Les ministres du parti de l’Istiqlal étaient au complet pour le Ftour-débat organisé par l’Alliance des économistes istiqlaliens, ce mardi 11 avril. Dans l’emblématique quartier des Habous, au siège du conseil régional de Casablanca-Settat, tout le gratin istiqlalien était présent pour écouter religieusement son secrétaire général exposer les mesures et les chantiers engagés par le gouvernement tripartite auquel participe le parti de la balance.
L’heure était à la défense du bilan du gouvernement pendant sa première année et demie de mandat. Nizar Baraka a commencé par rappeler le contexte compliqué dans lequel s’est retrouvé l’exécutif. Une situation particulière caractérisée par une série de crises à gérer, notamment la pandémie, la guerre en Ukraine, les tensions géopolitiques mondiales, la pénurie des produits et l’inflation qui en a résulté.
La sécheresse de l’année écoulée, considérée comme la plus importante depuis 1940, n’a fait qu’aggraver la situation. A cela s’ajoutent les incertitudes sur le nouvel ordre mondial et le cycle de croissance molle au niveau international, qui finit par toucher le Maroc. Dans ce contexte, d’après Nizar Baraka, le gouvernement se donne comme priorité cinq axes que sont la résilience, la souveraineté, l’équité, la relance économique et la transition énergétique.
Les mesures gouvernementales pour contenir l’inflation
La situation actuelle est assez inédite. Le pays est en train de vivre une inflation qui avoisine les 10% alors qu’il était habitué à des taux qui ne dépassaient pas les 2%. La facture énergétique du Royaume a atteint 153 milliards de dirhams, enregistrant une hausse de 102%. Nizar Baraka a rappelé les mesures prises par le gouvernement pour contenir cette crise inflationniste.
Le soutien des prix des matières de première nécessité a fait exploser le budget de la Caisse de compensation pour l’année 2022, passant de 17 MMDH à 40 MMDH. Pour l’année 2023, le gouvernement a prévu 26 MMDH. Rappelons que la Caisse de compensation subventionne indirectement les prix du gaz, du blé et du sucre.
La subvention directe aux transporteurs, pour atténuer la hausse des prix du carburant et éviter qu’elle n’affecte les autres produits, a quant à elle coûté 5 milliards de dirhams en 2022 et 400 millions de dirhams en 2023.
D’après lui, l’une des prouesses est le maintien du prix de l’électricité stable malgré la hausse de son coût, au moment où le charbon qui constitue actuellement 65% du mix de production d’électricité au Maroc est passé de 75 dollars à 345 dollars. « La facture de l’électricité aurait dû doubler », a déclaré Baraka, ce qui aurait impacté non seulement les citoyens mais aussi le coût des autres produits.
D’autres mesures ont concerné la suspension des droits de douane et l’exonération de la TVA sur certains produits, pour limiter la hausse de leurs prix. Grâce à l’ensemble de ces mesures, le Maroc a pu contenir l’inflation à des niveaux, d’après lui, plus bas que l’Europe ou les Etats-Unis.
Nizar Baraka a tenu à rassurer quant au ralentissement de l’inflation, en précisant que la baisse observée dernièrement sur plusieurs composants et matières premières finira par se répercuter sur les prix de vente.
D’autres mesures plus structurantes sont inscrites dans les plans gouvernementaux, notamment la réforme des marchés de gros.
La faible quantité des produits qui passent par les marchés de gros fait que les prix qu’ils affichent ne sont pas les prix réels, et ne reflètent pas la réelle quantité produite sur le marché. En raccourcissant les circuits de distribution et en réduisant le nombre d’intermédiaires, les marges et le prix appliqués pourront être mieux maîtrisés.
Selon le secrétaire général de l’Istiqlal, le gouvernement prévoit aussi de redynamiser le Conseil de la concurrence. « Il y a une nouvelle loi qu’on a passée. Le décret est en cours de préparation pour qu’il puisse jouer pleinement son rôle. Parce qu’on a besoin d’avoir une meilleure régulation des marchés et de combattre les spéculations et les rentes. »
Nizar Baraka a également tenu à rappeler les mesures liées au revenu, notamment la hausse du SMIG et du SMAG, la baisse de l’IR pour les revenus moyens, l’avancement des fonctionnaires qui a coûté 8 milliards de dirhams à l’Etat, la hausse des retraites pour le secteur privé qui a été augmentée de 5% depuis janvier de cette année, la hausse des salaires du personnel de santé, de l’enseignement supérieur et les primes prévues pour les enseignants les plus performants de l’éducation nationale. D’autres mesures sont prévues dans le cadre du dialogue social de ce mois d’avril.
La bataille de l’eau et la lutte contre le changement climatique
D’autre part, Nizar Baraka a mis en exergue les mesures entreprises par son département pour affronter les effets du changement climatique. « Il faut rappeler qu’on a eu quatre années de sécheresse consécutives, dont la plus importante a été l’année 2022. » Cette sécheresse s’est manifestée par une baisse de 57% des apports en eau et de 54% de l’enneigement.
Le plan d’urgence sécheresse a coûté 10 milliards de dirhams. Des plans régionaux ont été lancés en réalisant des forages et en mettant en place des unités mobiles de dessalement de l’eau, alors que les camions citernes ont permis d’alimenter 2,7 millions de Marocains. Des mesures qui ont permis de passer l’été sans coupures d’eau majeures, ce qui relevait du miracle, selon le ministre.
La stratégie nationale de l’eau mise sur les eaux non conventionnelles, notamment l’eau de mer dessalée dont la capacité de production du Maroc devra passer de 150 Mm3 actuellement à 1,3 MMm3 en 2030. Les contrats de nappe représentent également un mécanisme important pour l’économie de l’eau. Le contrat de Meski-Boudnib a par exemple permis de porter la surface autorisée pour les dattiers de 30.000 ha à 150.000 ha.