L’exode des compétences médicales est « un phénomène universel ayant un impact très important sur les pays en voie de développement, à l’instar du Maroc. Aujourd’hui,  la médecine marocaine passe par une phase décisive qui nécessite des réformes et même une refonte du système sanitaire » a déclaré le Dr Mustapha El Azzouzi, président de la Fondation des enseignants médecins libéraux (FEML).

600 lauréats quittent le Maroc chaque année

Dans le domaine de la santé, les défis sont énormes. En effet, les besoins en ressources humaines qualifiées sont importants. Or le Maroc est doté d’à peine 27.226 médecins pour 36 millions d’habitants, soit 7 médecins pour 10.000 habitants, alors que la norme de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est de 14 médecins par 10.000 habitants. Ce chiffre doit donc doubler. Le Maroc présente ainsi un déficit de 32.000 médecins. 

L’ensemble des facultés de médecine au Maroc ne produisent que 2.200 médecins par an au lieu des 3.300 initialement prévus. En 2021, 21.500 médecins sont en formation dans les dix facultés de médecines publiques (7) et privées (3).

« Plus de 120 médecins ont décédé depuis le début du Covid », a déclaré de son côté, Raja Aghzadi, chirurgienne, et membre de la commission spéciale sur le modèle de développement, qui souligne également que « les médecins sont en vieillissement. Plus du quart des médecins seront âgés de plus de 65 ans en 2025, ce qui augmentera la charge de travail ».

Le système de spécialisation qui doit être revu

Selon les données du Conseil national de l’ordre des médecins, 600 jeunes lauréats quittent le Maroc chaque année.

Parmi les causes citées qui motivent le départ de ces jeunes étudiants en médecine figurent la carence en termes de formation, l’absence de motivation salariale et le dénigrement face aux médecins dans les médias et les réseaux sociaux.

« Nous ne formons pas assez de médecins », a indiqué le Pr Najib Amghar, secrétaire général du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), expliquant que c’était l’une des raisons de cette pénurie.

« Les étudiants ne sont pas satisfaits des contrats mis en place par la ministère de la Santé, et les spécialités sont proposées en fonction du budget et non du besoin de chaque région », a souligné la même source en insistant sur la révision du système de spécialisation au Maroc.

Inventer un modèle qui nous soit propre

Najia Hajjaj Hassouni, doyenne de la Faculté de médecine de l’Université internationale de Rabat (UIR), estime qu’il ne faut pas s’inspirer des modèles étrangers pour faire face à ce défi. Il faut plutôt inventer son propre modèle qui repose sur les besoins nationaux en termes de compétences.

Elle conclut que « sans volonté politique extrêmement forte, ce modèle de santé, basé sur des valeurs nationales ne peut être mis en place ».