« A fin mars, le Maroc a reçu environ 17.000 touristes israéliens ; nous devrions donc parvenir à capter 80.000 à 100.000 visiteurs à la fin de l’année en cours », nous assure Fatim-Zahra Ammor, précisant que la feuille de route ministérielle prévoit 150.000 arrivées israéliennes en 2026 et 320.000 en 2030.
Sachant que le Maroc a accueilli 200.000 touristes israéliens en 2022, et que les prévisions de la feuille de route tablent sur un maximum de 100.000 arrivées israéliennes à la fin 2023, soit une baisse de 50%, il y a lieu de s’interroger sur ces estimations ministérielles, qui selon toute logique ne peuvent être qu’a minima.
200.000 visiteurs en 2024 ?
Entre le tourisme religieux, les pèlerinages familiaux des 800.000 Israéliens d’origine marocaine, les 9 millions d’Israéliens qui voyagent à l’étranger chaque année et la diaspora disséminée à travers le monde, Serge Berdugo, président du Conseil israélite du Maroc, se montre optimiste, affirmant que l’énorme potentiel d’arrivées du « marché israélite » donnera bientôt toute sa mesure.
« En se basant sur le nombre très élevé et inédit d’Israéliens qui sont venus pour la fête de Pessah, les arrivées seront bien plus élevées que les estimations actuelles » pour 2023, estime Serge Berdugo, sans plus de détails, ajoutant toutefois que le Maroc recevra au moins 200.000 Israéliens en 2024, soit une hausse de 100.000 arrivées si l’on s’en tient aux prévisions ministérielles de l’année 2023, censée s’achever avec 100.000 visiteurs.
Interrogé sur la ventilation du marché israélite, qui draine des juifs d’origines diverses, l’ancien ministre du Tourisme du Roi Hassan II estime que les Israéliens d’origine marocaine devraient représenter environ un tiers des arrivées de touristes israélites et que le reste proviendra du monde entier.
« Retour massif des Israéliens d’origine marocaine »
Un décompte confirmé par un grand opérateur de Marrakech, qui assure n’avoir jamais vu autant de juifs religieux dans les rues de la ville ocre durant la Pâques juive, qui s’est tenue du 5 au 12 avril.
« Durant le premier trimestre écoulé, nous avons assisté à un retour massif voire inédit de très nombreux descendants de juifs marocains qui sont venus fêter Pessah dans des établissements privatisés surtout de luxe », nous révèle l’hôtelier. De plus, ses clients, majoritairement religieux, lui auraient d’ores et déjà confirmé leur intention de revenir dans son hôtel pour la même période de 2024, ajoute-t-il.
L’ouverture de lignes directes entre le Maroc et Israël a en effet, selon lui, multiplié le nombre d’Israéliens d’origine marocaine désireux d’honorer les saints enterrés dans leur pays natal, et incité une part croissante de la diaspora juive européenne ou américaine à y effectuer des pèlerinages.
« Un marché potentiel de 9 millions d’Israéliens qui voyagent à l’international »
Par conséquent, Serge Berdugo estime que le potentiel d’arrivées de touristes religieux souhaitant visiter les saints juifs ou les lieux de vie de leurs parents serait donc de 60.000 pèlerins au moins, venus du monde entier, contre seulement 20.000 avant l’ouverture des vols directs entre le Maroc et Israël.
A ce chiffre, la ministre du Tourisme avait indiqué auprès de Médias24 qu’il convenait d’ajouter une part non négligeable de touristes israéliens, qui seraient pas moins de 9 millions à voyager à l’étranger chaque année et à dépenser 8 milliards de dollars pour leurs séjours internationaux.
Un marché émergent que Serge Berdugo qualifie d’un des plus dépensiers au monde, et qui est par conséquent en mesure de faire évoluer sensiblement le montant des recettes de voyages du Maroc.