« Fortement impactées par la fermeture des frontières du Maroc, les agences de voyages sont en train de surmonter deux années de crise qui ont entraîné quelques rares faillites parmi les plus petites », résume le président de la Fédération nationale des agences de voyages du Maroc (FNAVM), qui se veut optimiste quant à la reprise actuelle.
« Une aide publique qui a été déterminante pour sauver le secteur »
Selon Mohamed Semlali, l’intervention de l’Etat, qui a permis d’échelonner les crédits bancaires souscrits pendant la pandémie, et l’aide financière publique de 2.000 dirhams, destinée aux employés en chômage technique, ont été déterminantes pour empêcher le secteur de péricliter, à l’image des loueurs de voitures dont 20% ont dû déposer leur bilan, faute de liquidités suffisantes.
Se réjouissant « d’un redémarrage en cours plus que prometteur », le président a ajouté que si l’activité de son secteur n’était pas encore revenue au niveau de 2019, la forte implication du ministère de tutelle et de l’ONMT a permis de stimuler la demande de nuitées hôtelières générée par une clientèle nationale et étrangère qui constitue parfois 50% de leur chiffre d’affaires.
Tout en confirmant quelques rares faillites dans son secteur qu’il se dit incapable de quantifier, notre interlocuteur tient cependant à préciser qu’elles ont surtout concerné les petites et moyennes entreprises déjà confrontées à des difficultés de gestion, avant l’avènement de la crise sanitaire.
« Une nécessaire restructuration pour éviter de nouvelles faillites »
Se disant optimiste sur la dynamique de reprise actuelle, l’agent de voyages table sur un retour à une activité normale au plus tard au début de 2024 grâce à « l’indéniable implication croissante de l’Etat dans le tourisme qui a été reconnu comme faisant partie des secteurs économiques d’avenir ».
Alors que le chef du gouvernement et la ministre de tutelle ont présenté récemment leur feuille de route avec 6 milliards de dirhams pour booster le secteur jusqu’à 2026, Semlali espère que la restructuration des agences de voyages les plus solides permettra d’éviter de nouvelles faillites à l’avenir.
« Les plateformes étrangères de réservation constituent une menace croissante »
Sur la ventilation du chiffre d’affaires des agences de voyages, Semlali a expliqué que l’activité principale de chacune d’entre elles pouvait différer totalement en fonction de leur choix, qui peut se concentrer sur la billetterie d’avions, des ventes physiques ou en ligne de séjours au Maroc ou à l’étranger, l’organisation du pèlerinage à la Mecque pour les agences labellisées…
Et d’ajouter que la période actuelle post-crise doit être l’occasion de restructurer sa profession, qui est confrontée à une forte concurrence déloyale des plateformes étrangères de réservations en ligne comme Booking ou Expedia, faute de contrôle financier et fiscal de l’Etat, dû à un vide juridique.
Remonté contre « ces géants qui ne s’acquittent d’aucun impôt et se font payer en devises à l’étranger sans aucune intervention de l’Etat », le président conclut en suggérant une intervention publique pour mettre fin à cette menace croissante qui grève leur chiffre d’affaires.
« Le taux de reprise de notre activité est de 80% »
Interrogée à son tour, la directrice du groupe Terra-Tours, Widad Benhamou, confirme une reprise d’activité qui aurait atteint un taux de récupération estimé à 80% grâce à une forte demande.
« La reprise est là, mais la vraie difficulté actuelle concerne plutôt la hausse des prix des billets d’avion pour des circuits à l’étranger ou pour le pèlerinage de la Omra », explique la fondatrice de ce groupe de plusieurs agences de voyages à Rabat qui propose des séjours dans le monde entier.
« Solidité financière et flexibilité ont empêché de nombreux dépôts de bilan »
Hormis cette inflation qui peut s’avérer décourageante pour certains clients, notre source déclare qu’il n’y a pas lieu de se plaindre, malgré la forte demande sectorielle qui occasionne parfois des problèmes de disponibilité hôtelière.
Sur le nombre de faillites, Widad Benhamou estime qu’il a été plutôt faible, aussi bien dans les grandes agences, très solides financièrement, qui ont été capables de dépenser leur trésorerie pour garder leurs équipes, que dans les petites structures flexibles qui travaillaient souvent en famille avec peu de charges salariales.