Face à la situation alarmante de la raréfaction des ressources en eau, le gouvernement a activé la mise en place de contrats de nappe pour réguler l’utilisation des eaux souterraines et les maîtriser. Un contrat de nappe, c’est l’instauration d’un mode de gestion participatif de ces eaux, en responsabilisant toutes les parties prenantes, en premier lieu les usagers de l’eau. Il est donc signé par les acteurs territoriaux concernés.
Le premier contrat de nappe a vu le jour en 2006, à l’initiative de la région Souss-Massa-Drâa, afin de rétablir l’équilibre de la nappe. En 2013, les départements de l’Eau, de l’Agriculture et de l’Intérieur signaient une circulaire conjointe encadrant la méthodologie de préparation des contrats de nappe.
La loi 36-15 relative à l’eau, promulguée en 2016, a renforcé cette approche en encadrant et en instituant les contrats de gestion participative des nappes. Médias24 a fait le point sur l’avancement de ce chantier avec le directeur de l’Irrigation et de l’aménagement de l’espace au ministère de l’Agriculture, Ahmed El Bouari.
« A présent, la préparation des contrats de gestion participative est pratiquement entamée sur les grandes nappes », fait savoir notre interlocuteur. « Le processus de préparation est bien avancé sur les nappes régionales, qui connaissent une dynamique de développement agricole. »
Pour la nappe de la zone de Berrechid, qui fait l’objet d’un accompagnement par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « plusieurs contrats sont signés avec des associations de développement locales, avec des plans d’action visant à concilier la pérennisation du développement agricole avec la préservation des ressources en eau souterraines ».
La nappe de Saïss fait l’objet d’un projet d’aménagement hydroagricole engagé par le département de l’Agriculture pour le renforcement des ressources en eau à partir du barrage Mdez, en cours de construction. « Le contrat de nappe a fait l’objet d’étude, il est en cours de concertation pour sa signature », nous apprend notre interlocuteur.
7.000 compteurs à mettre en place à Chtouka
Concernant la nappe de Chtouka, Ahmed El Bouari explique qu’elle a fait :
– « l’objet d’un projet innovant basé sur le renforcement des ressources en eau par la construction d’une unité de dessalement et d’un réseau d’irrigation de l’eau dessalée dans le cadre d’un partenariat public-privé ;
– un processus de contractualisation avec les agriculteurs et leurs associations, qui a abouti à une convention de partenariat fixant les principes de gestion durable de la nappe ;
– la prise d’un décret en 2016 par le gouvernement portant délimitation du périmètre de sauvegarde à Chlouka en déclarant l’état de pénurie d’eau et en formalisant la gouvernance locale, notamment le régularisation et le contrôle des prélèvements d’eau et la fixation des quotas d’eau ».
« Compte tenu du nombre important de points d’eau à contrôler, de l’ordre de 7.000 points de prélèvement, le ministère de l’Agriculture a initié un projet de partenariat public-privé, soutenu par la Banque mondiale, pour l’équipement de tous les points d’eau par les compteurs et la mise en place d’une plateforme pour la télégestion et le contrôle des prélèvements », poursuit-il.
« Ce modèle une fois mis en œuvre peut être capitalisé et répliqué dans d’autres nappes qui présentent des enjeux de préservation et de développement agricole », ajoute le directeur de l’Irrigation et de l’aménagement de l’espace au ministère de l’Agriculture.
Le contrat de Dakhla en cours de signature
La nappe de Dakhla est une nappe fossile à faible renouvellement, utilisée pour l’approvisionnement en eau potable de la ville de Dakhla et le développement de cultures primeurs. « Un contrat de nappe est préparé par l’Agence du bassin hydraulique et est en cours de signature », révèle notre source.
De plus, pour accompagner le développement de la région et apporter des solutions structurelles à l’approvisionnement en eau, le département de l’Agriculture a initié, dans le cadre du modèle de développement des provinces du Sud, un projet de construction d’une station de dessalement d’une capacité de 37 millions de m3 pour l’irrigation de 5.000 ha de nouvelles terres dans la région et l’alimentation en eau potable du nouveau port Dakhla Atlantique et de la ville de Dakhla. Ce projet est adossé à un champ éolien pour approvisionner en énergies renouvelables la station de dessalement.
« Ce projet contribuera surtout à réduire la pression sur les eaux souterraines et à assurer un développement durable à la région », commente notre source.
Enfin, pour le contrat de nappe Meski-Boudnib, signé en janvier 2023, Ahmed El Bouari nous apporte des précisions sur l’exécution des engagements des partenaires, lesquels portent sur cinq volets.
Le premier concerne les aménagements hydrauliques pour la préservation de la nappe. Sur ce volet, « la construction du barrage Kaddoussa est achevée et il est mis en service ; le barrage Kheng Grou est en cours de construction ; les aménagements hydroagricoles associés au barrage Kaddoussa sur 5.000 ha sont en cours d’achèvement ; la réhabilitation des seguias et la restauration des khettaras des oasis traditionnelles sont achevées », nous apprend notre source.
Le deuxième engagement est relatif à l’économie et à la valorisation de l’eau. « Tous les projets d’irrigation promus aussi bien par les grands investisseurs que par les petits agriculteurs ayants droit sont équipés en techniques d’irrigation localisée et en compteurs d’eau », conclut Ahmed El Bouari.
https://medias24.com/2022/10/05/les-contrats-de-nappe-ou-comment-des-agriculteurs-coexploitent-les-eaux-souterraines/