Aujourd’hui, quand un patient consulte un médecin ou se présente aux urgences d’un hôpital public, il doit fournir lui-même quelques éléments de son historique médical au praticien qui devra s’en contenter pour lui apporter la meilleure prise en charge possible.
Cette réalité va changer avec le déploiement progressif du nouveau système d’information hospitalier permettant de digitaliser le parcours des patients. Ce nouveau système a été présenté au Roi Mohammed VI lors de l’inauguration du CHU de Tanger, le 28 avril 2023.
En cours de déploiement, il couvrira au cours de l’année toutes les structures de santé nationales, nous assure une source autorisée au ministère de la Santé.
« Après une phase d’étude et de paramétrage, le système d’information a été déployé sur l’ensemble des 140 hôpitaux en une année. L’extension de ce système aux établissements de soins de santé primaires est en cours. Il sera généralisé au niveau de toutes les structures de soins d’ici la fin de l’année (2023, ndlr) », confie notre source.
Dans le sillage de ce système, le département de Khalid Ait Taleb travaille sur la mise en place d’une plateforme de dossier patient partagé au niveau national. Ce dernier va fédérer le secteur public et privé au niveau national, « afin de permettre la continuité des soins lors de la mobilité des patients entre le public et le privé ».
La mise en service de la plateforme du dossier patient national sera, elle, généralisée d’ici fin 2024.
En quoi consiste le système
Un système d’information hospitalier, c’est quoi concrètement ? Il s’agit d’un dispositif digital intégré, fondé sur le concept du dossier patient numérique et partagé, qui regroupe l’ensemble des données du patient : données administratives, dossier médical et dossier de soins.
Il permet ainsi aux professionnels de santé d’avoir accès à tout instant, via une carte et/ou un bracelet remis au patient, aux données médicales de ce dernier, l’objectif étant d’accélérer la prise en charge médicale et d’améliorer l’efficacité. Il couvre plusieurs services, notamment :
- la gestion du patient ;
- la consultation ;
- les urgences ;
- la gestion des rendez-vous ;
- l’hospitalisation ;
- la facturation, la caisse et le recouvrement ;
- le bloc opératoire ;
- la gestion de la pharmacie ;
- le dossier médical ;
- l’hôpital de jour ;
- la gestion du laboratoire de biologie médicale ;
- l’administration et le paramétrage ;
- le système décisionnel.
« C’est devenu aujourd’hui une priorité, car la digitalisation s’inscrit dans le cadre de l’application des objectifs du chantier stratégique royal visant à généraliser la protection sociale, et elle répond également aux directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fixant 2030 comme date butoir pour la généralisation de la santé numérique dans le monde », réplique notre source au ministère de la santé.
La finalisation de ce chantier hautement stratégique contribuera à redessiner la relation entre le ministère et le citoyen, à travers la réhabilitation du système de santé, le renforcement de la gestion de ses ressources humaines, la simplification des procédures et la facilitation de l’accès des citoyens aux services de santé.
Quel bénéfice pour le patient du secteur public ?
D’après notre interlocuteur, « la digitalisation va permettre de numériser les dossiers médicaux personnels, les partager et les échanger avec les différents acteurs de la santé ».
Toutes les procédures seront simplifiées à savoir toutes les données cliniques du citoyen (comptes rendus, analyses, observations, médications…), collectées au cours des séjours du patient dans le réseau public de soins.
De ce fait, la veille médicale sera facilitée et la qualité des soins améliorée, notamment en cas d’urgence où les données des patients seront facilement et rapidement consultables sur l’historique des plateformes digitales.
« La digitalisation facilitera également l’échange et l’entraide entre professionnels de la santé pour offrir au patient une meilleure prise en charge », poursuit notre source.
Le résultat espéré et attendu est « l‘amélioration de l’expérience patient, le renforcement de sa sécurité, son accompagnement pour bénéficier des services de santé de qualité, tout en assurant l’efficience des services médicaux ».
Les patients ne sont pas les seuls à bénéficier de cette mutation opérée dans le secteur de la santé. Le système public également en tire des avantages. Pour les hôpitaux, le système de santé digitalisé permettra de gérer les stocks de médicaments de façon plus efficiente et rationnalisée.
