Trois adultes, un adolescent et un enfant. Ce sont les enfants de Jbel Irhoud. Agés de 300.000 ans, leurs fossiles représentent les plus anciennes traces de notre espèce connues à ce jour. Une découverte qui décale de 100.000 ans nos certitudes à propos de l'émergence d'Homo Sapiens.
Une sacrée trouvaille, qui a été présentée le 6 juin en France lors d'une conférence de presse. Précision importante, "les fossiles qui ont été exposés en France ne sont que des répliques. Les originaux n'ont jamais quitté le Maroc. Ils relèvent du patrimoine national et ne seront exportés nul part", rassure le Professeur Abdelouahed Ben-Nser, dans une déclaration à Médias24.
Membre de l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP), cet archéologue marocain a codirigé l'équipe internationale à l'origine de la découverte et dont les fouilles ont été amorcées en 2004.
"Les fossiles retrouvés sont actuellement dans les locaux de l'INSAP. Nous déciderons ensuite s'ils seront présentés au public. Si c'est le cas, nous verrons où il seront exposés," nous déclare pour sa part Mekdad Abdessalam, Directeur adjoint de INSAP.
Le Ministère de la Culture tiendra, le vendredi 9 juin à l'Académie du Royaume du Maroc, un point de presse où il s'agira de "mettre en lumière la nouvelle découverte mondiale". Mais selon le Pr Ben-Nser les enfants de Jbel Irhoud n'y seront probablement pas. " Nous n'avons pas le droit de les déplacer de l'Institut. Toute personne intéressée est invitée à venir les voir à l'INSAP, dans un cadre organisé", affirme-t-il.
Où trouver du Sapiens?
Le site de Jbel Irhoud, province Youssoufia, est connu depuis les années 1960 pour avoir livré des fossiles humains et des outillages du "Middle Stone Age" (Paléolithique moyen). Cependant, "l’interprétation de ces fossiles a longtemps été obscurcie par l’imprécision persistante qui entourait leur âge géologique", explique le ministère de la Culture.
Dans un communiqué, le département de Mohamed Laarej précise que les fouilles entreprises depuis 2004 "ont livré de nouveaux fossiles d’Homo sapiens in situ, dont le nombre est passé de 6 à 22, faisant de Jbel Irhoud le plus ancien et le plus riche gisement africain du "Middle Stone Age" (Paléolithique moyen) qui documente la première phase évolutive de notre espèce".
De quoi nourrir l'image du Maroc en tant que hub de la paléoanthropologie. Sachant que d'autres sites contribuent à cette renommée. Les découvertes successives de restes humains à Dar es Soltane 2, El Harhoura 1 et aux Contrebandiers ont fait de la région de Rabat/Témara une région de référence, au même titre que le site Tafoughalt (province de Berkane) ou la grotte d'Ifri N'ammar à Nador.
"De vieux spécimens ont été retrouvés sur ces sites. Leurs âges ne dépassent toutefois pas le palier des 180.000 ans", nous informe M. Mekdad de l'INSAP, précisant que toutes ces découvertes ne concernent que l'homme moderne.
En effet, le plus vieux fossile hominidé mis au jour lors de fouilles scientifiques au Maroc a été découvert en 2008, sur le site de la carrière Thomas I à Casablanca. Agé de 500.000 ans, il appartient à un Homo erectus.