Selon les premières images publiques de la réunion, le déroulé des travaux du lundi après-midi au siège de la primature est fidèle à une organisation et à une structure du pouvoir dans “un Maroc immuable“. Après le Chef du gouvernement, c’est le ministre de l’intérieur qui a pris la parole suivis des membres du gouvernement et enfin du président de la région.

“Des échanges francs“ et du scepticisme

Celui-ci a rejeté la responsabilité de la situation actuelle sur la gestion des gouvernements El Otmani et Benkirane. “Les échanges ont été francs“ a indiqué Elomari en sortant du conclave.

Paradoxe de la réunion politique qui avait un air de revanche pour le leader du PAM: l’unique opposant était là pour “faire la leçon“ au gouvernement de coalition qu’il n’a cessé d’alerter sur la situation au Nord depuis plusieurs mois.

Après une allocution du chef du gouvernement PJD qui aurait pu être prononcée par un haut fonctionnaire de l’Intérieur, c’est le ministre Laftit qui a pris la parole, puis d’autres ministres et enfin le président de région.

“Mais la durée de la réunion, plus de trois heures et la présence du gouvernement au complet qui montre que la prise de conscience est élevée quant à la gravité de la situation“, souligne toutefois le 1er vice-président du conseil régional Mohamed Saoud. “Reste à savoir ajoute le natif de Driouech, s’il y aura des résultats et du suivi, si cela est sérieux“.

Du côté du conseil régional, outre le président Elomari (PAM) se trouvaient là Mohamed Saoud et Noureddine Médiane (Istiqlal), Nabil Chliyeh (PJD),  Mohamed Bouhriz (RNI) et Mohamed Zemmouri (UC), tous par ailleurs des natifs du Rif.

“Dans la limite des moyens“

Dans son allocution, Saâdeddine El Otmani a évoqué les revendications économiques et sociales de la population d’Al Hoceima, mais souligné qu’elles seront satisfaites “dans la limite des moyens de l’Etat“ et en rappelant que “d’autres régions du pays rencontrent actuellement des problèmes de développement similaires“ comme pour donner moins d’importance à une situation urgente et explosive. Expression d’une forme de déni de l’importance de la crise sociale, économique et politique que vit la région du Rif depuis des années.

Autre signe de cette schizophrénie politique, El Otmani a loué “le caractère pacifique des manifestations d’Al Hoceima“ mais sans évoquer les 80 arrestations parmi les militants du Hirak opérées jusqu’à présent, sans expliquer l’absence de médiation politique sérieuse.

Signe de la volonté du gouvernement El Otmani de jouer le dossier d’Al Hoceima à la baisse sur le plan médiatique et au plan politique intérieur, et d’afficher une fermeté politique au moins symbolique, la volonté exprimée “de réunir dans les prochaines semaines des membres du gouvernement et des élus d’autres régions“ a indiqué El Otmani. “Nous allons visiter chaque région et faire un point sur les dossiers de développement“, selon El Otmani.

Officiellement, le dossier des militants et des manifestants du Hirak arrêtés n’a pas été abordé mais des élus et des membres de la société civile pensent qu’il constitue un point de blocage s’il perdure. Plusieurs tentatives de médiation entre les pouvoirs publics et le Hirak sont en cours cette semaine. Dans une analyse du publiée ce 5 juin par le chercheur marocain Merouan Mekouar dans le  Washington Post, “l’arrestation de Nasser Zefzafi pourrait être le début d’un long conflit social dans le pays“.

Reste également un important point directement en lien avec la gouvernance politique: quid du dossier des décrets d’application de la loi sur la régionalisation n° 111-14? Dans un entretien accordé à Médias 24 le président de la région Elomari avait rappelé que “sur 35 décrets d’application attendus pour une loi votée en juillet 2015, seuls huit avaient été promulgués“.