Ce n’est pas la première fois qu’une météorite aussi importante est découverte au Maroc. Le pays, et particulièrement le Sahara marocain, est depuis deux décennies le paradis incontestable de ces roches. Souvent associés à des cailloux noirâtres et déformés, ces objets solides d’origine extraterrestre contiennent une mine d’informations pour les scientifiques sur notre système solaire. Les météorites retrouvées sur le sol marocain contribuent d’ailleurs à 50% de la recherche scientifique dans le monde sur cette thématique.

« Ce qui est sur le sol marocain appartient à celui qui le trouve »

Contrairement à de nombreux autres pays, le Maroc se caractérise par un grand nombre de chercheurs de météorites. Qui sont-ils ? Que font-ils des roches retrouvées ? Comment peuvent-ils s’assurer de leur authenticité ?

« Ce qui est sur le sol marocain appartient à celui qui le trouve. Si une personne trouve une roche, celle-ci lui appartient », nous explique Hasnaa Chennaoui. Cela signifie que rien n’oblige une personne ayant trouvé une météorite au Maroc à la remettre à un organisme donné.

Dr Hasnaa Chennaoui en mission de terrain en octobre 2013.

« Cependant, ce n’est pas en se baladant que l’on trouve une météorite. Pour entreprendre des recherches, il faut d’abord obtenir une autorisation auprès du ministère de tutelle, en l’occurrence celui de la Transition énergétique. Les personnes qui souhaitent s’atteler à cette activité doivent soumettre une demande officielle pour mener des recherches sur le terrain. Personne n’a le droit de se livrer à des recherches systématiques », poursuit Hasnaa Chennaoui. « Jusqu’à il y a encore trois ans, il n’y avait pas de législation spécifique à ces météorites, ni au patrimoine géologique en général », précise-t-elle.

« Historiquement, ces météorites sont recherchées par les nomades qui vivent dans le désert, qui sont d’excellents observateurs et ont la capacité à reconnaître qu’une roche est différente de celles qu’ils ont l’habitude de voir. Il y a également des gens qui sillonnent le désert à la recherche de météorites ; ce sont des chasseurs de météorites ».

« Lorsqu’une chute ou un phénomène lumineux sont observés, des centaines de milliers de personnes − qui n’ont généralement rien à voir avec les météorites − vont chercher l’eldorado. Avec toute la communication qui a été faite autour de ces roches ces dernières années, de nombreuses personnes s’intéressent davantage au sujet. C’est d’ailleurs ce qui fait qu’un grand nombre de météorites sont collectées sur le sol marocain. Lorsque le nombre de chercheurs augmente, la probabilité d’en trouver est naturellement plus élevée ».

Quel processus d’authentification ?

Du moment que ces roches appartiennent à celui qui les trouve, ce dernier peut en faire ce qu’il souhaite, notamment les vendre. Rien que sur le site d’annonce Avito, figurent pas moins d’une vingtaine d’annonces de vente de météorites. Comment peut-on s’assurer de leur authenticité ?

« En effet, il y a une prolifération de marchands de météorites sur internet. Pour authentifier ces roches, il existe un processus bien réglementé par la Meteoritical Society, une société savante qui regroupe tous les spécialistes en météorites dans le monde ».

« Lorsqu’une personne dispose d’une roche, et qu’elle pense qu’il s’agit d’une météorite, le processus commence par des analyses en laboratoire, qui vont permettre d’identifier la roche et de dire si elle est effectivement extraterrestre, et de quel type de roche extraterrestre il s’agit, vu qu’il existe plusieurs classes ».

« Une fois la classification faite, ce même laboratoire peut conserver une quantité référence pour la science internationale. Ensuite, ce dernier effectue une déclaration auprès du comité de nomenclature de la Meteoritical Society, qui regroupe douze experts internationaux », dont Hasnaa Chennaoui a fait partie pendant plusieurs mandats.

« Ces experts valident ainsi la soumission des différentes météorites. Une fois qu’une roche est acceptée et validée, elle est publiée sur un bulletin que l’on appelle le Meteoritical Bulletin, sur lequel on peut trouver toutes les météorites authentifiées, d’autant plus que chacune porte un nom différent ».

« A partir du moment où une roche est publiée sur ce bulletin, elle devient officielle et on peut faire des publications scientifiques dessus. Cette procédure crédibilise éventuellement la vente de ces roches ».

