Les œuvres de TBJ sont pleines des couleurs vives de la campagne et des villes marocaines et italiennes. "Là où l’écriture représente la douleur pour moi, explique Tahar Ben Jelloun, la peinture est pour moi joie et couleur". D’où le titre de l’exposition: "j’essaie de peindre la lumière du monde".
L’exposition à l’IMA est organisée autour de quatre ensembles. Le premier montre la liaison entre peinture et écriture; des toiles y sont confrontées à des manuscrits de l’auteur.
Le second réunit des "compositions dynamiques autour du signe".
Le troisième reprend la thématique du signe avec les motifs des portes marocaines et des marabouts.
Le quatrième et dernier ensemble traite de l’architecture. C’est rafraichissant, sans prétention et authentique.
Couleurs, textes et architecture
Dans le quatrième ensemble, TBJ est allé rechercher une ressemblance entre l’architecture des médinas dont celle de Fès, et les constructions de la petite ville italienne de Matéra, près de Bari.
"C’est en Italie d’ailleurs, raconte TBJ, qu’un éditeur et ami italien m’a demandé si je peignais. Moi j’ai toujours dessiné", lui répondra le romancier. Ce à quoi l’ami italien répliquera en lui fournissant des dessins et en lui demandant d’y mettre ses couleurs.
C’est le galeriste tangérois et marrakchi Boubker Temli qui, appréciant ses travaux, lui demandera de s’essayer à la peinture de manière plus engagée et assidue. Ce qu’il fera pendant plusieurs semaines dans sa maison de Tanger. Cela donnera une première exposition en Italie d’abord puis à Marrakech ensuite, avant Paris à la galerie du Passage puis chez Patrice Trigano, et l’IMA depuis cette semaine.
TBJ n’est pas étranger à l’art et à la peinture. "J’ai toujours dessiné", révèle-t-il à Médias 24. "Certains de mes premiers recueils de poèmes contenaient des dessins". Dans sa présentation de l’exposition intitulée "Heureux!", Tahar Ben Jelloun souligne: "J’ai dessiné et même peint avant d’avoir appris à écrire".
Depuis plusieurs années, TBJ a écrit et publié des textes sur l’œuvre du sculpteur Giacometti, et sur les œuvres de Matisse, Melehi ou Gharbaoui.

Le fin connaisseur du Maroc et président de l’IMA Jack Lang ne s’y est pas trompé qui invite le visiteur à venir "s’ensoleiller à ces œuvres emplies de couleurs". Sur le poète et romancier devenu aussi peintre exposé à Paris, Rome ou Marrakech, Jack Lang s’interroge avec justesse: "Un seul des beaux-arts finissent-ils donc par devenir une camisole trop étroite aux plus grands créateurs?" Tahar Ben jelloun parle, lui, de peinture "libre et joyeuse, une respiration".
Ses œuvres sont exposées tout l’automne à Paris. Elles révèlent la joie et la respiration de la couleur par opposition aux écrits parfois sombres –la douleur- sur des réalités sociales et politiques peu joyeuses.
Né à Fès en 1947, Tahar Ben Jelloun a publié son premier recueil de poèmes chez Maspéro à Paris en 1971. Professeur de philosophie au Maroc, il s’était décidé à émigrer lorsque sa matière a été rayée des programmes d’enseignement. Entretemps, l’homme aura aussi passé quelques mois dans un camp de redressement militaire pour ses activités politiques.
Lundi dernier à l’IMA à Paris, au milieu de ses œuvres, arborant un large sourire et vêtu d’une veste bleu vif, Tahar Ben Jelloun accueillait ministres, peintres, journalistes et amis venus admirer ses œuvres et partager ce moment de reconnaissance de la création et de joie avec lui. Dans quelques semaines, TBJ passera le mois de décembre à Marrakech. "Pour quoi faire?" "Pour peindre", répond-il.
Avant cela, il remettra à une église des pays de Loire ses propositions graphiques pour la réfection de ses vitraux. "Je crois que c’est une première pour un artiste arabe ou musulman en France", souligne TBJ fier de cette collaboration artistique et interculturelle.
Enfin, TBJ fera le 22 octobre prochain, un "remake" de la fameuse émission Apostrophes avec Bernard Pivot à la bibliothèque de l’Institut du monde arabe à Paris.