Compte tenu de l’état actuel de l’Ecole marocaine, l’on peut trouver "normal" que le système éducatif national soit à la traine – comparé aux pays développés. Mais il semble que le Maroc accuse un sérieux retard y compris vis-à-vis de nos voisins méditerranéens. C’est du moins ce qui ressort du dernier rapport de la Banque mondiale sur l’éducation dans la région Mena – et dont les principales conclusions ont été révélées vendredi dernier à Rabat.

«Pendant des décennies, la région MENA a investi dans l’éducation, mais n’a pas été en mesure de tirer pleinement parti de ses avantages» soulève la Banque mondiale dans ce rapport. Un constat qui résonne encore plus fort cette année au Maroc, où le budget dédié à l’Education bénéficie d’une sérieuse valorisation dans le cadre du PLF 2019. Sans oublier le nouveau programme du ministère de l’Education nationale, présenté devant le Roi Mohammed VI le 17 septembre 2018.

Pour importante qu’elle soit, cette valorisation du budget de l’Education ne garantit pas pour autant la réussite d’une réforme tant attendue sous nos cieux. Si l’on se fie aux recommandations du rapport de la Banque mondiale, c’est un véritable changement structurel qui doit être opéré.

Ainsi, voici les principales "tensions" qui tirent le système éducatif de la région Mena vers le bas, selon la Banque mondiale:

-l’importance accordée aux diplômes plutôt qu’aux compétences.

-favoriser la discipline et le contrôle au détriment de l’apprentissage critique et de l’autonomie.

-la prédominance du contenu et des pratiques d’enseignement traditionnels, qui entravent des approches modernes de l’apprentissage.

>Déperdition de l’apprentissage

Aux yeux de la Banque mondiale, le système éducatif de la région Mena a tout d’une machine grippée, essayant de façonner un nouveau modèle pour les jeunes tout en se basant sur des méthodes d’apprentissage révolues. Il en résulte une déperdition de l’apprentissage au sens de la Banque mondiale, à savoir que les années d’apprentissage effectif sont inférieures au nombre d’années passés par les élèves sur les bancs des écoles. Résultat: seuls 36% des élèves marocains du collège justifient d’un niveau satisfaisant en lecture…

>Mémorisation aveugle

L’éducation dans la région Mena repose essentiellement sur la mémorisation, laissant très peu de place au développement de compétences analytiques et de l’esprit critique.
Au Maroc, la mémorisation représente l’essentiel de l’apprentissage pour 48% des élèves, y compris pour les matières scientifiques. Alors que la moyenne mondiale est autour de 30% (10% au Canada, 11% aux USA et en Suède, 14% en Irlande et au Singapour).

 

>Education religieuse, trop présente dans les cursus scolaires?

S’il est culturellement "normal" que les pays de la région Mena accordent une place importante à l’éducation religieuse, la Banque mondiale soulève le fait que cette matière prend trop de place dans les cursus scolaires – surtout au primaire. Sur ce point, le Maroc occupe d’ailleurs la 3è place de la région Mena.

Selon le rapport de la Banque mondiale, le poids de cette matière, à l’école primaire, pousse dès le plus jeune âge à privilégier la mémorisation à la compréhension et l’analyse. L’institution de Bretton Woods recommande également de consacrer une partie du temps alloué à l’éducation religieuse, à l’enseignement des mathématiques et des sciences de manière générale. Un conseil que le Maroc ferait bien de suivre, le Royaume étant classé en bas de tableau sur ces deux matières essentielles – même dans la région Mena !


 

>Préscolaire, à l’origine de tous les maux ?

La Banque Mondiale recommande d’opérer une refonte du système éducatif dans la région Mena, qui permette aux élèves d’acquérir des compétences fondamentales au cours des 3 premières années de leur cursus scolaire.

Cependant, le même rapport insiste sur l’importance du préscolaire dans cette montée en gamme. Ce qui permet d’assurer une forme de "pré-qualification" aux élèves du primaire. Et c’est là où le bât blesse dans la région Mena, qui connaît l’un des plus bas taux d’enseignement préscolaire dans le monde – autour de 31%.

Le Maroc se retrouve en milieu de tableau. Quoique le préscolaire occupe une place centrale du plan d’action de l’Education nationale, qui ambitionne de porter le taux d’intégration dans le préscolaire à 67% en 2022 et à 100% en 2028.


>Entre sureffectif des classes et absentéisme des enseignants

Difficile pour un enseignant d’encadrer correctement ses élèves quand il officie dans une classe de 40 ou 50 enfants. D’après le rapport de la Banque mondiale sur l’éducation dans la région Mena, seuls quelques pays du Golfe se rapprochent des normes internationales en la matière… Tous les autres pays de la région ont des classes en sureffectif – le Maroc n’échappant pas à la règle.

Mais c'est sur le volet de l’absentéisme des enseignants que le Maroc se distingue tristement, occupant la 1ère place de ce podium dans la région Mena!

>Un nouveau pacte de l’Education est-il possible?

Avec un niveau d’apprentissage parmi les plus faibles au monde, les élèves de la région Mena sont parmi les moins performants selon les évaluations internationales. La mémorisation primant sur l’analyse, les élèves de la région sont des apprenants passifs, qui n’arrivent pas à acquérir des compétences satisfaisantes en logique et résolution de problèmes.

Dans son étude de la région Mena, la Banque mondiale préconise une série de mesures devant servir de socle à un nouveau pacte de l’Education dans la région. Il sera cependant difficile d’implémenter certaines de ces orientations sans un véritable changement de paradigme. Dans des pays comme le Maroc, certains points comme la langue d’instruction, ou encore la prééminence des compétences sur le diplôme, risquent de faire grincer des dents…

Voici les axes majeurs du pacte de l’Education de la Banque mondiale pour la région Mena:

-Développer très tôt des compétences de base, en s’appuyant sur le préscolaire (Asie de l’Est 79% – Mena 31%)

-Encourager l’excellence chez les enseignants, notamment en recrutant uniquement les meilleurs profils, les soutenir à l’aide de module de perfectionnement continu, sans oublier de leur faire bénéficier d’un système d’incitations afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes

-Adapter les pratiques pédagogiques aux besoins des élèves

-Réformer les contenus afin de promouvoir les compétences voulues

-Dépolitiser le débat sur la langue d’instruction

-Evaluer l’apprentissage, pas les diplômes

-Donner à tous une chance d’apprendre, exploiter les technologies (surtout les EdTechs – technologies éducatives)