La flambée des prix à la pompe, un symbole de la montée générale des prix, plombe la popularité du président démocrate, qui a régulièrement reproché aux géants pétroliers de s’enrichir sans faire d’efforts pour résoudre le problème.
La ministre de l’Énergie, Jennifer Granholm, « a clairement indiqué (aux représentants de sept grands raffineurs aux États-Unis) que l’administration estime qu’il est impératif que les entreprises augmentent leur production », selon un compte-rendu de la réunion, diffusé par ses services.
Ils ont discuté de différentes solutions, dont une meilleure préparation des raffineries de la côte est, face à la saison des ouragans.
Aucune mesure concrète n’a toutefois été annoncée.
C’était « une première étape », a commenté la porte-parole de la Maison-Blanche, Karine Jean-Pierre, lors d’un briefing. « Nous voulons évidement parvenir à des solutions, et il va y avoir de multiples étapes pour y arriver. »
Interrogée sur l’idée d’un éventuel moratoire sur l’exportation des produits raffinés produits aux États-Unis, qui circulait à l’approche de la réunion, « la décision n’a pas été prise », a indiqué la porte-parole.
Mais la discussion dans son ensemble était « constructive », ont estimé dans un communiqué les deux grandes organisations représentant le secteur, API et AFPM.
La ministre a adopté un « ton collaboratif dès le début, en reconnaissant que le marché du pétrole est par nature mondial et que certaines entreprises, dont Shell, ont réduit leur capacité de raffinage » pour pouvoir produire plus de biocarburant, a abondé la patronne de Shell USA, Gretchen Watkins.
Le PDG de Philipps66, Greg Garland, a salué « un bon début », tandis que son homologue chez Chevron, Mike Wirth, a évoqué une « conversation constructive ».
Ce dernier avait reproché mardi au président de « vilipender » le secteur. Une critique balayée ensuite par Joe Biden, qui l’a trouvé « légèrement susceptible ».
Le président américain, qui a participé jeudi à une réunion sur l’énergie éolienne, mais pas à celle avec les pétroliers, avait écrit la semaine dernière à ExxonMobil, Chevron, Philips66, BP, Marathon, Valero et Shell pour les appeler à prendre des mesures « immédiates ».
Réaliser des marges « historiquement élevées » en faisant payer les Américains n’est « pas acceptable », avait-il alors accusé.
Le secteur pétrolier avait contre-attaqué, rétorquant notamment que les raffineries américaines fonctionnaient déjà à 94% de leurs capacités.
Avant la réunion jeudi, près d’une trentaine d’organisations du secteur ont aussi invité Joe Biden à venir visiter des puits, des raffineries et des oléoducs aux États-Unis avant de se rendre en juillet au Moyen-Orient, où il devrait tenter de convaincre les Saoudiens de pomper plus.
Des solutions « sont sous nos pieds, et nous vous exhortons à reconsidérer l’immense potentiel des ressources pétrolières et gazières américaines », écrivent-elles dans une lettre.
Les experts du secteur ne s’attendaient pas vraiment à de grandes avancées.
« Si les raffineurs pouvaient produire plus actuellement, ils le feraient vu les marges incroyables qu’ils peuvent faire », a souligné Andrew Lebow du cabinet Commodity Research Group.
Peut-être la production va-t-elle un peu augmenter dans les prochaines semaines, une fois résolus quelques problèmes opérationnels, a-t-il avancé. Les prix redescendront un peu, mais resteront à un niveau élevé, prédit-il.
Les cours du pétrole ont été gonflés par un fort rebond de la demande après la pandémie de Covid-19, puis par les sanctions imposées contre la Russie, gros producteur de brut, après l’invasion de l’Ukraine.
Le gallon d’essence aux États-Unis s’est hissé pour la première fois, début juin, au-dessus du seuil symbolique des 5 dollars le gallon. Il est un peu redescendu depuis, mais reste bien loin des 3 dollars d’il y a un an.
Biden demande une pause sur la taxe fédérale sur l’essence
Pour faire baisser les prix à la pompe, le président américain a exhorté mercredi 22 juin le Congrès à adopter une loi portant sur la suspension d’une taxe fédérale sur l’essence et le diesel pendant trois mois, afin de faire baisser les prix à la pompe.
Cette pause permettrait de réduire de 18 cents le gallon (3,78 litres) d’essence et de 24 cents le gallon de diesel, alors que des millions d’Américains s’apprêtent à prendre la route pour les vacances d’été.
Le coût de la législation est estimé à 10 milliards de dollars, a déclaré un haut fonctionnaire de l’administration américaine lors d’une conférence téléphonique.
Outre les exonérations fiscales, Joe Biden a appelé l’industrie pétrolière à accroître sa capacité de raffinage. Il a demandé aux entreprises qui gèrent les stations-service et fixent les prix de « faire baisser le prix que vous facturez à la pompe pour refléter le coût que vous payez pour le produit ».