“Nous visons l’inscription de la culture des Gnaouas au patrimoine oral et immatériel de l’humanité depuis plus de cinq ans et nous espérons aboutir d’ici 2018 grâce à la mobilisation du ministère de la culture“, indique Neïla Tazi à Médias24 à quelques heures de la montée sur scène du Brésilien Carlinhos Brown et des maâlem Mohamed et Saïd Kouyou.

Après 20 ans de festivals et une audience passée de 20.000 en 1998 à 300.000 en 2017, Neïla Tazi et son équipe se sentent assez forts pour pousser un peu plus la candidature des Gnaouas à l’Unesco. “Le dossier est assez complexe à constituer et nous comptons désormais sur notre ministère de la culture et notre délégation à l’Unesco pour nous aider à faire avancer les choses“.

Neïla Tazi ne cache pas son regret concernant la lenteur de la procédure et la nécessité d'une prise de conscience. “Si nous n’avions pas fait ce festival et persévéré contre de multiples obstacles et souvent du découragement, la culture gnaoua aurait peut-être disparu et Essaouira aurait continué de pâtir de marginalisation“, souligne-t-elle. 

“Nous travaillons, nous travaillons“

Quoiqu’élue à la deuxième chambre et y occupant un poste de vice-présidente auprès de Hakim Benchammach, Neïla Tazi ne cache pas parfois son impuissance à faire avancer des dossiers dont l’intérêt culturel national lui parait très évident à elle, mais pas pour nombre de ses interlocuteurs locaux ou nationaux.

“Nous travaillons, nous travaillons et puis on réalise qu’un dossier reste posé sans bouger dans une administration pendant des mois voire des années car le ministre n’a pas reçu d’instructions de plus haut ou parce que ses collaborateurs n’ont pas eu le temps d’en mesurer l’intérêt“.

“Le dépôt d’un dossier de demande d’inscription au patrimoine universel de l’humanité à l’Unesco est suivi de l’étude du dossier par l’instance onusienne basée à Paris et toute une procédure de la commission dont l’organisation des visites de terrain" indique Neïla Tazi. Ensuite, il ne s’agit pas juste d’être inscrit sur la liste du patrimoine, mais de le rester en respectant certaines obligations précises.

Au printemps dernier, le festival Gnaoua  a réalisé une tournée d’hommage et de promotion à New York, Washington et Paris qui aura valu à l’événement culturel et à la ville d’Essaouira ce week-end l’une des plus importantes couvertures médiatiques de son histoire.

L’objectif de l’inscription de la tradition orale des Gnaouas au patrimoine oral immatériel de l’humanité est “de préserver et pérenniser cet héritage culturel “, indique Neïla Tazi. “La musique gnaoua fait partie du patrimoine marocain et nous rappelle notre ancrage africain. Cette musique est marocaine, africaine et universelle. Nous avons désormais de nouvelles générations de maâlems gnaouas qui auraient difficilement pu émerger sans ce festival. L’inscription à l’Unesco implique des engagements des autorités politiques et culturelles locales et nationales notamment pour garantir un cadre minimal d’exercice de la liberté de création“. Durant ce festival, le Brésilien Carlinhos Brown a rappelé qu’en matière de musique, “tout est né en Afrique. La musique est par essence spirituelle même si l’artiste n’en a pas toujours conscience“.

Dès 2009, l’association Yerma Gnaoua a été créée pour répertorier et préserver le patrimoine gnaouie du Maroc. Une anthologie a été éditée, composée de neuf CD et surtout l’ensemble des textes fondateurs et classiques sont désormais disponibles en arabe et en français.

Le travail de l’association Yerma a également accompli des choses aussi “banales“ que la dotation de nombreux maâlems gnaoua de la mutuelle maladie et l’obtention d’une carte d’artiste. Jusqu’au début de ce XXIe siècle, cela n’existait pas!

Selon Neïla Tazi, l’une des forces du festival Gnaouas reste sa crédibilité musicale et culturelle et sa popularité auprès des jeunes Marocains et de nombreux étrangers. “Le festival d’Essaouira est devenu synonyme de programmation musicale innovante et de qualité, et donc de respect du public“.

Selon une étude d'impact économique, un Dirham dépensé en période de festival à Essaouira en rapporte 17. Grâce au festival et à sa réputation, les artistes gnaouas disposent d’un minimum de couverture sociale et d’une plus importante notoriété internationale.