Les agriculteurs de plusieurs régions du Maroc s’apprêtent à récolter le fruit de leur dur labeur : des pommes de terre. Avec la carotte et l’oignon, la pomme de terre tient une place de choix dans les traditions culinaires marocaines. Toutefois, la filière maraîchère n’est pas épargnée par l’inflation des intrants agricoles et les épisodes de sécheresse consécutifs. 

Le Contrat-Programme 2020-2030, portant sur l’amélioration et la consolidation des performances de la filière maraîchère, a été signé le jeudi 4 mai, à Meknès, en marge du Salon international de l’Agriculture. Les objectifs poursuivis par cet accord, qui court jusqu’en 2030, se déclinent comme suit : 

– une superficie maraîchère de 308.800 ha, dont 20.200 ha conduits sous serre ;

– une production de 11,4 millions de tonnes ;

– un volume exporté de 2,5 millions de tonnes ;

– un taux de conditionnement de 35% (contre 25%) ; 

– un taux de transformation de 10% (contre 5%) ;

– un taux d’entreposage frigorifique de 15% (contre 10%).

La mise en œuvre de cette feuille de route est assurée par le ministère de l’Agriculture et la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes (FIFEL), signataires du contrat-programme. Le coût global de ce chantier s’élève à 8,4 MMDH, dont 5,1 MMDH comme contribution de la FIFEL. L’Etat y participe à hauteur de 3,2 MMDH. 

308.800 ha cultivés et une production de 11,4 millions de tonnes  

La stratégie Génération Green entend consolider les performances de la filière maraîchère, d’autant que plusieurs agriculteurs ont réduit les superficies cultivées ces deux dernières années, en raison de l’inflation des prix des intrants agricoles (semences, engrais, phytosanitaires…), comme nous l’expliquions dans un précédent article.

L’idée est donc que la superficie cultivée et la production repartent à la hausse. La FIFEL et le ministère de l’Agriculture espèrent ainsi atteindre 308.800 ha en termes de superficie, contre 251.000 ha en 2020. Pour ce qui est de la production maraîchère, l’objectif visé est de 11,4 millions de tonnes en 2030, contre 7,4 millions dans un passé récent (2020). Pour ce faire, la FIFEL va actionner plusieurs leviers :

– la sensibilisation et l’accompagnement des producteurs maraîchers à réaliser les programmes arrêtés en matière d’extension des superficies ;

– la sensibilisation des producteurs sur l’importance de l’amélioration des techniques culturales (pilotage d’irrigation, fertigation ; lutte intégrée…) ; 

– l’utilisation des semences sélectionnées.

Le gouvernement s’engage à maintenir l’aide accordée aux agriculteurs afin de les inciter à opter pour des cultures maraîchères sous serre.

En outre, les subventions à l’équipement des exploitations en système d’irrigation localisée seront toujours accordées, au même titre que celles réservées à l’utilisation du filet de protection contre les insectes et à l’acquisition de capsules de phéromones pour la lutte contre Tuta absoluta (larve minuscule qui attaque en particulier les feuilles et les fruits de la tomate).

Le développement durable de la filière et la préservation des ressources naturelles passent également par l’équipement des exploitations maraîchères en irrigation localisée (goutte-à-goutte), sur une superficie additionnelle de 30.000 ha. Idem pour l’adoption de nouvelles pratiques et technologies à économie d’eau.

Encourager le maraîchage biologique 

Bien qu’il ait vu le jour au Maroc à l’aube du nouveau millénaire, le maraîchage biologique peine à se faire une place sous le soleil du Royaume. Pourtant, ce mode de production fondé sur le respect du cycle naturel des espèces animales et végétales ne manque pas d’atouts.  

Par exemple, l’usage des intrants et des produits chimiques de synthèse est proscrit à toutes les étapes, depuis la production jusqu’à la commercialisation, en passant par la transformation et le transport. De fait, le développement de la filière biologique au Maroc est un axe important dudit contrat-programme. La FIFEL s’engage à renforcer ses actions pour le développement du maraîchage biologique à travers :

– le développement de la superficie biologique pour un objectif de plus de 9.000 ha ; 

– l’encouragement de la conversion d’une partie de la superficie du conventionnel en bio ;

– l’encouragement de la mise en place de projets d’agrégation maraîchage biologique autour d’unités de conditionnement.

L’Etat a également un rôle déterminant à jouer en vue de valoriser une filière bio à haut potentiel. D’ailleurs, il s’engage à développer le maraîchage biologique à travers le maintien des incitations pour la certification de la production biologique. De grands espoirs sont également placés dans l’instauration d’une nouvelle subvention à la reconversion des cultures en mode biologique.

Un volume exporté de 2,5 millions de tonnes 

La production maraîchère approvisionne le marché national, mais aussi plusieurs pays européens et d’Afrique subsaharienne. Sur le plan des exportations, le contrat-programme vise un volume de 2,5 millions de tonnes, contre un peu plus d’un million actuellement. 

Pour atteindre ces objectifs, la FIFEL s’engage à :

– réaliser des études de benchmark sur les principaux pays concurrents ;

– sensibiliser les opérateurs sur la nécessité de diversifier les débouchés ;

– accompagner les professionnels dans la recherche de nouveaux marchés d’exportation et multiplier les occasions de mise en contact ;

– développer des plateformes de distribution au niveau des principaux nouveaux marchés prometteurs (Côte d’Ivoire, Sénégal…) ;

– participer aux salons et foires dans les pays qui présentent un potentiel ;

– développer les exportations formelles vers les marchés du continent ;

– développer l’exportation de produits maraîchers transformés.

