« Après trois années de fermeture des frontières aériennes et d’arrêt total des arrivées chinoises, cette réouverture est une excellente nouvelle qui ouvre de belles perspectives pour ce marché encore émergent et au potentiel considérable », se réjouit le président d’une fédération appartenant à la Confédération nationale du tourisme (CNT).

« Une année sera nécessaire pour retrouver le rythme de croissance d’avant la crise »

« Entre le nombre de Chinois qui voyagent à l’international, estimé à 150 millions, et leur budget d’environ 1.500 dirhams/nuitée au Maroc, l’un des plus élevés de ses marchés émetteurs étrangers, l’ensemble de la profession ne peut que se réjouir de leur retour », confirme l’opérateur. Selon lui, la prochaine étape sera de rétablir le vol direct Casablanca-Pékin fermé par la compagnie aérienne nationale Royal Air Maroc en mars 2020.

Rappelant le rythme exponentiel de la croissance des arrivées chinoises en 2019, mis à mal par la fermeture des frontières aériennes avec la Chine, notre interlocuteur avance un délai minimal d’une année pour retrouver le trend haussier qui prévalait avant l’avènement de la crise sanitaire.

Pour cela, il suggère de remettre en marche le plus rapidement possible le plan de promotion internationale et le dispositif aérien qui avaient été initiés entre fin 2019 et début 2020.

« Un retour exponentiel des arrivées chinoises en perspective »

Le président du groupe Atlas Voyages, Othman Cherif Alami, s’enthousiasme lui aussi de la décision des autorités de mettre un terme aux restrictions sanitaires imposées aux visiteurs chinois, qui n’étaient autorisés à venir au Maroc qu’après avoir passé une période de sept jours dans un autre pays. Pour lui, cette bonne nouvelle permettra de capter une part significative de ces touristes.

« Lorsque Sa Majesté le Roi avait levé en 2016 l’obligation de visa pour les Chinois désireux de visiter notre pays, on était passé de 14.000 à 120.000 visiteurs à fin 2019. Nous pouvons donc espérer une reprise très rapide de ce marché après trois ans d’absence », avance-t-il. Le Maroc a perdu, durant cet intervalle, des centaines de milliers de touristes chinois qui voyagent à l’étranger entre début octobre et fin mai.

« Des visiteurs dépensiers et très exigeants sur la qualité »

Premier émetteur de touristes au monde, le marché chinois génère en effet chaque année près de 150 millions de voyageurs long-courrier pour une durée comprise entre une semaine et 12 jours.

Selon notre interlocuteur, cette clientèle combine plusieurs destinations (France-Maroc, Italie-Maroc, Emirats-Maroc…) avec un budget très conséquent, dans des hôtels luxueux d’au moins 4 étoiles.

« Avant la crise, 80% des Chinois venaient par groupe de 20 personnes pour effectuer des circuits culturels, en particulier dans la ville bleue de Chefchaouen, tandis que les 20% restants étaient de riches clients qui voyageaient en famille, avec parfois des demandes de charters privés pour célébrer des événements à Marrakech qui pouvaient réunir 150 personnes », se souvient Othman Cherif Alami.

« Trois années de retard de formation des guides à rattraper »

Rappelant que cette clientèle est très exigeante en termes de qualité de services, le président déplore le fait que l’apprentissage de la langue chinoise par les guides se soit arrêté depuis trois ans.

Alami insiste sur la nécessité de rattraper le plus rapidement possible le retard généré par la crise sanitaire en formant un maximum de guides sinophones et en mettant à niveau l’offre culinaire des hôtels avec des buffets repas chinois.

« Lors du sommet consacré au tourisme chinois, tenu en 2018 dans un grand hôtel de Casablanca, l’ambassadeur de ce pays avait promis de contribuer à former chaque année 40 Marocains, mais avec la crise, il n’y a eu aucune promotion de nouveaux guides parlant chinois », regrette le président, qui estime à une trentaine le nombre de guides marocains maîtrisant parfaitement la langue cantonaise.

« 250.000 arrivées chinoises à l’horizon 2026 »

Hormis la nécessité de former du personnel réceptif pour satisfaire leurs exigences, Alami suggère de relancer les contrats bilatéraux de co-marketing avec les opérateurs chinois, et surtout de rouvrir les vols directs de la RAM qui devront passer d’une fréquence de trois à cinq liaisons aériennes par semaine.

« Avec un taux de remplissage de 75% des 280 sièges de chacun des cinq vols hebdomadaires effectués par ses Boeing Dreamliner 787, cela donne environ 60.000 sièges dès la première année, sur un objectif de 250.000 à l’horizon 2026, grâce à l’appoint des compagnies Ettihad, Qatar Airways et Emirates, entre autres, qui proposeront des vols issus de la Chine vers leur hub de Doha ou Dubaï, puis vers Casablanca », conclut le président. Il table sur le goût prononcé des Chinois pour les voyages combinés du type Pékin-Casablanca, suivi d’un Casablanca-Madrid et enfin retour à Casablanca pour retourner à Pékin.

« La feuille de route prévoit 750.000 à 1 million de visiteurs d’ici 2030 »

Selon un autre opérateur impliqué dans la rédaction de la feuille de route, qui préfère témoigner anonymement, la vision ministérielle prévoit une forte croissance de ces arrivées dans les sept prochaines années. Elle devrait permettre de recevoir 750.000 à 1 million de visiteurs chinois.

« Ce marché étant le plus important au monde – sachant que cette tendance ne fera que se renforcer durant les prochaines décennies –, et avec 450 millions de voyageurs à l’étranger prévus à l’horizon 2030-2035 contre 150 millions aujourd’hui, le Maroc n’aura qu’à en capter 0,20% pour atteindre l’objectif chinois de la feuille de route qui n’a toujours pas été dévoilé », estime notre interlocuteur, qui juge que le Maroc a toutes ses chances.

Enfin, sur la concurrence déloyale de certains particuliers chinois qui arrivent à séduire cette clientèle avec des prix imbattables, mais une qualité médiocre de services – à l’origine d’un taux de retour très faible –, notre source conclut que les autorités et le secteur privé devront nécessairement s’associer pour régler ce problème.