Dans un communiqué publié ce lundi 22 janvier, Abdelaziz Rabbah, ministre de l’Energie et des Mines, livre au terme d’une enquête de moins d’une semaine ses conclusions sur cette queue fossilisée, présentée lors de la vente aux enchères comme étant originaire de la région d’Azilal dans les montagnes de l’Atlas.

Après avoir déclaré à l’agence de presse espagnole EFE qu’il cherchait à déterminer si la queue d’Atlasaurus était d’origine marocaine ou pas, comme l’affirmait le catalogue de ventes de la maison mexicaine Morton, son département affirme que le spécimen ne serait qu’un assemblage de vertèbres trouvées dans plusieurs endroits isolés (?) qui n’émanent pas de la même espèce et qui auraient été assemblées par un marchand désireux de gagner de l’argent.

Selon l’enquête du ministère, sa direction de la Géologie n’a retrouvé aucune trace de délivrance d’une autorisation pour exporter les vertèbres fossilisées qui ont fait l’objet de la vente aux enchères.

S’appuyant sur les déclarations de paléontologues nationaux, le département doute de l’origine marocaine des fragments constituant la queue de dinosaure en assurant que si c’était le cas, un plan de fouilles dûment certifié par les autorités aurait dû être associé au spécimen vendu au Mexique.

A l’appui de ses conclusions, il rappelle qu’officiellement, il n’y a pas eu de fouilles dans l’Atlas depuis la découverte en 1979, par des équipes marocaines et internationales, de ce grand sauropode baptisé "Atlasaurus Imelakie".

L’enquête ministérielle ajoute qu’en dehors de la queue originale de ce dinosaure conservée dans les réserves du ministère de l’Energie et des Mines et de l’exposition dans ses locaux d’une copie, aucune autre découverte de queue complète de ce sauropode n’a jamais été faite au Maroc.

Au final, le département de Rabbah suspecte le spécimen mis en vente au Mexique de ne pas être d’origine marocaine et d'avoir été délibérément présenté comme un Atlasaurus Imelakei «grand-père de tous les sauropodes pour lui donner un vernis commercial supplémentaire».

Malgré nos nombreuses tentatives de joindre le ministre et le directeur du département de la géologie, aucun d’entre eux ne s’est avéré disponible pour nous éclairer sur la célérité de leurs conclusions sur la provenance de la queue de ce reptile nommé Atlasaurus qui vivait dans les montagnes de l'Atlas il y a 165 millions d'années. 

Joint par Médias24, Fernanda Becerril de la maison de ventes aux enchères "Morton" a en effet remis en cause « une enquête qui n’aurait même pas pris la peine de solliciter son organisme pour réclamer les documents du spécimen vendu, ni ceux des anthropologues américains » qui ont assemblé  cette queue mesurant 4 mètres de long et pesant 180 kg.

Elle maintient que tous les fragments constituant la queue vendue sont bien marocains et qu’ils proviennent tous d’un même spécimen trouvé dans les années 80, dans les montagnes de l’Atlas.

Selon une autre source, requérant l’anonymat, du ministère de la Culture en charge de la préservation du patrimoine nature et culture, "la queue de sauropode a certainement été vendue en morceaux à des intermédiaires par des populations locales prêtes à tout vendre pour survivre".

"Vu la célérité de l’enquête et qu’il est de notoriété publique que ce département ministériel a accordé dans le passé de nombreuses autorisations de fouilles et d’exportation de fossiles, il semble que le ministre veut simplement clore ce dossier et ne pas se lancer dans un bras-de-fer et une procédure de restitution qui pourrait durer des années", conclut notre interlocuteur.

Pour l'instant, nous n'en saurons pas davantage.

Ci-après, le communiqué du ministère de l’Energie et des Mines:

 

Communiqué

Relatif à la mise en vente aux enchères de spécimens fossiles

Le Ministère de l'Energie, des Mines et du Développement Durable a pris connaissance, par voie de presse numérique (Huffington post du Mexique et Hespress), de la mise en vente à l’étranger, d’un spécimen fossile du Maroc, jugé de valeur patrimoniale.

La vente aux enchères, prévue au siège de Casa Morton à Lomas de Chapultepec au Mexique, portera sur une partie de la queue du dinosaure Atlasaurio qui, selon la maison de service évaluation d’antiquités Morton, pourrait être de l’espèce AtlasaurusImelakei de la région d’Azilal.

A cet effet, nous rappelons qu’à l’occasion d’affaires similaires, dont la dernière en date (octobre 2017) visait la vente d'ossements de spinosaure de la Région Kem-Kem, le Ministère avait mené des enquêtes dans le but d’apporter des éléments d’information pour l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Ces enquêtes ont confirmé, chaque fois, que la Direction de la Géologie n’a délivré aucun avis favorable pour l’exportation de spécimens jugés de valeur patrimoniale, dont notamment les vertèbres fossiles objet des ventes en question.

Par ailleurs, des spécialistes en paléontologie marocaine ont attiré l’attention des autorités compétentes sur le contenu de cette annonce. En effet, selon certains parmi eux, au cas où les vertèbres proviendraient réellement du Maroc comme l’avance la galerie de vente, cette queue de sauropode serait restaurée à partir d’un assemblage de vertèbres trouvées isolées, n’émanant pas de la même espèce et assemblées par un marchand.

Autrement, si ces fragments avaient été le résultat d’une fouille de scientifiques, un plan de fouille aurait dû être associé au spécimen vendu. Officiellement, il n’y a pas eu de fouilles dans l’Atlas depuis la découverte, par des équipes marocaines et internationales, de ce grand sauropode en 1979 et baptisé « AtlasaurusImelakie ».

Pour information, la queue de ce sauropode (dont une copie est exposée au Ministère de l’Energie, des Mines et du Développement Durable) est toujours conservée au niveau des locaux de ce Ministère.

Quant à l’origine du spécimen mis en vente, il y a lieu de signaler qu’aucune découverte de queue complète de sauropode n’a jamais été faite au Maroc. Mais, le fait qu’Atlasaurus soit le grand-père de tous les sauropodes donne un vernis commercial supplémentaire. D’autant plus, l’année 1999 correspond, en fait, à l’année de la publication officielle de la révision du nom d’Atlasaurus par M. Michel Monbarant et al et non pas à l’année de sa découverte.