En vue de développer les exportations des produits maraîchers, le gouvernement s’engage à créer des plateformes au niveau des marchés prometteurs. Des études de benchmark sur les principaux pays concurrents et des études de marché seront également réalisées. Des mesures et des dispositions nécessaires à la levée des contraintes d’exportation vers l’Afrique seront également prises.

Alors qu’il arrive parfois que certains produits maraîchers marocains ne passent pas le cut des contrôles sanitaires dans les pays destinataires, des négociations phytosanitaires avec les pays importateurs seront engagées afin d’aboutir à des modèles de certificats phytosanitaires pour l’exportation. 

En sus, les deux parties s’engagent à mettre en place un mécanisme pour réguler le marché des légumes et maintenir l’équilibre entre les exportations et le marché intérieur. 

Un marché de gros pour chaque région du pays 

Le Maroc a subi une inflation inédite des prix des produits maraîchers en 2023. Au-delà des coûts à la production qui ont atteint des sommets, la multiplicité des intermédiaires a mis en lumière la nécessité de structurer et moderniser les circuits de commercialisation et de distribution. 

Pour y parvenir, la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes a pour mission d’identifier les sites pour l’implantation de marchés de gros de nouvelle génération et de marchés hebdomadaires.

Il s’agira également d’améliorer le système centralisé de suivi des prix des légumes au niveau des marchés de gros pour une accessibilité en temps réel. Autre pan important de cette stratégie, le développement de la commercialisation des produits normalisés et conditionnés au niveau des marchés locaux organisés. 

L’Etat s’engage quant à lui à construire 12 marchés de gros de nouvelle génération à l’horizon 2030, à l’image du nouveau marché de gros de Rabat, dont les portes seront ouvertes cet été. De nouveaux marchés hebdomadaires sont également au programme, en plus d’appuyer la normalisation et le conditionnement de la production destinée au marché local. 

Un taux de stockage frigorifique de 15%

Pour ce qui est des axes d’amélioration en matière de conditionnement, de valorisation et d’entreposage frigorifique, le contrat-programme prévoit d’atteindre un taux de stockage frigorifique de 15% contre 10% en 2020, à travers l’extension des unités existantes et la création de nouvelles unités. Deux mesures qui permettront d’atteindre un conditionnement de 35% contre 25% en 2020.

Le taux de transformation devrait lui aussi passer de 5% à 10% en créant des unités de transformation des produits maraîchers. Afin de remplir ces objectifs, la FIFEL organisera des sessions de formation au profit du personnel des unités de valorisation (techniciens et ouvriers), dans l’optique de mettre en avant les bonnes pratiques de conservation au froid, de conditionnement et de transformation des produits maraîchers. 

La promotion de l’agrégation est elle aussi envisagée, à l’instar de la mise en œuvre d’accords interprofessionnels techniques (accords entre producteurs, conditionneurs et transformateurs) pour garantir l’approvisionnement des unités de valorisation.

L’Etat s’engage quant à lui à maintenir les taux et plafonds des subventions accordées pour la création, l’extension et la mise à niveau des unités de conditionnement, de stockage frigorifique et de valorisation des produits maraîchers. Le gouvernement promet aussi d’inciter les investisseurs à l’installation de nouvelles unités de valorisation au niveau des agropoles.

Élargir la base des adhérents à la FIFEL 

Dans le cadre du renforcement de l’insertion des opérateurs le long de la chaîne de valeur, la FIFEL envisage plusieurs actions pour le développement d’organisations professionnelles sous la forme d’agrégation, de coopérative, d’association, mais aussi de Groupement d’intérêt économique (GIE). 

En ce qui concerne le mode de l’agrégation, la FIFEL table sur la mise en place de 38 nouveaux projets conformément à la loi 04-12 sur l’agrégation agricole et ses textes d’application. Pour dynamiser, autonomiser et améliorer davantage la gouvernance de la FIFEL, l’organisation professionnelle va élargir la base des adhérents des différentes associations professionnelles et désigner des représentations régionales au niveau des régions maraîchères. 

En ce qui concerne le renforcement de la gouvernance administrative, managériale et technique de la FIFEL, il sera procédé à la mise en œuvre d’un nouveau mode d’organisation, de gestion, de fonctionnement et de gouvernance de l’interprofession. L’autre mesure phare réside dans la collecte et la communication des données statistiques relatives à la filière maraîchère, afin d’alimenter et mettre à jour le Registre national de l’agriculture (RNA).

Outre le fait de renforcer l’organisation des producteurs au niveau de l’amont de la filière, et d’encourager les petits et moyens producteurs à créer de nouvelles organisations ou intégrer les organisations existantes, le gouvernement contribuera à l’identification d’agrégateurs potentiels pour mettre en place les 38 nouveaux projets d’agrégation. 

La conservation des ressources génétiques 

Enfin, la FIFEL s’engage à identifier les besoins en recherche et développement pour la filière maraîchère. L’organisation professionnelle sera soutenue par l’Etat. A ce titre, l’Institut national de recherche agricole (INRA) réalisera un programme de recherche et développement spécifique à la filière, portant principalement sur les axes suivants :

– la conservation des ressources génétiques des espèces maraîchères, en vue de la caractérisation et de la sélection des plus performantes ;

– l’amélioration des techniques culturales pour une gestion durable des systèmes de production maraîchère ;

– le développement de la lutte intégrée et de la durabilité des systèmes de production maraîchère ;

– le développement de la qualité et des processus de transformation des productions maraîchères.