Tous les chiffres concordent vers un accroissement de la pression migratoire africaine, marginalement sur le nord de l’Afrique, mais plus fortement sur l’Europe.
Si près de 700.000 à un million de jeunes Africains attendent en Libye de traverser vers l’Europe en ce moment, contre environ 40.000 au Maroc selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), ces chiffres risquent de paraitre bientôt insignifiants.
Depuis plusieurs mois et années déjà, l’actualité au Maroc et en Libye par exemple est ponctuée d’assauts contre les grillages de Sebta et Melillia, de patéras qui arrivent –ou pas- vers Tarifa et Motril, et de milliers de jeunes migrants africains qui tentent leur chance vers l’Europe en traversant à partir de la Libye surtout depuis 2011-2012.
Près de 90.000 arrivées en Italie uniquement ont été enregistrées pour le premier semestre 2017. En Espagne, près de 9.000 arrivées ont été enregistrées au cours de la même période, dépassant le chiffre de 2016, inférieur à 7.000.
Selon l’étude Perspectives de la Population Mondiale Révision 2017, la population africaine constituera 40% de la population mondiale en 2100. Mais sans aller aussi loin dans le calendrier, ce sont les chiffres sur les actifs en Europe et en Afrique qui illustrent la force de la pression migratoire à venir du sud vers le nord: D’ici 2050, au cours des 33 prochaines années donc, alors que l’Europe aura progressivement perdu 57 millions d’actifs par rapport à aujourd’hui,l’Afrique aura 1,2 milliard d’habitants supplémentaires en âge de travailler.
En 2010, un Africain sur 2 avait moins de 18 ans: c’est le cas notamment en Algérie, en RD Congo, au Nigéria ou en Afrique du sud. En 2017, cela fait presque autant de jeunes de moins de 25 ans.
Afrique: 1,25 milliard aujourd’hui, 1,7 MM en 2030 et 2,52 MM en 2050
La population africaine va passer de 1,25 milliard en 2017 à 1,7 en 2030 et 2,52 en 2050. Celle d’Europe va passer de 742 millions en 2017, à 739 en 2030 puis à 716 en 2050.

En population brute, l’écart entre l’Afrique et l’Europe sera d’un milliard d’habitants en 2030 avec une population plus jeune; cet écart sera de 1,8 milliard en 2050. A aujourd’hui, la population de l’Afrique -1,25 milliard- est presque l’équivalente des populations de la Chine (1,4 MM) ou de l’Inde (1,34 MM).
Les chiffres sur la croissance démographique africaine sont impressionnants. Ainsi, entre 1950 et 2050, la population africaine aura été multipliée par 10,5.
Sur les 10 pays qui vont le plus contribuer à la nouvelle croissance démographique d’ici 2030, la moitié sont africains: il s’agit du Nigéria, de l’Ethiopie, du Congo, de la Tanzanie et de l’Ouganda. La population du Nigéria dépassera celle des Etats-Unis en 2030 avec 410 millions, derrière l’Inde (1,51 MM) et la Chine (1,44 MM).
Autre exemple: la côte ouest-africaine et du golfe de Guinée qui regroupe une majorité de pays de la CEDEAO abritera en 2030 une mégalopole longue de 2.000 kilomètres. Elle s’étendra d’Abidjan en Côte d’Ivoire et passant par Kumasi au Ghana, Lagos et Kano au Nigéria jusqu’à Douala au Cameroun, pays-frontalier du Nigéria à l’est. La population estimée de cette conurbation est de 46 millions d’habitants dans moins de 15 ans.
Lorsque l’on traite des chiffres de croissance démographique en Afrique, il s’agit de se rappeler qu’il n’y a migration que pour mieux vivre économiquement et en sécurité.
Au vu du 1,2 milliard de croissance de la masse d’actifs en Afrique d’ici 2050 et alors que l’Europe perd des actifs, il est difficile de voir comment autant d’emplois pourront être créés en Afrique en 30 ans et comment l’Europe pourra remplacer une partie de ses pertes d’actifs autrement que par l’immigration comme choisit déjà de le faire l’Allemagne et d’autres pays d’Europe et occidentaux.
De la même manière,la stabilité politique et la sécurité ne constituent pas encore les points forts d’une majorité d’Etats africains. Sans stabilité politique et sans sécurité, les investissements continueront de se faire rares sauf lorsqu’il s’agit d’opérations à court terme.
Quand de nombreux pays africains affrontent un tel défi démographique sur les moyen et long termes, peuvent-il se permettre de gérer leurs économies, leurs politiques familiales et leurs écoles et systèmes de formation sur le court terme?