« Notre pays détient le triptyque des facteurs favorables à la recherche archéologique : la stabilité politique, le développement économique et la disponibilité de matière grise« , a insisté Abdeljalil Benzouggar au cours de cet entretien. Face à l’engouement des universités du monde entier pour le Maroc suite aux découvertes des dernières années, le nouveau directeur général de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) ambitionne de faire de l’institut la pierre angulaire de la recherche archéologique au Royaume.
Formant des archéologues et des anthropologues depuis 1986, Abdeljalil Benzouggar nous cite les trois missions de l’institut :
– alimenter le ministère de la Culture en spécialistes dans les domaines de l’archéologie et du patrimoine ;
– former des chercheurs capables de participer à des opérations de fouilles et d’études au sein d’équipes nationales et internationales ;
– œuvrer pour la protection du patrimoine matériel et immatériel du Royaume.
Le crâne Irhoud, notre star internationale de l’archéologie préhistorique
Avant de plonger dans la réalité de la pratique archéologique au Maroc, Abdeljalil Benzouggar survole les découvertes les plus importantes qui ont eu lieu sur le territoire marocain, notamment la plus ancienne parure retrouvée dans la région de Bizmoune qui date de 150.000 ans, et le plus ancien représentant de l’homo-sapiens, communément appelé homme moderne, retrouvé à Irhoud dans la région de Youssoufia.
Ou vont les vestiges trouvés ?
Après l’excavation des vestiges et la fin de la phase d’études, toute la question désormais est de connaître le sort de ces objets. Abdeljalil Benzouggar explique que la loi exige que ces vestiges soient transférés à la Fondation nationale des musées. Il partage avec nous également sa vision sur la meilleure manière de mettre en valeur les vestiges retrouvés sur le sol marocain. Selon lui, les objets doivent êtres exposés dans les régions où ils ont été trouvés, afin d’encourager le tourisme archéologique.
La pratique de l’archéologie nécessite des financements et des partenariats internationaux
Chaque domaine de recherche exige des financements qui soient à la hauteur des attentes des chercheurs, et l’archéologie n’y fait pas exception. Il s’agit même d’un domaine qui nécessite une forte mobilisation de ressources humaines et techniques si l’on souhaite augmenter les chances d’atteindre les résultats escomptés. Dans ce sens, Abdeljalil Benzouggar souligne l’engagement du ministère de tutelle en matière d’appuis financiers, et nous éclaire sur les possibilités qu’offrent les partenariats avec des universités internationales, notamment celle d’Oxford qui envoie des équipes de recherche depuis 23 ans.
La profondeur historique et la diversité, piliers du patrimoine national
Le patrimoine culturel est essentiel pour préserver notre identité et notre mémoire collective. Il nous relie à nos ancêtres, nourrit notre présent et façonne notre avenir en tant que sociétés et individus. Selon Abdeljalil Benzouggar, le Maroc dispose de deux atouts majeurs, de surcroît uniques dans la région : la profondeur historique et la diversité.
La rigueur scientifique pour intéresser le grand public
La popularité de l’archéologie auprès du grand public augmentera grâce à la multiplication des expositions muséales et des sites archéologiques ouverts au public. Toutefois, Abdeljalil Benzouggar place la rigueur et la publication de travaux scientifiques sur le piédestal des éléments qui permettront d’attirer l’attention du grand public sur la discipline. Un travail de communication et de vulgarisation est également nécessaire pour susciter l’intérêt des profanes.
« La stabilité politique encourage les investissements scientifiques »
Pour pouvoir être durable et prolifique, la recherche archéologique, à l’image de toute démarche scientifique d’envergure, a besoin d’un environnement favorable. En plus des récentes découvertes, Abdeljalil Benzouggar insiste sur trois facteurs qui sont en train de faire du Maroc un hub dans le domaine de l’archéologie : la stabilité politique, le développement économique et la disponibilité de matière grise, celle de jeunes passionnés et polyglottes.
« L’archéologie préventive élargira notre champ d’action »
Le cadre juridique de l’archéologie peut varier d’un pays à l’autre, mais il existe généralement des lois qui réglementent les activités de recherche et de fouille archéologique. Au Maroc, c’est la loi 22-80 qui régit cette discipline. Abdeljalil Benzouggar estime que le domaine gagnerait à voir cette loi révisée, en y incorporant notamment la notion d’archéologie préventive. Celle-ci a pour objectif d’assurer, sur terre et sous les eaux, la détection et l’étude scientifique des vestiges susceptibles d’être détruits par des travaux liés à l’aménagement du territoire.
Les jeunes pour prendre le relais
L’archéologie peut susciter un grand intérêt chez les jeunes et leur offrir une opportunité unique d’explorer le passé et d’en apprendre davantage sur les modes de vie des différentes populations qui ont foulé le sol de leur pays depuis la nuit des temps. L’INSAP souhaite accompagner cet essor, notamment à travers la diversification des cursus pour attirer de plus en plus d’étudiants.
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