Médias24: Apparemment, vous venez de recevoir la visite des auditeurs de la Cour des comptes. Qu'en est-il et sur quoi porte ce contrôle?
Sarim Fassi Fihri: Nous ne venons pas de recevoir la visite de la Cour des Comptes, comme vous dites. La mission des magistrats a débuté en octobre dernier. Cette institution exerce l’une des missions qui lui sont dévolues par son statut, et par lequel elle vise un objectif fondamental à savoir participer activement à la rationalisation et l’optimisation de la gestion des deniers publics et des process administratifs; elle intervient à ce titre régulièrement auprès de tout établissement ou organisme public.
Les magistrats de la cour des comptes s’intéressent à tout ce qui constitue le fonctionnement et la gestion d’une administration publique ou qui bénéficie de financement public.
-Vous semblez être un directeur contesté puisque les cinéastes et la chambre nationale des producteurs de films s'en prennent à votre gestion et vous reprochent notamment la manière dont sont octroyées les subventions et la manière dont les films soutenus par l'Etat sont aidés…
-Je vous invite à investiguer minutieusement le nombre de ces cinéastes membres de cette Chambre: au CCM, nous n’en connaissons que 4 ou 5!
D’ailleurs, lors de leur sit-in devant le parlement, ils n’étaient que 4, sur les plus de 150 professionnels que compte le Maroc.
Les subventions sont octroyées par des commissions indépendantes désignées par le Ministre de la Communication pour un mandant de deux à 3 ans.
Le CCM ne fait que gérer les décisions prises par la commission.
Il est plus aisé de s’attaquer au directeur du CCM qu’aux membres de la commission, décideurs de l’octroi ou non des soutiens. Personne ne veut s’attaquer aux membres de la commission de crainte de représailles éventuelles ultérieures.
-Les critères d'attribution de l'aide de l'Etat paraissent subjectifs, du moins en partie. Lorsqu'on dit qualité, c'est subjectif…
-Les textes précisant les conditions d’éligibilité et d’octroi des soutiens sont pourtant très précis: cela va de la qualité du scénario à l’expérience du producteur et/ou du réalisateur en passant par la faisabilité ou non du projet.
Mais le dernier mot revient tout de même à la commission.
140 projets ont bénéficié de soutien financier de l’Etat depuis 2014, quatre cinéastes contestent ces décisions… Cherchez l’erreur.
-Qui choisit la composition de la commission indépendante qui statue sur les dossiers présentés pour l'octroi de l'aide?…
-Le CCM et les chambres professionnelles font des propositions de noms au ministre de la Communication qui décide.
-Quel est le bilan de la commission depuis votre arrivée?
-140 films ont été soutenus de différentes manières: avance sur recettes pour les projets de longs métrages, soutiens aux projets de courts métrages, avances sur recettes après production des films, aide à l’écriture ou à la réécriture des scénarii, avances sur recettes aux projets de documentaires sur l’histoire, la culture et l’espace sahraoui-hassani.
-Où en est le festival national du film?
-Le FNF en est à sa 19ème édition, qui aura lieu du 9 au 17 mars à Tanger et ce sera là l’occasion de fêter le soixantième anniversaire du cinéma marocain en organisant des projections dans plusieurs lieux de la ville, en faisant participer plusieurs invités étrangers qui s’intéressent aux cinémas du Sud et en organisant un marché pour les producteurs nationaux.
-Et cette cinémathèque qui n'a jamais réellement démarré depuis son inauguration en 1997…
-A l’occasion du 60ème anniversaire du cinéma marocain, la cinémathèque va être relancée avec un programme de projections riche et varié. L’ouverture de la saison 2018-2019 est prévue en septembre avec une grande cérémonie en présence de responsables de cinémathèques de pays amis.
-Quel est le bilan des tournages étrangers en 2017?
-31 long-métrages et une douzaine de séries TV pour un investissement qui avoisine les 500 millions de DH.
-Vous avez annoncé que le Maroc va octroyer des aides réelles et directes au tournage des films étrangers. Où en est ce projet? Quels seraient les montants qui seraient octroyés?
-L’arrêté fixant les conditions d’octroi de ce soutien a été signé par le ministre de l’Economie et des Finances et par le ministre de la Culture et de la communication et devrait être publié au Bulletin officiel dans les prochains jours. Il s’agit de rembourser aux producteurs étrangers 20% de leurs investissements au Maroc et dans des conditions extrêmement précises.
-En quelques mots, comment se porte le cinéma marocain aujourd'hui et comment voyez-vous son avenir?
-Il se porte de mieux en mieux: le public revient dans les salles, les investisseurs s’intéressent à la création de nouvelles salles de cinéma, les films marocains n’ont jamais autant participé la même année à autant de festivals de taille mondiale: Berlin, Venise, Toronto, Dubai, Rotterdam etc..
Enfin l’engouement des producteurs étrangers pour le Maroc ne se dément pas, nous avons doublé le nombre de films tournés au Maroc depuis 2014 et la nouvelle politique de soutien qui va démarrer dans les prochains jours va nous permettre de tripler les investissements étrangers au Maroc.
L’avenir du cinéma marocain est radieux, il est entre les mains des nouvelles générations: celles apparues dans les années 90 et celles des écoles de cinéma des années 2000. A nous de leur préparer un environnement favorable en continuant à professionnaliser ce métier et en l’encadrant comme partout dans le monde avec des résidences d’écriture, une promotion et une présence internationale et en développant les coproductions.