L'attaque au camion-bélier commise par le Tunisien Anis Amri pour le compte de Da'ech, sur un marché de Noël de Berlin en décembre dernier (12 morts), a remis un coup de projecteur sur ces questions.
Depuis des mois, la Tunisie, à l'instar du Maroc et de l'Algérie, est accusée d'empêcher les expulsions de ses citoyens, en particulier ceux liés à la mouvance salafiste.
Le cas d'Anis Amri est à ce titre emblématique, Tunis ayant des mois durant nié qu'il soit un de ses ressortissants, alors qu'il avait été identifié comme tel par Berlin, et même classé "dangereux" par le renseignement intérieur allemand.
"Nous allons discuter pour voir comment faire afin que les choses aillent plus vite, en particulier lorsqu'il s'agit d'individus classés dangereux", a souligné le 11 février Mme Merkel, tout en qualifiant de "positive" l'attitude de la Tunisie depuis l'attentat.
Vers des camps en Tunisie?
Mais la chancelière compte aller plus loin encore. Mardi, à Berlin, elle a ainsi prévu de discuter avec son homologue Youssef Chahed de la création de camps en Tunisie pour y accueillir les migrants sauvés au cours de leur traversée de la Méditerranée et empêcher ainsi leur arrivée en Europe.
"Nous devons parler, calmement et respectueusement, des possibilités qui existent dans ce domaine", a-t-elle dit.
En pleine année électorale cette thématique est devenue brûlante pour la chancelière, attaquée jusque dans son camp conservateur pour sa politique d'accueil des migrants de 2015, lorsque près d'un million de demandeurs d'asile étaient arrivés en Allemagne.
Le parti populiste anti-islam AfD a profité de la situation pour s'ancrer dans le paysage politique, accusant Mme Merkel d'avoir mis le pays en danger.
Ce n'est pas la première fois, jusqu'ici sans grand succès, que Berlin s'agace des réticences des pays du Maghreb.
Il y a un an, l'Allemagne avait déjà dénoncé la lenteur des expulsions après que la police eut établi que l'essentiel des auteurs identifiés des centaines d'agressions sexuelles commises la nuit du Nouvel An à Cologne étaient des ressortissants d'Afrique du Nord en situation irrégulière.
Berlin est d'autant plus exaspéré que statistiquement Tunisiens, Algériens et Marocains n'obtiennent le statut de réfugié que dans respectivement 0,8%, 2,7% et 3,5% des cas.
Mais le sujet est aussi très sensible en Tunisie, pays gangréné par le chômage des jeunes. Nombre de familles vivent, en effet, de l'argent de proches installés en Europe.
Par ailleurs, fin 2016, dans la foulée de la polémique sur Anis Amri, les manifestations s'y étaient multipliées contre le retour des jihadistes tunisiens.
La Tunisie oppose une fin de non-recevoir à Merkel
Avant même sa rencontre avec M.Merkel mardi, le Premier ministre tunisien a rejeté en bloc les demandes de l'Allemagne qui reproche à Tunis, après l'attentat de Berlin, son manque de coopération en matière migratoire.
"Les autorités tunisienne n'ont fait aucune erreur", a affirmé Youssef Chahed dans une interview au quotidien populaire Bild mardi, semblant même rejeter la faute sur Berlin.
"Nous attendons des autorités allemandes des preuves limpides que la personne est vraiment tunisienne. Les migrants clandestins utilisent de faux papiers et ralentissent la procédure", a-t-il dit.
Il a aussi minimisé l'ampleur du problème: "C'est un nombre très restreint, 1.000 personnes".
Toujours dans Bild, le Premier ministre tunisien a aussi dit "non" à Mme Merkel sur son idée de camps en Tunisie.
(Avec AFP)