Halah Alhamrani, 41 ans, dirige un club de gym pour femmes appelé Flag (Fight Like a Girl) dans la ville de Jeddah qui offre des cours de conditionnement physique comme le CrossFit.
Comptant sur le bouche-à-oreille dans un pays où l'exercice physique en public est considéré comme indigne pour les femmes, Mme Alhamrani contribue à rendre autonome une nouvelle génération n'ayant eu quasiment aucune exposition au sport.
"Chaque jour, des femmes qui n'ont jamais fait de sport arrivent, certaines avec leur mère", explique-t-elle à l'AFP dans sa salle de sport ouverte en 2016. "Elles repartent plus confiantes. Les mères s'approchent de moi et me disent: 'Merci d'offrir un tel sentiment d'émancipation'".
Halah Alhamrani a eu la chance d'avoir elle-même accès au sport depuis son plus jeune âge: sa mère américaine et son père saoudien l'y ont encouragée, une rareté dans le pays.
Ici, les femmes soulèvent des poids et apprennent des techniques de boxe, donnant de puissants coups de poing sur un punching-ball. Elles transpirent en écoutant de la musique.
Elles sont environ 150, des Saoudiennes et des ressortissantes d'autres pays arabes, à partager dans ce club de sport un même sentiment de camaraderie. Une note griffonnée sur un tableau blanc affirme: "J'ai hâte de revenir".
''Mon mari est mécontent''
"J'étais une mère timide qui ne pouvait pas regarder les gens dans les yeux", dit une femme au foyer de 36 ans, qui vient régulièrement au club. Cette salle "m'a donné une voix que j'avais perdue, elle m'a donné une force dont je ne connaissais pas l'existence".
Mais Halah Alhamrani précise que certaines femmes abandonnent après avoir commencé à "exprimer une audace", ressentie comme une menace par les hommes de leur famille.
"Mon mari est mécontent" est l'une des raisons entendue par la propriétaire du club.
En vertu du système de la tutelle, toujours en vigueur en Arabie saoudite, doit donner une autorisation à une femme pour des études, des voyages ou des démarches administratives.
Le manque d'athlètes et d'entraîneuses professionnelles freine également le sport féminin.
Et si le nombre de salles de gym augmente lentement, l'idée de sports mixtes reste tabou.
"Le sport, c'est l'émancipation", affirme Lina Almaeena, membre de la Choura (Conseil consultatif) du royaume et directrice de Jeddah United, la première équipe féminine de basket-ball d'Arabie.
"Nous ne luttons pas pour des événements sportifs mixtes. Notre but n'est pas d'aller à l'encontre de notre culture. Notre objectif est une participation massive des femmes dans les sports".
(Avec AFP)