Un aperçu a été donné par le CHU de Tanger, qui a été doté une pharmacie centrale avec un système robotisé de stockage et de distribution automatisée des produits pharmaceutiques au profit des patients dans les différents services hospitaliers. Ce seul point pourra générer des économies importantes pour le budget de l’Etat.
« Cette transition permettra également de mieux gérer les lits d’hôpitaux, les équipements ainsi que le personnel, et d’assurer une meilleure transparence. Elle permettra d’assurer une répartition égale et équitable de l’offre de soins sur l’ensemble du territoire national », poursuit notre source au ministère.
Une solution web déployée sur le cloud privé du ministère
Sur l’aspect purement technique, le système informatique actuel assure la fluidité du partage des données médicales de l’enregistrement du patient dans le réseau de soins jusqu’à la prise en charge.
« Il s’agit de solutions web, déployées sur le cloud privé du ministère de la Santé, qui permet à chaque utilisateur de s’authentifier sur le système et de consulter les éléments du dossier patient selon ses habilités », nous explique-t-on.
Ce même système a été connecté avec le système d’informations AMO/CNSS lors de la généralisation de l’AMO. C’est cela qui a permis l’identification automatique des patients AMO, « la vérification électronique de l’éligibilité à l’AMO Tadamon, la téléfacturation et le télérecouvrement ».
500 MDH pour la refonte du système informatique, plus de 6.000 professionnels de santé formés
Le ministère a alloué un budget d’environ 500 MDH pour la refonte de son système informatique. Il a été question de moderniser les réseaux locaux de tous les hôpitaux du Maroc, de les connecter au Data Center, de mettre en place un haut niveau de cybersécurité, et d’acquérir le matériel informatique nécessaire.
Pour opérationnaliser plus rapidement la mise en œuvre de ce système, le ministère a favorisé l’acquisition d’un système d’information du style progiciel, prêt à l’emploi. « Dans une phase initiale, les plateformes techniques sont gérées par le ministère, tandis que les hôpitaux gèrent les aspects dossiers patients et utilisateurs », nous précise-t-on.
Par ailleurs, plus de 6.000 professionnels de santé ont bénéficié de la formation relative au système d’information, notamment le personnel d’accueil et d’admission, de facturation, de recouvrement, ainsi que les cadres médicaux, paramédicaux et techniques des hôpitaux, et les utilisateurs du système dans les centres de santé médicalisés.
« Des sessions de formation sont programmées avec l’implantation du système, en plus des ateliers d’accompagnement et de cadrage », ajoute le ministère.
Les solutions déjà déployées au Maroc
Ce nouveau système d’information hospitalier promet de révolutionner la relation patient/secteur de la santé. Cela dit, la digitalisation du système de santé au Maroc n’est pas récente. Elle a commencé il y a quelques années via de multiples solutions informatiques liées à des thématiques ou des programmes spécifiques, rappelle notre source.
En 2018, par exemple, un logiciel dédié à la prise en charge dans les hôpitaux des femmes et des enfants victimes de violences avait été développé, pour suivre le nombre et les cas des personnes concernées aux niveaux local, régional et central, tout en renforçant le système numérique de suivi et de contrôle des décès maternels et de nouveau-nés au sein des hôpitaux.
Notre source rappelle par ailleurs qu’en 2020, un projet visant à mettre en place un logiciel dédié à la gestion des rendez-vous de vaccination des enfants, en envoyant des notifications de rappel aux parents, avait également été lancé.
Citons, entre autres, le programme ‘Khadamati’, qui fournit une gamme de conseils et de services d’orientation au profit des citoyens par téléphone et Internet, qui est d’ores et déjà opérationnel afin de recevoir, traiter, et suivre les observations et les doléances des citoyens.
Il en est de même pour le portail ‘chikayasante.ma’ dédié à la gestion des réclamations, le portail ‘www.mawiidi.ma’, destiné à faciliter le processus de prise de rendez-vous dans différents hôpitaux publics, ou encore ‘liqahcorona.ma’, qui a permis à des millions de Marocains de prendre et de visualiser la date du rendez-vous de la vaccination, ainsi que de télécharger leur passeport vaccinal.