santé et d’éducation déplorable. D’où les risques latents. Satloff et Feuer rappellent les émeutes en Kabylie, et les manifestations à Al Hoceima et Rabat cet automne.
Leadership africain et lutte antiterroriste
Satloff et Feuer émettent plusieurs recommandations concernant le futur des relations entre Washington et Alger, et Washington et Tunis. Pour les relations entre les Etats-Unis et le Maroc, les deux analystes rappellent que le Maroc est un allié majeur non-membre de l’Otan et que le montant du MCC, le Millenium Challenge par exemple, se chiffre à 1,2 milliard de dollars sur 10 ans.
Washington Institute recommande à l’administration d’encourager et de soutenir le leadership marocain en Afrique, de mettre en place un grand fonds d’entreprise et de partenariat maroco-américain, et de soutenir la dynamique de la réforme politique au Maroc.
Au niveau maghrébin, l’administration Trump est invitée à promouvoir le travail antiterroriste régional, à développer la présence de l’US Navy en Méditerranée occidentale et à contribuer à apaiser les tensions sur le dossier du Sahara.