Le démarrage du capital investissement au Maroc a eu lieu dans les années 90. Plus exactement en 1993 avec la création de la société de gestion Moussahama, filiale de la Banque Centrale Populaire.
Moussahama était le seul opérateur du marché. Les autres sociétés ont vu le jour à partir de 2000, année de création de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC).
43 fonds et 21 sociétés de gestions – adhérentes à l’AMIC, ayant un bureau de représentation au Maroc et dont une partie des fonds à investir est dédiée au Maroc- ont été recensées à fin 2017.
Parmi ces fonds, 23 sont en phase de désinvestissement ou totalement désinvesti. Deux nouveaux fonds ont été pris en compte en 2017.
La première génération de fonds a comporté cinq fonds d’investissement totalisant à peine 1 milliard de DH. Le lancement de la deuxième génération de fonds, portant les fonds sous gestion à 4 MMDH, a eu lieu en 2006.
La troisième génération de fonds a été lancée en 2012 et a été clôturé en 2017. Le cumul des montants levés à fin 2017 s’élève à près de 18 MMDH dont 12,44 MMDH pour le capital investissement et 5,5 MMDH pour les fonds d’infrastructure. Les fonds transrégionaux représentent 75% des levées sur la période 2012-2017.
A fin 2017, les fonds ont investi un cumul de 6,6 MMDH dans 189 entreprises et ont réalisé 110 opérations de désinvestissements pour un montant global de 3,4 MMDH, soit un encours sous gestion de 3,2 MMDH.
Montants levés par année (MDH)

Source: Rapport de l'AMIC (2017)
Capitaux levés par type d’investisseur
La part des organismes de développement internationaux (SFI, BERD, BEI et autres) a remarquablement augmenté avec la 3ème génération de fonds (2012-2017).
En face, la part des compagnies d’assurances a reculé graduellement entre la première (2000-2005) et la troisième génération. Idem pour les véhicules d’investissements, à savoir les Fonds de fonds (OPCVM dont l'actif est composé de parts d'autres véhicules collectifs de placement), holdings, et sociétés d’investissement.

Prépondérance du stade de développement
Il convient de préciser que le capital investissement porte sur des opérations de financement d’entreprises nouvelles ou en expansion, qui ont besoin de capitaux pour financer leur développement (capital amorçage, capital-risque et capital développement) ; des opérations de rachat d’entreprises déjà établies, préalablement cotées ou – plus généralement – non cotées sur un marché d’actions (capital transmission ou buyouts) ; ainsi que des opérations de financement concernant des entreprises en difficulté (capital retournement).
Au Maroc, il y a un fort engouement pour le financement des entreprises en phase de développement, eu égard à la faiblesse du risque lié à l'investissement, en comparaison avec les autres types d’opération de Private Equity.

Net déclin des transactions majoritaires
Près de 87% en nombre et 83% en valeur des transactions sont minoritaires à partir de 2012. La majorité des parts acquises à fin 2017 concernent des transactions oscillant entre 5% et 34% de parts du capital.

Quid des défis qui guettent l’industrie du capital investissement au Maroc?
En marge de la conférence annuelle du capital investissement organisée par l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC), le mercredi 14 février 2018, le directeur des investissements à la CIMR, Nabil Ahabchane -l’un des intervenants- avait souligné que "le Private Equity est une industrie qui est née il y a une vingtaine d’années. Entre 2000 et 2008, la bourse des valeurs de Casablanca avait des rendements insolents. Du coup, se dépenser dans l’analyse d’une blue chips [société avec une grande capitalisation et une liquidité importante, ndlr] cotée en bourse, dans laquelle on pouvait mettre beaucoup d’argent, était plus confortable intellectuellement que de suivre une société de gestion qui allait investir pendant cinq ans avec un montant qui n’est pas énorme".
Les exigences des investisseurs en termes de TRI (Taux de rentabilité interne) bloquent également le développement du marché du capital investissement au Maroc.
>>Lire aussi : Capital investissement: Le Maroc a encore du chemin à faire
Sur le plan de la rentabilité, le secteur du capital investissement affiche à fin 2017 un TRI (Taux de rentabilité interne) moyen de 14,8% ainsi qu’un multiple global (produit de cession/Montant investi) de 2 fois, pour une durée moyenne d’investissement ressortie à 6,1 années.
Outre les obstacles qui entourent cette industrie, il y a, entre autres, des freins qui émanent des entrepreneurs, notamment la prépondérance des entreprises familiales, la peur de perdre le contrôle et le manque de transparence.