Le nouveau secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres s’est exprimé ces deux derniers jours sur ses projets et les objectifs de son mandat.

“Personne ne gagne une guerre“, a martelé Guterres dimanche sur Facebook avant de préciser son plan de gestion pour l’ONU: “dans l’ONU du XXIème siècle, nous allons donner plus d’importance aux gens et moins aux procédures, nous allons insister sur les réalisations concrètes et moins sur la bureaucratie“.

Avec ses grosses joues et ses cheveux bien coiffés, Antonio Guterres a un air de grand-père paisible et heureux. Mais l’homme qui a vu le nombre de réfugiés atteindre le chiffre de 60 millions dans un monde où l’on n’a jamais autant craint depuis la crise des missiles de Cuba en 1962 une guerre nucléaire ou une Troisième Guerre mondiale, affiche sa détermination.

Pendant 20 minutes sur Facebook et ABC News dimanche 17 septembre, puis lors de d’une réunion consacrée le lendemain lundi à la réforme de l’ONU en compagnie du président Donald Trump, Antonio Guterres a martelé sa vision et ses objectifs. Voici ce que l’on peut en retenir.

Antonio Guterres: “Nous voulons mettre un terme à un maximum de conflits“

Le discours du nouveau secrétaire général apparait résolument orienté pro-paix et il ne manque pas de marteler que “personne ne gagne une guerre aujourd’hui“ insistant sur le bon sens qui veut que “ce qui sépare les nations est bien moindre aujourd’hui que la magnitude des défis que nous devons affronter ensemble“.

“Nous voulons mettre un terme à un maximum de conflits“, clarifie-t-il à l’endroit de ceux qui seraient un peu durs d’oreille.

“Nous devons réformer les Nations unies et nous devons inverser la structure de notre budget et de nos dépenses dans les 10 ans à venir. Nous consacrons 70% de nos ressources aux opérations de maintien de la paix aujourd’hui; nous ne devons plus y consacrer que 20 à 30% de nos ressources, le reste devant aller aux projets de développements et à la protection des droits de l’homme“.

Le pourrait-il vraiment lorsque l’on sait, dernières données publiés lundi 18 septembre par l’AFP , que dans le Top 20 des marchands d’armes internationaux, plus de la moitié sont américains?

L’Onu fait face une situation internationale où les propres caractéristiques d’importants acteurs pèsent dans le sens inverse à court terme. D’un côté, Washington lui reproche de dépenser trop d’argent dans des opérations de maintien de la paix, de l’autre ce sont des industriels américains qui profitent des crises régionales et internationales.

“Sur chaque conflit en cours, nous devons et nous allons réunir les protagonistes et les parties qui les soutiennent, discuter et négocier“.

Guterres aborde le dossier des Rohingyas au Myanmar et ses mots sont sans équivoque: “Lorsque l’on réprime le tiers d’une population, cela s’appelle du nettoyage ethnique; mais les militaires ont encore une chance de se rattraper en autorisant les musulmans de leur pays à y retourner“.

Guterres, ancien patron actif et frustré du Haut-Commissariat aux Réfugiés -60 millions au total dans le monde en 2016, un record- ne veut rien cacher.

“Les Rohingyas, poursuit-il, sujet sur lequel les questions pleuvent sur le fil de Facebook pendant qu’il s’exprime, sont un peuple apatride auquel le Myanmar n’accorde ni nationalité, ni protection juridique, ni droit à l’accès au marché du travail“.

Il n’insiste pas et ne nommera pas celle que l’histoire retiendra probablement comme la grande déception des militants de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme de ces dernières années, Aung San Suu Kyi. Guterres lâche ces mots sur un sujet qu’il connaît très bien: “Les Rohingyas sont le peuple du monde qui subit le plus de discriminations“.

Les questions défilent sur la Corée du Nord et sur le changement climatique, sur les violations des droits de l’homme en Arabie saoudite et au Venezuela; il y a des questions sur le Sahara et le Hirak.

Antonio Guterres est interpellé. Le secrétaire général de l’ONU n’a pas le temps de répondre point par point, mais il expose les grandes lignes de son approche: “Notre plus grand challenge est le manque de paix“ soulignant: “Quel type de paix maintenons-nous de toutes les façons? Nos casques bleus, des femmes et des enfants sont tués là où sont nos troupes de maintien de la paix“.

Le Maroc le sait bien qui au cours de ces derniers mois et années a perdu des hommes en Centrafrique, au Mali et au Congo. “Dans certaines cas, déplore Antonio Guterres, il n’y a aucune paix à garder ».

Guetteres accueille depuis lundi donc les grands politiques de ce monde. Trump, Macron et Xi Ping notamment. El Sissi rencontrera Netanyahu à New York. L’assemblée générale des Nations unies poursuit ses travaux jusqu’à la fin de cette semaine.

Sur les attributs de la diplomatie, Guterres met en première et unique position une seule vertu: la patience. Il poursuit: “Etre capable de convaincre sur ce que nous devons accomplir pour notre bien et notre intérêt communs“.

Un internaute lui demande un message à destination des férus de relations internationales et des jeunes en général. “Engagez-vous dans votre pays, interpellez votre gouvernement, agissez dans le cadre de la société civile“. Avant de quitter sa connexion sur Facebook, Guterres rappelle ce qui le fait bouger chaque matin: “Ma priorité fondamentale est la paix“.

Guterres, Trump et Macron s’expriment ce mardi devant les 193 représentants des pays-membres de l’Assemblée générale des Nations unies.