Le premier est soutenu par l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats, la Russie et plus discrètement la France.

Le second est entre autres soutenu par la Turquie, le Qatar  ainsi que le Royaume Uni, l’Allemagne et l’Italie.

Mais le miracle n’a pas eu lieu, les deux protagonistes ne se sont même pas rencontrés sur le sol marocain.

Aguila Salah Issa est venu promouvoir une initiative prise avec l’Egypte et qui vise à créer rapidement un exécutif commun à tous les protagonistes libyens. Sa présence, tout comme son discours, l’initiative elle-même, montrent que les jours (politiques) du maréchal Haftar sont probablement comptés.

Piètre soldat depuis toujours, Haftar a profité du chaos libyen pour prendre la tête de tous ceux qui s’opposent aux visées islamistes voire extrémistes dans son pays. Sa lourde défaite dans l’ouest libyen face à des forces essentiellement armées par la Turquie, a conduit ses soutiens à le lâcher à moitié, misant davantage sur Aguila Salah, président du parlement de Tobrouk (dans l’est libyen).

Après un séjour le 13 juillet à Alger, Aguila Salah Issa est venu à Rabat dans un objectif comparable: obtenir un soutien marocain à son initiative.

Le Maroc est géographiquement loin de la Libye. Mais il est directement concerné à divers titres : d’une part, la situation libyenne menace la stabilité dans tout le Sahel africain et jusqu’à l’Atlantique, avec un scénario à la syrienne, un risque de partition et l’implantation de groupes jihadistes. D’autre part, il a accueilli les pourparlers qui ont abouti le 17 décembre 2015 à l’accord de Skhirat comme voie de sortie de crise pour le pays.
Le Maroc avait d’emblée soutenu une solution politique libyo-libyenne, sans aucune intervention extérieure. En effet, une solution non-politique, qui plus est avec des forces militaires étrangères, ne peut conduite qu’à la déstabilisation, au chaos, à la partition et à l’implantation durable de bases jihadistes qui vont menacer toute la région.

La position marocaine est aussi celle de l’ONU. Dans la région, elle semble avoir été adoptée par l’Algérie et la Tunisie.

Par contre, les deux principaux courants actifs arabo-musulmans s’affrontent en Libye comme ils se sont affrontés ailleurs, en Syrie par exemple, en Tunisie ou en Egypte. Il y a en effet dans ces derniers pays, comme en Libye, un affrontement de moins en moins discret entre le courant éradicateur des frères musulmans, soutenu par l’Egypte, les Emirats et l’Arabie saoudite ; et le courant entriste frériste, plutôt complaisant avec le jihadisme.

La position marocaine de non-ingérence n’est pas confortable. Elle a été maintenue contre vents et marées. Cette neutralité, ou cette troisième voie, explique la froidure visible des relations du Royaume avec les Emirats et l’Arabie saoudite.

Pour en revenir à la Libye et à la récente actualité, voici un compte rendu succinct des activités et des déclarations des deux responsables libyens au Maroc.

« Nous sommes fermement convaincus que la solution doit obligatoirement être libyenne » (Khaled Al-Mechri, Président du Haut conseil d’Etat libyen)

« Nous sommes fermement convaincus que la solution doit obligatoirement être libyenne et que l’appropriation du processus politique en Libye doit aussi être libyenne », a indiqué, lundi à Rabat, le président du Haut conseil d’Etat libyen, Khaled Al Mechri.

S’exprimant lors d’un point de presse conjoint avec le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, au terme de leurs entretiens, M. Al Mechri a souligné que les initiatives pour une solution en Libye doivent émaner des Libyens, notant qu’il a présenté, il y a environ un an, une initiative dans ce sens qui nécessite toutefois des amendements.

De même, il a affirmé que le président de la Chambre des représentants, M. Aguila Saleh a présenté une initiative, estimant que « par principe, la proposition d’initiatives politiques est un point positif qu’il faut encourager et que toute initiative comporte des aspects positifs et négatifs ».

M. Al Mechri a également fait part de sa conviction quant au fait que les initiatives qui proviennent de la Libye sont celles susceptibles de constituer une base à partir de laquelle il est possible de développer un accord politique, soulignant l’importance d’interagir de manière positive avec les initiatives politiques libyennes, tout en essayant de les combiner en vue de parvenir à un cadre ».

Dans ce sens, a ajouté le responsable libyen, les concertations se poursuivent en Libye, essentiellement avec les institutions souveraines et la Chambre des Représentants, notant qu’une partie du problème en Libye consiste dans les postes régaliens, « raison pour laquelle nous nous attelons à trouver des mécanismes opérationnels pour apporter des changements à ces postes ».

« Nous croyons que la période transitoire en Libye doit prendre fin au plus vite pour que nous puissions nous diriger vers des élections législatives et parlementaires conformément à une base constitutionnelle qui fera l’objet d’un accord ».

Il a, en outre, salué les efforts que le Maroc continue de fournir et qui se poursuivent depuis l’accord de Skhirat, rappelant que le Royaume a abrité un ensemble de rencontres entre les parties libyennes, conduisant ainsi à la mise en place de l’accord politique, référentiel officiel valable aujourd’hui en Libye.

« Le Maroc a veillé tout au long des périodes passées à n’intervenir dans les affaires libyennes que de manière positive », a affirmé le président du Haut conseil d’Etat libyen, appelant toutes les parties libyennes à coopérer et à essayer de trouver des solutions.

