Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Nasser Bourita, a reçu son homologue de l'Angola, Georges Chikoti. Sur le Sahara, les déclarations de M. Chikoti, dont le pays est connu pour ses postions hostiles à la thèse marocaine, étaient très attendues. Verbatim. 

La visite n'est donc pas anodine. En 2016 et début 2017, les positions de l'Angola furent parmi les plus hostiles au Royaume, au Conseil de sécurité et à l'UA. Le ton et les temps ont changé.

Pour dire l'importance de cette rencontre et la pertinence de l'approche marocaine qui consiste à aller dans les territoires réputés acquis aux adversaires, racontons ce qui s'est passé le jeudi 15 juin à Luanda.

Ce jour-là, le ministre Chikoti reçoit un représentant du "polisario", censé être ministre des Affaires étrangères. L'Angola reconnaît le "polisario" et il y a même une ambassade. Le supposé diplomate veut dissuader le ministre angolais des Affaires étrangères de se rendre à Rabat. Ce dernier refuse. Il insite alors pour qu'il reporte sa visite après le sommet de l'UA, du 4 juillet prochain à Addis Abeba. "Pour ne pas influencer celui-ci". Chikoti ne cède pas et le fait savoir avec le ton de circonstance. Tout cela pour dire l'importance que l'on peut prêter à ces retrouvailles entre Rabat et l'un des derniers bastions du "polisario" sur le continent.

Cette rencontre a été marquée par la conclusion de deux accords bilatéraux. Le premier stipule l'exonération des visas pour les passeports officiels, le deuxième porte sur les consultations politiques et diplomatiques.

L'entretien, qui a duré près d'une heure, a été suivi par un point de presse où il a surtout été question du Sahara. L'Angola étant connu pour ses positions pro "polisario", les déclarations de son ministre des Affaires étrangères étaient  très attendues. Sa visite au Maroc est la première d'un ministre angolais depuis un quart de siècle.

Les propos tenus aussi bien par le ministre M. Bourita que par M. Chikoti laissent supposer que l'Angola tend à assouplir sa position sur le sujet du Sahara. Dans le sens d'une neutralité pure et simple? C'est ce que le MAroc espère. M. Chikoti n'ira pas jusque là mais Nasser Bourita dira en sa présence que le Maroc espère une neutralité à l'avenir. Chikoti précisera qu'après avoir écouté une seule partie, l'Angola va désormais écouter les deux et favoriser toute sorte de dialogue et de résolution du conflit dans le sens des résolutions de l'ONU.

Verbatim.

Nasser Bourita: "L'Angola était considéré comme un allié des autres"

"C'est la première visite d'un ministre angolais depuis près de 20 ans. Nous avons un retard à rattraper et vite. La visite s'inscrit dans une volonté conjointe d'ouvrir une nouvelle page de nos relations bilatérales.

"L'Angola était considéré comme un allié des autres. On s'est tourné le dos pendant des années. Aujourd'hui, ce pays est dans une disposition plus constructive. il n'est pas avec un et contre l'autre. C'est une évolution importante. On souhaite que cela évolue vers une neutralité réelle sur le dossier du Sahara.

"Le Maroc pense qu'il faut désormais engager le dialogue pour que des pays comme l'Angola puissent voir la perspective marocaine et ne soient  pas sous l'influence d'une seule thèse. Le Maroc s'ouvre sur toutes les zones d'Afrique. Il n'y a pas de zone infranchissable, pas de zones acquises à nos adversaires.

"Notre approche, pragmatique, tendra à nous rendre offensifs avec les pays qui nous sont hostiles et ouverts avec ceux qui présentent une certaine neutralité. L'Angola fait partie de cette deuxième catégorie. Cette visite en est la preuve".

Georges Chikoti: "Nous ne pouvons plus ignorer le Maroc"

"Le fait que le Maroc soit revenu dans la famille africaine, c'est quelque chose que nous ne pouvons pas ignorer.

"Jusqu'ici, nous avions une perspective qui ne nous permettait pas de nous rencontrer et discuter paisiblement.

"Notre contribution, bien qu'elle ne soit pas importante à court terme, demeure significative car nous reconnaissons qu'il existe un cadre qui permet de nous parler.

 "Aujourd'hui, on est obligés de tenir compte du fait que le Maroc garde une perspective ouverte.

"La question du Sahara est traitée au niveau des Nations unies. Les premiers intéressés sont le Maroc, les sahraouis et l'ONU. Ce n'est pas à nous de donner une solution".

Ci-dessous, le point de presse des deux ministres.