Notre experte note toutefois que « la vente de météorite n’est pas réglementée à l’intérieur du pays de manière claire, si ce n’est par la réglementation commerciale déjà existante, contrairement à l’export. Ce volet est, lui, bien réglementé au Maroc. Sont autorisées à exporter ces roches les personnes autorisées à les collecter. Et pour ce faire, il faut notamment passer par la Direction de la géologie, ainsi que par la douane et le reste du circuit d’export réglementaire marocain ».

« Il faut dire que le Royaume a fait un travail exceptionnel sur ce volet. J’ai personnellement travaillé pendant plusieurs années, en coordination avec la Direction de la géologie, avec l’Association pour la protection du patrimoine géologique du Maroc (APPGM) et la Fondation Attarik, pour obtenir une réglementation intelligente qui permette la collecte des météorites, mais aussi leur commercialisation de façon officielle ».

« Cette réglementation permet de clarifier les choses : qui peut ramasser les météorites et comment ; qui peut les exporter et comment ; sous quelles conditions. Elle donne ainsi une meilleure visibilité aux roches collectées sur le sol marocain. C’est une spécificité marocaine. Nous sommes uniques là-dessus, aussi bien dans le monde arabe qu’au niveau du continent africain. »

Les lois qui régissent la collecte et l’exportation des météorites

Toujours, au sujet des lois régissant ces météorites, Hasnaa Chennaoui nous fait savoir que « les scientifiques ont travaillé, en coordination avec la Direction de la géologie, sur une mouture de loi dédiée au patrimoine géologique. C’est un projet de loi porté par le ministère de la Culture qui réglemente tout le patrimoine national, y compris le patrimoine géologique ».

« Il y a également la loi sur les mines, qui a été revue par le gouvernement en 2015. Nous avons fait en sorte d’introduire un article qui cite les fossiles, minéraux et météorites comme étant un patrimoine géologique national, qui est régi par voie réglementaire. Il s’agit de l’article 116 de la loi n°33-13″.

En effet, cet article stipule que « l’extraction, la collecte et la commercialisation de spécimens minéralogiques et fossiles et des météorites sont subordonnées à l’octroi d’une autorisation délivrée par l’administration, selon les modalités fixées par voie réglementaire ».

« Nous avons également fait de grands efforts pour la publication de son décret d’application. Approuvé par le Secrétariat général du gouvernement en 2019, ce texte est entré en application en 2020, donnant aux jeunes le droit de collecter les météorites, fossiles et minéraux mais aussi de les exporter de manière légale ».

Il s’agit en effet du décret n°2-18-968 du 23 juillet 2019, publié au Bulletin officiel le 26 août 2019 et entré en vigueur six mois après sa date de publication. Son 6e article stipule que « tout importateur ou exportateur de météorites est tenu de déposer, auprès du département chargé des mines, contre récépissé, une fiche d’identification et un échantillon du météorite objet de l’importation ou de l’exportation ».

Quid de leurs prix ?

« Il y a de tout », souligne la présidente de la Fondation Attarik. « Les prix des météorites sont conditionnés par leur rareté et la communication faite autour d’elles. Plus elles sont rares et leur valeur scientifique élevée, plus elles sont chères ».

Toutefois, « les prix ne sont pas fixés par les scientifiques« , tient à préciser Hasnaa Chennaoui, « mais par un marché conditionné par les collectionneurs. C’est un peu la même logique que pour les œuvres d’art ».

La découverte d’autant de météorites donne toutefois lieu à un trafic de ces roches. « C’est un terme que je n’apprécie pas », souligne notre source. « Il y a plutôt de grosses anomalies dans le secteur, et une hémorragie de notre patrimoine géologique qui se trouve partout dans le monde, sauf chez nous, d’où l’importance de la réglementation sur lequel le Maroc a fait un énorme pas. Celle-ci est à la fois à la faveur des gens qui collectent ces roches, du pays et de ses scientifiques ».

Par ailleurs, « en plus de travailler sur la réglementation, il faut absolument travailler sur la valorisation de ce patrimoine géologique. C’est ce que nous sommes en train de faire, notamment avec Attarik Foundation et l’expo-musée ‘Les météorites : Messagères du ciel’, à travers laquelle nous montrons une partie de ce patrimoine au public marocain et étranger », conclut notre interlocutrice.

https://medias24.com/2022/02/01/maroc-au-paradis-des-roches-celestes-guide-des-meteorites/