Il a également remercié le Roi, le gouvernement et le peuple marocains pour leur chaleureux accueil et la préparation des conditions pour faire sortir les Libyens de leur crise.

Bourita salue la nouvelle initiative libyenne

 L’initiative de la Chambre des Représentants libyenne constitue un « développement positif » pour faire avancer l’accord de Skhirat dans ses aspects institutionnels, a souligné, lundi à Rabat, Nasser Bourita.

S’exprimant lors d’un point de presse, à l’issue de ses entretiens avec le président de la Chambre des Représentants libyenne, Aguila Saleh Issa, M. Bourita a précisé que l’initiative de la Chambre « dispose de nombreux aspects sur lesquels l’on peut reposer pour développer les institutions libyennes, qu’il s’agisse du Conseil présidentiel ou des autres organes ».

Il a ajouté, dans ce sens, que le Maroc estime que l’initiative fondamentale dans la résolution de la crise libyenne demeure « celle sur laquelle les Libyens se mettront d’accord et celle qui émane des Libyens eux-mêmes », notant que « le Royaume ne dispose d’aucune initiative concernant le peuple libyen » et assurant à cet effet, que « le Maroc s’oppose à l’exacerbation de la situation libyenne et aux initiatives étrangères ».

Le ministre a également fait savoir que pour le Maroc, « la présence de nombreuses initiatives fait partie du problème et n’est donc pas une part de la solution, dans la mesure où la Libye ne constitue pas un fonds de commerce », soulignant que « la Libye est en soi une histoire et une unité nationale, mais aussi un peuple qui a foi dans l’avenir et a un impact considérable sur la stabilité du nord de l’Afrique ».

Il y a accord et unanimité, a poursuivi M. Bourita, sur la manière d’amender l’accord politique dans son volet institutionnel, faisant savoir qu’il faut passer à « la mise en oeuvre de ces compromis, car les Libyens attendent des institutions qui leur assurent une vie décente et du développement ».

Le ministre a en outre affirmé que le Maroc avait « une conviction permanente que les deux principales institutions issues de l’accord politique, qui sont le Haut Conseil d’Etat et la Chambre des représentants, sont les principales parties à toute solution future en Libye ».

M. Bourita a estimé à cet effet que la présence au Maroc du président du Haut conseil d’État libyen, M. Khaled Al Mechri, et du président de la Chambre des représentants libyenne, M. Aguila Saleh, est un « signal fort pour aller vers ce qui est meilleur et plus influent sur la voie libyenne, car ces deux institutions ont une légitimé, des moyens, des idées et des personnes qui leur permettent de s’entendre sur une solution en Libye basée sur l’accord politique tout en l’actualisant et en tenant compte des récentes initiatives libyennes ».

Faisant part de son optimisme « si les deux institutions (le haut Conseil d’Etat et le parlement) travaillent dans le même sens », M. Bourita a souligné qu' »elles seront capables de trouver des solutions appropriées aux problèmes institutionnels liés aux institutions souveraines et de les résoudre dans les meilleurs délais ».

Et d’ajouter que le Maroc suit avec « préoccupation » la situation en Libye, où il y a beaucoup de réfugiés et de déplacés en plus de la prolifération des armes qui sont entre les mains de différents groupes, menaçant ainsi les Libyens eux-mêmes, notant qu’étant donné que « la Libye est au coeur du Maghreb arabe, tout ce qui s’y passe influe sur la stabilité de la région et sur celle de l’Afrique du Nord ».

Le président de la Chambre des Représentants libyenne a eu dans la journée des entretiens avec son homologue marocain, M. Habib El Malki, ainsi qu’avec le président de la Chambre des Conseilles, M. Hakim Benchamach.

Aguila Salah apprécie « hautement » le rôle du Royaume dans le soutien de son pays pour sortir de sa crise

Le président de la Chambre des représentants libyenne, Aguila Saleh Issa a affirmé, lundi à Rabat, qu’il apprécie « hautement » le rôle du Royaume du Maroc dans son soutien à la Libye pour sortir de sa crise actuelle.

S’exprimant lors d’un point de presse conjoint avec Nasser Bourita, M. Saleh a souligné que la Libye a toujours besoin du soutien du Royaume pour poursuivre le processus politique et parvenir à un cessez-le-feu.

La Chambre des représentants libyenne ne veut pas la guerre dans le pays, a-t-il ajouté, notant que celle-ci a été imposée en raison des ingérences étrangères.

La solution en Libye doit être politique, entre les mains des Libyens et avec le soutien des pays arabes et à leur tête le Royaume du Maroc dont « on ne peut jamais abandonner la position », a relevé M. Saleh.

Toutes les initiatives et annonces ne s’opposent aucunement à l’accord de Skhirat, a-t-il estimé, signalant que si certaines dispositions de cet accord ont besoin d’amendements et de développements, l’accord est en lui-même dépourvu de dysfonctionnement ».

Le dysfonctionnement est causé par ceux qui ont été chargés d’appliquer l’accord de Skhirat et qui « n’ont mis en oeuvre aucune de ses dispositions », entraînant ainsi la naissance d’initiatives qui ne s’opposent pas à cet accord.

« La Royaume a fait tout ce qu’il faut pour la réussite de cet accord », a-t-il souligné, ajoutant que « le peuple libyen sortira de la crise à la faveur de son histoire, son unité et son tissu social cohérent.

(Avec MAP)